Les ta­pis­se­ries De­rain au Centre Pom­pi­dou

Le peintre, ré­ha­bi­li­té par une ex­po­si­tion du Centre Pom­pi­dou, a tra­vaillé avec les ate­liers d’Aubusson

Le Populaire du Centre (Creuse) - - La Une -

An­dré De­rain s’est in­té­res­sé à la ta­pis­se­rie d’Aubusson. Il est ve­nu tra­vailler dans la sous­pré­fec­ture creu­soise. Deux ate­liers, Ta­bard et Bra­que­nié, ont tis­sé ses pro­jets. Une im­pli­ca­tion ou­bliée que l’ac­tua­li­té de cet au­tomne met en lu­mière.

«An­dré De­rain, 19041914, la dé­cen­nie ra­di­cale », tel est le titre de l’ex­po­si­tion­évé­ne­ment que le Centre Georges­Pom­pi­dou consacre ac­tuel­le­ment à un ar­tiste dé­rou­tant à sou­hait, et trop sou­vent né­gli­gé. Dans le même temps, le Mu­sée d’art mo­derne de la ville de Pa­ris s’in­té­resse à son ami­tié ar­tis­tique avec Bal­thus et Gia­co­met­ti. Ce double coup de pro­jec­teur, qui s’ac­com­pagne de pu­bli­ca­tions, en­gendre des ventes aux en­chères de pein­tures mais aus­si d’une ta­pis­se­rie d’Aubusson. An­dré De­rain à Aubusson en 1940 et 1941 À l’aube de la Se­conde Guerre mon­diale, la ta­pis­se­rie d’Aubusson, en dé­pit de l’ac­tion lu­cide et éclai­rante de Ma­rius Mar­tin et d’Élie Main­gon­nat, di­rec­teurs suc­ces­sifs de l’Enad dans l’entre­deux­guerres, est en manque de créa­ti­vi­té. Main­gon­nat, en 1937, ac­cueille à Aubusson Jean Lur­çat. Le Mi­nis­tère de l’Ins­truc­tion ci­vique et des Beaux­arts, afin de re­lan­cer la créa­tion, en­voie par la suite, outre Lur­çat, Mar­cel Gro­maire et Pierre Du­breuil. Lur­çat, qui tra­vaille avec l’Ate­lier Ta­bard, re­çoit d’autres ar­tistes, no­tam­ment Raoul Du­fy et An­dré De­rain. Un peu plus tôt, De­rain, comme Lur­çat et d’autres grands peintres en vue, a été ap­pro­ché par la col­lec­tion­neuse Ma­rie Cut­to­li. Elle leur a de­man­dé des mo­dèles des­ti­nés au tis­sage sur les mé­tiers d’Aubusson­Fel­le­tin. De­rain, peintre de pre­mier plan, lui confie en 1938 la « Chasse au cerf » (*). An­dré De­rain a sé­jour­né une pre­mière fois à Aubusson en 1940, il a tra­vaillé avec l’ate­lier Ta­bard. Son mar­chand l’a sui­vi, les dé­co­ra­teurs et les conser­va­teurs re­dé­cou­vraient à l’époque la ta­pis­se­rie d’Aubusson. De­rain est re­ve­nu en 1941 sur les bords de la Creuse. Jean Lur­çat, dans une lettre de 1941, té­moigne : « An­dré De­rain, qui vient de ve­nir pour quatre jours tra­vailler ici avec moi, m’an­non­çait qu’à Pa­ris, c’est se­lon son ex­pres­sion même, “une vé­ri­table psy­chose” dans les mi­lieux ar­tis­tiques : cha­cun parle de la ta­pis­se­rie mu­rale, cha­cun veut dé­sor­mais tra­vailler dans ce sens » (lettre ci­tée par Ca­the­rine Gi­raud dans « Jean Lur­çat, au seul bruit du so­leil », Sil­va­na Edi­to­riale). Des ta­pis­se­ries qui ré­ap­pa­raissent An­dré De­rain s’est beau­coup ins­pi­ré de la chasse, avec des tis­sages de la Ma­nu­fac­ture Bra­que­nié. C’est le cas la ta­pis­se­rie qui a été ven­due, ce di­manche, à Ver­sailles (« Le chas­seur », 4e exem­plaire sur 8, 148 cm sur 195 cm, es­ti­mée : 7 à 9.000 Ces der­nières an­nées, plu­sieurs ta­pis­se­ries d’Aubusson sont ré­ap­pa­rues sur le mar­ché, ins­pi­rées de la chasse ou du pa­ra­dis ter­restre. Elles sont d’in­té­rêt in­égal, réa­li­sées d’après des gouaches ou des pein­tures. La Ci­té de la ta­pis­se­rie a ré­cem­ment, dans la Nef des ten­tures, in­di­qué l’im­pli­ca­tion de De­rain à Aubusson.

AN­DRÉ DE­RAIN. « Le chas­seur », ta­pis­se­rie tis­sée à Aubusson par Bra­que­nié dont le qua­trième exem­plaire a été ven­du hier à Ver­sailles.

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