Le cha­grin de Ma­rie

Le Petit Journal - L'hebdo du Lot-et-Garonne - - Le Point Fort -

ll y a juste un an, Jean, com­pa­gnon de Ma­rie, tous deux amis de Ma­thilde, pleu­rait sa mère. Cette fois c'est Ma­rie qui vient de perdre son père. On en­tend dire, lorsque une per­sonne dé­cède des suites d'une longue ma­la­die, que c'est une dé­li­vrance. Sans doute. Mais un pa­pa, c'est un pa­pa. On n'en a qu'un et tous les rai­son­ne­ments du monde n'y chan­ge­ront rien et n'al­lé­ge­ront pas la peine. Ma­rie n'est pas ori­gi­naire d'ici et elle a du tra­ver­ser le pays pour re­joindre sa fa­mille. Ma­thilde qui est veuve de­puis quinze ans pense à la mère de Ma­rie qu'elle ne connaît pas. En elle com­pa­tit à cette grande dé­tresse de perdre un com­pa­gnon de soixante ans de vie com­mune. D'ori­gine mo­deste, ce couple a vou­lu don­ner toutes les chances de réus­site à leurs quatre filles. Alors que leurs ca­ma­rades s'ar­rê­taient au bre­vet pour al­ler tra­vailler, elles ont pu pour­suivre de plus longues études. Si bien que les quatre soeurs ne voyaient pas sou­vent leur père qui cu­mu­lait deux em­plois afin d'éco­no­mi­ser le plus d'ar­gent pos­sible. Une belle et dure vie où ils ont ap­pris à leurs en­fants, en leur don­nant l'exemple, la va­leur du tra­vail et l'im­por­tance d'une édu­ca­tion par­faite. Ma­thilde a ques­tion­né Ma­rie. Quel était son plus an­cien sou­ve­nir avec son père ? Elle avait quatre ans et il la pre­nait sur ses ge­noux pour qu'elle puisse trem­per du pain dans son verre. Et le plus beau ? Lors­qu'il l'a in­vi­tée à dan­ser au ma­riage de sa fille. Voi­là son hé­ri­tage le plus pré­cieux. Lorsque son cha­grin se­ra trop grand, elle trou­ve­ra dans le coin de son coeur ces deux sou­ve­nirs, comme deux dia­mants, qui brille­ront de mille feux et la ré­con­for­te­ront. Car son père l'a ai­mée vrai­ment, même s'il n'a ja­mais su le lui dire. Et où qu'il soit il conti­nue cer­tai­ne­ment à le faire. Bien­tôt à la re­traite, Ma­rie va pou­voir re­por­ter toute son af­fec­tion sur sa mère. Car lors­qu'ils souffrent ou tombent ma­lades nos pa­rents de­viennent nos en­fants le temps de se ré­ta­blir et c'est une sainte et douce charge.

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