Des Fa, si, la, pas si fa­ciles à chan­ter

Le Populaire du Centre (Creuse) - - Guéret Vivre Sa Ville - Virginie Mayet virginie.mayet@cen­tre­france.com

Je bon­dis quand j’en­tends que cer­tains conseillent de chan­ter avec le ventre. C’est une inep­tie ! »

La can­ta­trice et pro­fes­seur de chant Ma­rie-Ma­de­leine Du­chier anime de­puis seize ans un stage de chant pour tout ni­veau à Saint-Sul­pice-le-Dunois. Je me suis mê­lée à ses élèves, qui ont trois jours et de­mi pour se per­fec­tion­ner.

Do, mi, fa, sol… Quelques notes de pia­no ré­sonnent dans le choeur de l’église. La pia­niste ira­nienne Jey­ran Ghiaee est prête à nous ac­com­pa­gner. Et c’est par­ti pour une ma­ti­née en chan­son. En face de nous, Ma­rieMa­de­leine Du­chier avec sa voix de jeune fille mal­gré ses 85 ans,

est prête à par­ta­ger son se­cret. « J’aime don­ner. »

La can­ta­trice et pro­fes­seur de chant n’y va pas par quatre che­mins : « pour chan­ter comme ce­la à 85 ans, il faut le faire avec les flancs. Je bon­dis quand j’en­tends que cer­tains conseillent de chan­ter avec le ventre. C’est une inep­tie ! » Et Ma­rie­Ma­de­leine de me rap­pe­ler avec les mains où se si­tuent les pou­mons ! « On chante avec le cer­veau. » Un conseil qu’elle ne va ces­ser de nous ré­pé­ter tout au long de la ma­ti­née.

« On chante avec le cer­veau »

Le pre­mier exer­cice consiste à re­pro­duire quelques notes en pro­non­çant un « i ». Mar­tine chante un peu bas. La pro­fes­seur ex­plique que « c’est ma pen­sée qui crée le son. » Cha­cun chante à son tour. Et tente sa chance. Ma­rie­Ma­de­leine ap­

porte des pré­ci­sions, ça et là, en se pen­chant, en as­so­ciant les gestes à ses pa­roles. « On n’at­taque pas, on entre dans la so­no­ri­té car la mu­sique est par­tout. »

Sans chi­chis, la can­ta­trice va droit au but. Pour Fran­cine, il fau­dra sou­rire car c’est « in­dis­pen­sable à la voix. Un peu de fan­tai­sie ! » Quant à Chantale, elle est trop concen­trée, sa voix « doit être plus vi­brante ». Anne, de son cô­té, ne pense pas as­sez la note. « Il faut une ligne conti­nue sur la­quelle on pose les notes. »

En­fin, le seul homme du stage, un pe­tit nou­veau, ex­plique qu’il aime chan­ter sous sa douche. Et c’est une belle sur­prise, JeanLouis a du coffre, peut­être un peu trop au goût de la can­ta­trice ! La pro­fes­sion­nelle lui de­mande de mettre moins de force dans sa voix mais plus de dou­ceur. « Le chant c’est du charme. » Vient en­fin mon tour. Plus ha­bi­tuée à la va­rié­té, je peine un peu avec ces exer­cices de chant ly­rique. Ma­rie­Ma­de­leine n’est pas trop cruelle. Elle m’ap­prend que je suis so­pra­no avant de pas­ser à l’exer­cice sui­vant, plus cor­sé. Il faut pous­ser la voix sans mon­ter dans les ai­gus !

Ma voi­sine blonde de de­vant, Joëlle, hé­site trop. Ma­rie­Ma­de­leine lui lance du tac au tac : « vous ne vous amu­sez pas ! Il faut al­ler aux tré­fonds du chan­teur car le chan­teur est quel­qu’un qui ne se fait pas beau­coup de sou­cis. » Certes, nous sommes là pour ap­prendre à chan­ter, mais par la même oc­ca­sion, j’ap­prends à lâ­cher prise.

Une fois l’exer­cice bien exé­cu­té par cha­cun, il faut alors chan­ter tous en choeur… Mais ça dé­raille… Im­pos­sible de pas­ ser in­aper­çus ! Notre pro­fes­seur a l’oeil… Et l’oreille. « Ce n’est pas beau, ça ne vibre pas. » Au bout de trois exer­cices, je dé­croche quelque peu, mais je pro­mets de re­tour­ner voir Ma­rieMa­de­leine car l’en­fant du pays a très en­vie de me trans­mettre un peu de sa tech­nique de chant et je re­pars, lé­gère, en fre­don­nant un pe­tit air d’Edith Piaf.

PHOTO MA­THIEU TIJERAS

AU FRAIS. Pour Ma­rie-Ma­de­leine Du­chier, l’église, avec son acous­tique par­ti­cu­lière, est le ter­rain de jeu idéal.

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