La belle his­toire d’un ma­ga­sin de prêt-à-por­ter si­tué en pleine cam­pagne

La troi­sième gé­né­ra­tion de la fa­mille Bar­dot­ti tient un ma­ga­sin de vê­te­ments en zone ru­rale

Le Populaire du Centre (Creuse) - - La Une - Ca­the­rine Per­rot ca­the­rine.per­rot@cen­tre­france.com

Co­rinne Ley­la­vergne fait vivre, à Vieille­ville, une en­tre­prise familiale dont l’his­toire re­monte aux an­nées soixante.

Les clients viennent de La Sou­ter­raine, Guéret et même Li­moges pour s’ha­biller à la Bou­tique creu­soise, un ma­ga­sin de prêt-à-por­ter im­plan­té au coeur du pe­tit vil­lage de Vieille­ville. Co­rinne Ley­la­vergne fait vivre cette en­tre­prise familiale dont l’his­toire re­monte aux an­nées 1960.

Gi­na et Ar­mi­do Bar­dot­ti, deux im­mi­grés ita­liens ve­nus s’ins­tal­ler en Creuse, montent un ma­ga­sin à Vieille­ville au dé­but des an­nées 1960. « Ils pro­po­saient des vê­te­ments de tra­vail et pour l’école, ra­conte Co­rinne Ley­la­vergne. Au dé­but, ils étaient tous les deux. Après, mon grand­père a fait des tour­nées, d’abord en vé­lo, puis avec une char­rette et en­suite en ca­mion. » En 1975, la fille de Gi­na et Ar­mi­do Bar­dot­ti, Ma­rie­Thé­rèse, dé­cide d’ou­vrir une bou­tique de prêt­à­por­ter en face de celle de ses pa­rents. « C’était un pa­ri pour ma mère d’ou­vrir ce ma­ga­sin, pour­suit Co­rinne. Mes grands­pa­rents ven­daient des blouses. Là c’était autre chose. »

Trois em­ployés au­jourd’hui

Après le dé­cès de la grand­mère en 1979, la pe­tite bou­tique de vê­te­ments de tra­vail ferme. Le grand­père conti­nue à faire des tour­nées « pour s’oc­cu­per ». Ma­rie­Thé­rèse Ley­la­vergne, qui a bap­ti­sé son com­merce « la Bou­tique creu­soise », em­bauche une ven­deuse et une re­tou­cheuse. Les affaires fonc­tionnent bien. Une deuxième ven­deuse est en­ga­gée dans les an­nées 1980. « Ma mère a eu des pro­blèmes de san­té en 1994. Elle a mis l’af­faire en vente, se sou­vient sa fille. Au même mo­ment, je tra­vaillais dans la pub à So­phiaAn­ti­po­lis. Il y a eu un plan de li­cen­cie­ment dans mon en­tre­prise. L’idée de re­prendre le ma­ga­sin m’a ti­tillée… » Co­rinne Ley­la­vergne est d’abord sa­la­riée de la Bou­tique creu­soise puis re­prend l’af­faire en 1995, à l’âge de 24 ans. « Ça n’a pas été fa­cile de m’im­po­ser après ma mère. Elle avait un très fort ca­rac­tère. » Elle se sou­vient en­core de son pre­mier jour, le 1er fé­vrier 1995. « Une pe­tite dame, qui avait l’ha­bi­tude d’être ser­vie par ma mère, a de­man­dé : “Où est la pa­tronne”. J’ai dit que c’était moi. Elle a ré­pon­du : “Hors de ques­tion d’être ser­vie par une mer­deuse”. Après avoir sé­ché mes yeux, je lui ai dit “C’est moi ou per­sonne”. » Les ven­deuses de la bou­tique ont, elles, été ra­vies de voir ar­ri­ver Co­rinne. « Quand j’ai su que la fille de Ma­rie­Thé­rèse al­lait re­prendre, j’étais sou­la­gée », confie Jac­que­line, qui conseille les clientes de­puis 35 ans et ap­pré­cie l’am­biance familiale du com­merce. Co­rinne Ley­la­vergne em­ploie au­jourd’hui trois per­sonnes : une ven­deuse et deux re­tou­cheuses (dont une à mi­temps). « Les affaires fonc­tionnent bien, même si c’est dur de­puis un an comme par­tout. » La deuxième ven­deuse n’a pas été rem­pla­cée quand elle est par­tie à la re­traite il y a quelques mois. La grande bou­tique de 200 m2, avec sa jo­lie mez­za­nine, pro­pose des ar­ticles pour hommes et femmes, « mi­lieu et haut de gamme », « de 30 à 97 ans ». « Je fais ra­re­ment de la pu­bli­ci­té, ça fonc­tionne sur­tout avec le bouche­à­oreille », in­dique la pa­tronne. Ses clients (en fait sur­tout des clientes) n’hé­sitent pas à faire des ki­lo­mètres pour ve­nir s’ha­biller à Vieille­ville : 50 % ha­bitent Guéret, 25 % La Sou­ter­raine, Bour­ga­neuf et ses en­vi­rons et les 25 % res­tants la Haute­Vienne. Cer­tains cherchent des vê­te­ments pour des oc­ca­sions, d’autres pour le tra­vail. « J’ai un pe­tit groupe de clientes du CHU de Li­moges. J’ai beau­coup de pro­fes­sions li­bé­rales et d’em­ployés du mi­lieu ban­caire. »

« On est tou­jours bien re­çu »

Alors que les ma­ga­sins in­dé­pen­dants de la Grande Rue de Guéret ont presque tous fer­mé, la Bou­tique creu­soise se porte bien, alors qu’elle est im­plan­tée en pleine cam­pagne. La com­mune de Mou­rioux­Vieille­ville compte seule­ment 509 ha­bi­tants. Co­rinne Ley­la­vergne va une fois par mois à Pa­ris pour ache­ter ses vê­te­ments chez des gros­sistes dans le Sen­tier et le Ma­rais. Une ma­nière de pro­po­ser sans cesse des nou­veau­tés. « Je tra­vaille avec des marques fran­çaises au­tant que je peux, mais aus­si avec des four­nis­seurs al­le­mands, ita­liens et es­pa­gnols », dé­taille­t­elle. Dans les rayons, on dé­couvre des marques qu’on ne trouve pas par­tout comme Pau­por­té, Bian­ca ou Lu­cia. Les clientes ap­pré­cient aus­si les conseils de Co­rinne et sa ven­deuse. « Je connais bien mes clients. Il y a une re­la­tion de confiance. Si ça ne leur va pas, je leur dis », tranche la pa­tronne. « On est tou­jours bien re­çu, confirme une dame de GrandBourg ve­nue ce jour­là ache­ter un ca­deau pour sa fille. Je viens de temps en temps. C’est ce qui se fait de mieux dans la ré­gion. »

PHOTO BRU­NO BARLIER

ÉQUIPE. Co­rinne Ley­la­vergne, pa­tronne de la Bou­tique creu­soise, en­tou­rée de sa re­tou­cheuse Isa­belle et sa ven­deuse Jac­que­line.

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