Chro­nique lit­té­raire de Jacques De Bo­nos­cot­to

Le Petit Journal - L'hebdo local de l'Aveyron - - ACTUALITÉS - PJ82

Les mots, den­rée in­épui­sable, sont vi­vants et nous amène à com­mu­ni­quer, à lire. Ils sont les graines des ro­mans.

Je ne peux com­men­cer ma chro­nique sans vous dire com­bien je suis heu­reux que les membres du Prix No­bel aient at­tri­bué au mu­si­cien­poète Bob Dy­lan le No­bel de la littérature. Ain­si la poé­sie est no­bé­li­sée en­fin mais j’avoue ne pas com­prendre pour­quoi cer­tains écri­vains dont Pierre As­sou­line -ont vio­lem­ment cri­ti­qué ce choix. Est-ce que l’apar­theid existe en littérature ? Le ro­man, jus­qu’alors, était sou­vent cou­ron­né...

En par­lant ro­mans, je vous in­vite à la table des ou­vrages sé­lec­tion­nés pour ce nu­mé­ro de la chro­nique lit­té­raire :

Isa­bel Saiah-Bau­dis, édi­tri­ceé­cri­vain

Oum Kal­soum -L’Etoile d’Orient(Ed.du ro­cher)

Ce que Cal­las fut à l’Opé­ra, ce qu’Ama­lia Ro­dri­guez fut au Fa­do, ce que Ni­na Si­mone fut au chant noir, ce qu’Edith Piaf fut à la chan­son fran­çaise, Oum Kal­soum, qua­rante ans après sa dis­pa­ri­tion, reste pour le peuple égyp­tien et les pays arabes la Di­va in­con­tour­nable du chant d’Orient.

Isa­bel Saiah-Bau­dis nous offre une bio­gra­phie com­plète de cette voix de lé­gende, dite “La voix des arabes”.

A tra­vers les pages de cette bio­gra­phie, qui sent la mu­si­ca­li­té orien­tale, on dé­couvre com­bien Oum Kal­soum, l’icône in­con­tes­table, a su mé­na­ger son fé­mi­nisme, sa pas­sion pa­triote, son art du chant d’Orient pour le­quel elle reste ir­rem­pla­çable. Belle écri­ture, la pas­sion tel­le­ment forte de ce livre nous in­vite à écou­ter un disque de cette grande ar­tiste dont la lé­gende conti­nue.........

Do­mi­nique Bau­dis, an­cien dé­pu­té-Maire de Tou­louse, an­cien jour­na­liste-re­por­ter, pré­sident du Con­seil Su­pé­rieur de l’Au­dio-Vi­suel -Dans les Yeux (Orients Edi­tions) L’homme Do­mi­nique Bau­dis es­til dé­fi­nis­sable ? Dif­fi­cile à dire tant la per­son­na­li­té mo­deste, gen­tille, fa­mi­lière s’ac­com­pa­gnait d’une grande hu­mi­li­té. Il fut Maire de Tou­louse, après son père, et Pré­sident du CSA, donc un très grand com­mis de l’Etat. Si le jour­na­lisme l’ha­bi­tait, il sa­vait faire de la po­li­tique avec dou­ceur et sans tur­bu­lence, alors qu’au­jourd’hui les po­li­tiques briguent le pou­voir sans s’oc­cu­per du peuple. Tel père, tel fils. Je sa­lue leur mé­moire et je n’ou­blie­rai ja­mais comment Pierre Bau­dis a ac­cueilli mes pa­rents (fonc­tion­naires en Al­gé­rie) après l’in­dé­pen­dance, com­bien il a été cha­leu­reux pour les Pieds-noirs ve­nus s’ins­tal­ler en Mi­di-Py­ré­nées. Peu de maires mé­ritent d’être ci­tés pour ce faire. Do­mi­nique Bau­dis, un jeune homme d’al­lure trop tôt dis­pa­ru. Mer­ci Isa­belle.

Du cô­té de chez Albin Mi­chel, un coup de coeur pour quatre titres.

Jo­sé Al­va­rez, au­teur spé­cia­liste en art, mode et de­si­gn

-Avec la mort en te­nue de ba­taille (Ed. Mi­chel)

Ro­man très chaud, on le lit en s’ima­gi­nant voir un film sur la guerre d’Es­pagne et ses hor­reurs. L’hé­roïne, au dé­part prude, se conver­tit à ne li­ber­té qui l’en­flamme. A quelles condi­tions pro­té­ger ses en­fants ? L’hé­roïne n’en fi­nit pas avec ses quêtes de coeur et son achar­ne­ment. L’Eglise n’a pas sa place, le bien, le mal, l’hu­ma­ni­té se croisent, on est en pleine dé­ca­dence. Per­ver­si­té ? Mais que ne fe­rait-on pas pour vivre ou sur­vivre ? Ro­man apo­ca­lyp­tique. L’his­toire a ai­dé l’au­teur, il a su bien pla­cer les évè­ne­ments de cette époque san­glante. Jean-Yves La­croix, écri­vain Pech­blende (Ed.Albin Mi­chel) 310 pages- : Au dé­cor d’une li­brai­rie de livres an­ciens, l’au­teur nous en­traîne dé­cou­vrir une ren­contre amou­reuse, son amour fou pour Lau­ra. Mais cette si­tua­tion tour­ne­ra vite au cau­che­mar car la guerre ar­rive : tout bas­cule, le des­tin est écar­te­lé. Les sou­ve­nirs d’en­fance re­viennent. Là, en­core, l’his­toire a toute sa place.

An­toine Rault, dra­ma­turge (cinq fois no­mi­né aux Mo­lière), grand Prix de l’Aca­dé­mie Fran­çaise

-La danse des vi­vants (Ed.A. Mi­chel)

La mé­moire, c’est ex­tra­or­di­naire ce qu’elle en­grange. Elle est nour­rie par l’his­toire. Ce ro­man en est la preuve. Les pages si bien écrites nous ren­voient tou­jours à l’Epo­pée alle- mande. Le per­son­nage semble étouf­fer tel­le­ment la pres­sion en­ne­mie l’en­va­hit. Sa force va-t-telle le lâ­cher ? Ro­man dur mais ô com­bien fort par le style. En le li­sant, l’in­quié­tude et la ner­vo­si­té nous sub­mergent et nous re­tiennent.

Jean-Mi­chel Gue­nas­sia (Prix Gon­court des Ly­céens)

-La valse des arbres et du ciel (Ed.A.Mi­chel)

L’au­teur a un faible pour une cer­taine pein­ture. Il signe un beau ro­man où il nous ra­conte Van Gogh et sa pos­té­ri­té. La vie amou­reuse avec Mar­gue­rite Ga­chet, était-ce un ma­riage ar­ran­gé ? Van Gogh, le peintre gé­nial, qui ai­mait tant les cou­leurs bouillantes de la Pro­vence, laisse une énigme...

Mon coeur s’ouvre aux livres qui m’hyp­no­tise. J’en ai re­te­nu en­core trois où il y a ma­tière à culti­ver l’art de sa­voir te­nir la plume ou l’art de la dex­té­ri­té si In­ter­net agit. Luc Lang, écri­vain -Au com­men­ce­ment du sep­tième jour (Ed.Stock)

Des mots choi­sis, un style rare pour une his­toire sombre.

Si l’his­toire re­la­tée est bien écrite, j’au­rais ai­mé de­man­der à Luc Lang :”A quel mo­ment, rê­vez vous votre ro­man ?” Au­teur que je connais pour l’avoir in­ter­viewé, la puis­sance phy­sique qui l’ha­bite, on la re­trouve dans sa fa­çon d’écrire, très mâle? Une his­toire avec un ac­ci­dent grave; il nous en­traine avec ses per­son­nages dans un long voyage. Du sus­pens, des se­crets de fa­mille, une course sans fin...

Jean-Ch­ris­tophe Du­chon-Do­ris, ma­gis­trat - Ecri­vain

-Ve­nez, vous dont l’oeil étin­celle (Ed. Jul­liard)

Maintes fois ren­con­tré dans le cadre de mon émis­sion, voile un au­teur à la dé­li­ca­tesse in­fi­nie. Je di­rais presque que son écri­ture re­flète son phy­sique. C’est un vol­ti­geur du temps, il sait s’ap­pro­prier des époques sans com­plexe. Dans ce ro­man, il nous ba­lade sans re­te­nue dans ces ré­gions du Sud, où l’amour, la dou­ceur, l’éro­tisme ren­contrent la cruau­té.

Le per­son­nage cen­tral, dit le Duc, a soif de tout ; les plai­sirs de la vie, la jouis­sance sans comp­ter. Est-ce un ro­man, Jean-Ch­ris­tophe ou un conte ? Ja­nine Bois­sard, écri­vain -Une femme, le ro­man d’une vie (Ed. Flam­ma­rion) Femme Bois­sard, je vous aime ! Je connais fort bien l’au­teur. Elle m’a tou­jours sur­pris lors d’émis­sions di­verses. C’est un écri­vain qui ne res­semble à au­cune de ses consoeurs de la plume. Elle ra­conte les épreuves, les sou­cis, comme nous en connais­sons tous et qu’elle a sur­mon­tés. Sa vo­lon­té, c’est aus­si le gé­nie par le­quel le mot lui a don­né sa force. Chaque livre de Ja­nine est une époque, mais ce der­nier, c’est Elle et le bi­lan de sa vie.

Elle se pose des ques­tions et nous en pose. Une mère am­pu­tée de son fils, comment ne pas être an­gois­sée ?

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