Mat­thieu Tho­rel, neuf po­diums au cham­pion­nat de France, tire sa ré­vé­rence

Le « Tau­reau de la Cor­rèze » ne bri­gue­ra pas une dixième mé­daille aux « France », ce week­end

Le Populaire du Centre (Creuse) - - La Une - Ke­vin Cao ke­vin.cao@cen­tre­france.com

À 33 ans, Mat­thieu Tho­rel, neuf mé­dailles en neuf par­ti­ci­pa­tions aux cham­pion­nats de France, a dé­ci­dé de mettre un terme à sa car­rière. Dans l’ombre de Ted­dy Ri­ner, le Cor­ré­zien a mar­qué l’his­toire de son sport à sa ma­nière. Avec son ga­ba­rit aty­pique, sa ré­gu­la­ri­té et son grand coeur.

Il n’ira pas jus­qu’à dix. Ce week­end, à Saint­Quen­ti­nen­Yve­lines, Mat­thieu Tho­rel au­rait pu dé­cro­cher une dixième mé­daille chez les lourds (+ 100 kg) en dix par­ti­ci­pa­tions aux cham­pion­nats de France. Sauf que « To­to » a dit stop (*). Plus l’en­vie. Plus la mo­ti­va­tion après une di­zaine d’an­nées au très haut ni­veau. « Je n’ai tou­jours pas di­gé­ré ma dé­faite au pre­mier tour du Tour­noi de Pa­ris (fé­vrier 2017), souffle ce­lui que cer­tains jour­na­listes ont sur­nom­mé le « Tau­reau de la Cor­rèze ». J’étais prêt comme ja­mais et perdre au sol, sur un truc de dé­bu­tant, c’est en­core dur au­jourd’hui lorsque j’en parle. Ce­la a été une grosse claque. » La deuxième a été tout aus­si vio­lente : « Les en­traî­neurs na­tio­naux m’ont fait com­prendre qu’ils pri­vi­lé­gie­raient dé­sor­mais les jeunes sur les com­pé­ti­tions in­ter­na­tio­nales. » Des jeunes qui n’ont ni l’ex­pé­rience ni le pal­ma­rès du « vieux » gaillard. « Je pense qu’il n’y a pas beau­coup de ju­do­kas qui peuvent se tar­guer d’avoir neuf po­diums aux cham­pion­nats de France », ré­ sume Ja­mal Solh, son en­traî­neur à l’Union Ju­do Brive. À bien cher­cher, il se­rait le seul à avoir réus­si une telle per­for­mance lors des trois der­nières dé­cen­nies… Ce­la veut tout dire de la place que lais­se­ra ce gar­çon au phy­sique aty­pique ­ « il est presque aus­si large que grand », image l’in­ter­na­tio­nal Florent Ura­ni au su­jet des 125 kg et 175 cen­ti­mètres de son pote ­ dans le ju­do fran­çais.

Fier de ses cou­leurs…

Le Bri­viste sou­rit : « Je me suis tou­jours pré­pa­ré pour les “France” en me di­sant que ce se­rait dur. Ce que je re­tiens de ces neuf mé­dailles, c’est que je les ai ga­gnées en por­tant les cou­leurs de mon club et de ma ré­gion. » Le Fran­ci­lien qui a dé­bar­qué en Cor­rèze à l’ado­les­cence (16 ans), avant de re­par­tir quelques an­nées plus tard à Pa­ris pour s’en­traî­ner à l’In­sep, est fier de ses cou­leurs. Mal­gré les sol­li­ci­ta­tions, l’an­cien du Pôle es­poirs de Li­moges est tou­jours res­té fi­dèle à l’UJB : « D’ailleurs, tu pour­ras mar­quer que je re­mer­cie mon club, Ja­mal (Solh) et Adil (Fi­kri) de m’avoir tou­jours sou­te­nu ? Je vou­drais aus­si dire mer­ci à mes pa­rents même si je ne sais pas com­ment le for­mu­ler… » Sous ses airs de grand cos­taud, l’homme cache un grand coeur. Sen­sible, dis­po­nible. « Tu peux tou­jours comp­ter sur lui, jour et nuit, confirme Florent Ura­ni, son com­père de l’équipe de France. La der­nière fois, il est ve­nu gar­der ma pe­tite (Jade, six mois) à 6 h 30 du ma­tin puis toute la ma­ti­née ». « C’est un mec en or », cor­ro­bore Jo­na­than Al­lar­don, cham­pion d’Eu­rope es­poirs en 2013.

Pas peur de Ted­dy Ri­ner…

Un mec en or qui au­rait mé­ri­té de dé­cro­cher da­van­tage le plus beau des mé­taux au ni­veau na­tio­nal (un seul titre) et sur­tout à l’in­ter­na­tio­nal. « Je pense qu’il avait les armes et le pro­fil pour dé­cro­cher un po­dium sur un cham­pion­nat in­ter­na­tio­nal », as­sure Adil Fi­kri, son an­cien co­lo­ca­taire et ca­ma­rade du Pôle es­poirs de Li­moges. Sauf que Mat­thieu Tho­rel est tom­bé à la même époque qu’un cer­tain Ted­dy Ri­ner. L’an­cien rug­by­man des Es­poirs du CAB ne cherche au­cune ex­cuse : « Ted­dy ou pas, il fal­lait que j’aille cher­cher ma sé­lec­tion. Il y a dix ni­veaux d’écart entre lui et moi, je n’ai ja­mais réus­si à le battre. » Ce n’est pour­tant pas faute d’avoir es­sayé… « Mat­thieu est un ba­gar­reur qui ne lâ­chait ja­mais rien, dé­crit Florent Ura­ni. C’est l’un des rares que j’ai vu faire tom­ber Ted­dy à l’en­traî­ne­ment. Ce­la montre tout son ni­veau ». « Il était tous les jours à l’In­sep, il se re­trous­sait les manches et il n’avait pas peur de se faire cas­ser la gueule par Ri­ner, ajoute Jo­na­than Al­lar­don. Il y en a peu qui ont cette en­vie et cette hargne ». Quels sou­ve­nirs lais­se­ra « To­to » dans le mi­lieu ? « C’est dur de ré­pondre, as­sure l’in­té­res­sé. Celle d’un mec sé­rieux qui ai­mait bien al­ler au char­bon ». De la mine, il a rap­por­té neuf mé­dailles na­tio­nales et presque au­tant à l’in­ter­na­tio­nal. Il au­rait sans doute pu faire en­core plus mais tous les in­ter­lo­cu­teurs jurent qu’il était « trop gen­til ». Un dé­faut en ju­do. Une qualité dans le ci­vil. Et sur­tout une image qu’il lais­se­ra quand on par­le­ra dé­sor­mais au pas­sé du ju­do­ka Mat­thieu Tho­rel. « Per­sonne ne peut dire du mal de lui », conclut Al­lar­don. La plus belle des vic­toires pour ce cos­taud au grand coeur…

DUO. À eux deux, Mat­thieu (à gauche) et son coach Ja­mal Solh (au fond) ont dé­cro­ché neuf mé­dailles aux « France ».

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