Dans l’im­passe

Le Petit Journal - du Tarn-et-Garonne - - LE POINT FORT -

Est-ce dé­jà une fa­çon de re­non­cer, d’y al­ler sans vrai­ment y al­ler ou plus sim­ple­ment d’ad­mettre l’évi­dente im­passe ? La ma­noeuvre est aus­si ha­bile que ban­cale et di­la­toire. Elle vise à ren­voyer la balle dans le camp de Ma­drid même s’il y a peu de chances que Ma­ria­no Ra­joy, le chef de gou­ver­ne­ment conser­va­teur, sai­sisse cette main ten­due tout de même très pois­seuse. Les der­nières se­maines l’ont prou­vé. En Ca­ta­logne, dans cette ré­gion qui dis­pose dé­jà d’une large au­to­no­mie, l’opi­nion pu­blique est très di­vi­sée. Le gou­ver­ne­ment ca­ta­lan, dont la ma­jo­ri­té pour­rait bien­tôt écla­ter, l’est tout au­tant.

Car l’ap­pel à la mé­dia­tion in­ter­na­tio­nale pour ins­tal­ler pa­ci­fi­que­ment la Ré­pu­blique ne va pour­tant pas pré­ser­ver la Ca­ta­logne et l’es­pagne d’une crise sans pré­cé­dent, à l’is­sue im­pré­vi­sible et qui, à l’ins­tar du Brexit, in­quiète toute l’eu­rope. L’in­dé­pen­dance «sus­pen­due» ap­pa­raît dès lors comme une sub­tile ma­noeuvre pour contraindre l’union à in­ter­ve­nir et à en­traî­ner l’es­pagne sur la voie de la né­go­cia­tion jus­qu’à pré­sent re­pous­sée par Ra­joy.

Tout le dis­cours pro­non­cé de­vant le par­le­ment ca­ta­lan vi­sait à pré­sen­ter sa cause sous un jour ou­vert, conci­liant et vic­ti­maire. Les Ca­ta­lans se­raient un peuple op­pri­mé, vic­time de l’au­to­ri­ta­risme du néo-fran­quisme ma­dri­lène et dont tous les Etats membres de l’union eu­ro­péenne ne pour­raient que se ré­jouir de les voir aus­si dé­si­reux de res­ter dans le gi­ron com­mu­nau­taire. Une triple fable.

Le pa­ri est ha­bile, mais ris­qué. Dans les faits, le gou­ver­ne­ment es­pa­gnol peut comp­ter sur l'union eu­ro­péenne. Certes des voix se font en­tendre pour res­tau­rer le dia­logue entre les deux par­ties, mais cer­tai­ne­ment pas pour ac­com­pa­gner la Ca­ta­logne sur le che­min de l'in­dé­pen­dance. La rai­son en est fort simple : l'union est dé­jà dif­fi­ci­le­ment gou­ver­nable à 28. On ima­gine la pé­tau­dière qu'elle de­vien­drait si dix, quinze ou vingt ré­gions ou pro­vinces de­man­daient leur in­dé­pen­dance. Re­des­si­ner les fron­tières est tou­jours por­teur de conflits à terme.

Alors à quoi rime ce coup de force en dif­fé­ré avec op­tion de mé­dia­tion ex­té­rieure ? Ra­joy a eu beau jeu de re­to­quer bru­ta­le­ment cette mal­adroite tem­po­ri­sa­tion. Sa po­si­tion qui n’était pas la plus fa­vo­rable en sort presque ren­for­cée. Quant à cette main ten­due vers Bruxelles, ou l’un ou l’autre des voi­sins eu­ro­péens, n’est-ce pas un ap­pel au se­cours ? «Ga­gner du temps pour faire bou­ger les lignes» com­men­tait-on à Bar­ce­lone. Les lignes du dé­bat peut-être. Mais pour les fron­tières, pure chi­mère.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.