His­toires d’eau et d’arbres

Le Petit Journal - L'hebdo du Pays Toulousain - - DÉPARTEMENT -

Si l’on se dé­sole au­jourd’hui de la ma­la­die des pla­tanes du Ca­nal du Mi­di, c’est que plu­sieurs gé­né­ra­tions se sont ac­cou­tu­mées à as­so­cier cette voûte vé­gé­tale à la voie d’eau. Mais il n’en fut pas tou­jours ain­si et c’est à une pro­me­nade dans le temps que Le Pe­tit Jour­nal vous in­vite cet été grâce, en par­ti­cu­lier, à une étude faite par Sa­muel Van­nier, ar­chi­viste du Ca­nal, sur l’évo­lu­tion de la vé­gé­ta­tion du­dit ca­nal.

Quand, le 17 no­vembre 1667, furent bé­nites so­len­nel­le­ment par l’ar­che­vêque de Tou­louse Charles d’An­glure de Bour­le­mont les deux pre­mières pierres de l’écluse de l’em­bou­chure fai­sant com­mu­ni­quer la Ga­ronne au fu­tur ca­nal, la prio­ri­té de Pierre-Paul Ri­quet n’était pas la plan­ta­tion d’arbres, même s’il y avait son­gé, mais bien de me­ner à bout son entre- prise de creu­se­ment du ca­nal, gi­gan­tesque chan­tier pour l’époque.

Au préa­lable l’achat par le roi et les états du Lan­gue­doc des ter­rains où Ri­quet creu­se­ra son ca­nal consti­tua une pro­prié­té confiée par le roi à Ri­quet. Cette pro­prié­té, ce fief, a la par­ti­cu­la­ri­té d’être étroite - 18 m pour la voie d’eau et une ving­taine de mètres de part et d’autre sur les­quels les terres is­sues du creu­se­ment furent ré­pan­dues (ces berges furent ap­pe­lées “ter­riers” ou “francs bords”) soit 60 m. de large - et très longue : 240 km de la Ga­ronne à l’étang de Thau. Si on ajoute les em­prises des di­vers bâ­ti­ments (mai­sons éclu­sières, au­berges, po­ta­gers, écu­ries, ma­ga­sins por­tuaires...) c’est près d’un mil­lier d’hec­tares de terre et un de­mi-mil­lier de voie d’eau qu’il conve­nait d’ad­mi­nis­trer. Pour ce­la une di­rec­tion gé­né­rale fut ins­tal­lée à Tou­louse et sept di­rec­tions ré­gio­nales cor­res­pon­dant à une di­vi­sion du ca­nal : Tou­louse, Nau­rouze, Cas­tel­nau­da­ry, Trèbes, Le So­mail, Béziers et Agde.

En mai 1681 la foule se pres­sait pour contem­pler les barques du voyage d’inau­gu­ra­tion du Ca­nal. Dans la re­la­tion de la pre­mière na­vi­ga­tion sur le Ca­nal, en 1681, l’in­ten­dant du Lan­gue­doc, Hen­ri Da­gues­seau, ne dit rien de l’état des berges, trop oc­cu­pé à contrô­ler les di­vers ou­vrages : écluses, épan­choirs… Une se­conde inspection gé­né­rale, en 1683 note seule­ment que le ca­nal fut trou­vé « fort beau, les ta­lus bien ga­zon­nés de part et d’autre, et cou­vert d’une belle ver­dure ». En fait il n’y avait pas en­core d’arbres pour une rai­son simple que le lec­teur trou­ve­ra dans le pro­chain nu­mé­ro du Pe­tit Jour­nal.

Au­jourd’hui le port de l’em­bou­chure est or­né d’une fresque illus­trant la liai­son entre Océan et Mé­di­ter­ra­née

Pierre-Paul Ri­quet

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