L’apai­se­ment

Le Petit Journal - L'hebdo local de l'Aveyron - - LE POINT FORT -

La grande ma­ni­fes­ta­tion de di­manche, à Bar­ce­lone, té­moigne d’une adhé­sion à la Ca­ta­logne, mais au sein de l’Es­pagne. Peu­têtre y a-t-il à dé­pous­sié­rer la ré­par­ti­tion des tâches entre le gou­ver­ne­ment cen­tral et le gou­ver­ne­ment ré­gio­nal. Par exemple, en s’or­ga­ni­sant da­van­tage en État fé­dé­ral, comme l’est la Ré­pu­blique al­le­mande. Mais une grande par­tie du che­min est dé­jà ef­fec­tué.

De plus, l'Union eu­ro­péenne ne fe­ra au­cun ca­deau à la créa­tion d'un nou­vel Etat qui par­ti­ci­pe­rait à son mor­cel­le­ment. Au­tant d'élé­ments dont les Ca­ta­lans com­mencent à sai­sir l'im­pact. Le vi­brant ap­pel du prix No­bel de lit­té­ra­ture Ma­rio Var­gas Llo­sa contre la "conju­ra­tion in­dé­pen­dan­tiste" ajoute à cette prise de conscience. Un pro­pos ex­trê­me­ment dur, comme pour in­ci­ter les di­ri­geants in­dé­pen­dan­tistes à ne pas com­mettre l'ir­ré­pa­rable. Comment ne pas y sous­crire ? Dans un monde de plus en plus ou­vert, le sou­ve­rai­nisme ra­me­né à une pro­vince a quelque chose de pa­thé­tique et de sur­réa­liste.

Face à ce­là, le pou­voir es­pa­gnol ré­agit à la crise avec un lo­gi­ciel qui n’est pas ce­lui de l’Es­pagne. Cette ré­ac­tion parle à une frange de son peuple, à l’étran­ger et à l’Eu­rope, pas à la Ca­ta­logne et à quan­ti­té de pro­vinces es­pa­gnoles. Elle ar­rive de plus après le trau­ma­tisme d’un mes­sage royal ali­gné sur la po­li­tique du parti po­pu­laire, des so­cia­listes, et de Ciu­da­da­nos, nou­veau parti de droite. Le des­cen­dant de Louis XIV n’a en rien dé­li­vré une pa­role d’apai­se­ment. Il a ex­hor­té à l’union, mais s’est ran­gé der­rière un seul des deux pro­ta­go­nistes. Il a ren­for­cé le sen­ti­ment d’ap­par­te­nance des deux camps. Pas très fé­dé­ra­teur.

Dans ce contexte, l’er­reur de Ma­drid se­rait d’en­cou­ra­ger les in­sur­gés ca­ta­lans de conti­nuer à jouer le rap­port de force, sans rien pro­po­ser qui per­met­trait aux sé­ces­sion­nistes de sor­tir la tête haute d’une si­tua­tion dans la­quelle ils se sont pu­bli­que­ment en­fer­més. L’uni­té es­pa­gnole se dé­cide moins à Bar­ce­lone que dans les ar­canes du pou­voir ma­dri­lène. Plus rien de toute ma­nière ne se­ra comme avant. Si le pre­mier mi­nistre Ra­joy per­siste à vou­loir une dé­faite des Ca­ta­lans, c’est la sienne qu’il pré­pare. Ou celle de son pays.

Ceux qui ont dé­fi­lé di­manche n’étaient pas for­cé­ment hos­tiles à une au­to­no­mie ca­ta­lanes, ni né­ces­sai­re­ment fa­vo­rable à la ma­nière dont le gou­ver­ne­ment Ra­joy gère cette af­faire, mais le sen­ti­ment do­mi­nant était qu’au bord du gouffre, il n’était plus pos­sible de se lais­ser en­trai­ner sans ré­agir.

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