Un ré­seau pour ai­der les chefs d’en­tre­prise en dé­tresse

Le Populaire du Centre (Haute-Vienne) - - La Une - Sylvain Com­père sylvain.com­pere@cen­tre­france.com

Pour faire face au cruel désar­roi de cer­tains chefs d’en­tre­prise, le monde éco­no­mique se mo­bi­lise pour consti­tuer un ré­seau d’alerte et de sou­tien.

Marc Bin­nié, gref­fier au tri­bu­nal de com­merce de Saintes, tra­vaille sur la dé­tresse des chefs d’en­tre­prise de­puis des an­nées. Il était cette se­maine in­vi­té à la chambre de com­merce de Li­moges pour ani­mer une confé­rence sur le ré­seau qu’il a consti­tué, APESA (voir ci­des­sus). Il a as­so­cié son ex­pé­rience à celle de Jean­Luc Drouillard, psy­cho­logue cli­ni­cien, pour ima­gi­ner un sys­tème d’alerte et de prise en charge en cas de dé­tresse psy­cho­lo­gique, voire de risque sui­ci­daire. « Dans ce cas, ex­plique Marc Bin­nié, il faut iden­ti­fier le pro­blème et in­ter­ve­nir au plus tôt. Faire preuve de ré­ac­ti­vi­té est ca­pi­tal. »

Un ré­seau lo­cal de sen­ti­nelles pour re­pé­rer no­tam­ment le risque sui­ci­daire

Au­de­là du ta­bou de l’échec, très ré­pan­du dans le monde l’en­tre­pre­na­riat, Marc Bin­nié sou­ligne que « cer­tains passent bru­ta­le­ment du RSI au RSA, et fi­nissent par dor­mir dans leur voi­ture… Ils perdent en­tre­prise, mai­son, conjoint, en­fants et le chaos en­va­hit jusqu’à leur vie pri­vée. » L’es­ti­ma­tion des sui­cides va­rie d’un pa­tron mort tous les deux jours à deux par jour ! « On parle plus des dif­fi­cul­tés des en­tre­prises que de celles des en­tre­pre­neurs, re­grette Marc Bin­nié. On ne crée pas de de­mande, on ré­pond juste à un be­soin réel. Avec ce dis­po­si­tif, nous n’avons pas l’am­bi­tion de sau­ver tout le monde mais de tout faire pour en sau­ver le maxi­mum. N’en sau­ver qu’un est dé­jà une belle vic­toire. »

Le prin­cipe : alerte, prise en charge et sui­vi

Le prin­cipe de ce sys­tème d’alerte est simple : les ac­teurs du monde éco­no­mique, no­tam­ment au sein des tri­bu­naux de com­merce, sont in­vi­tés à si­gna­ler les en­tre­pre­neurs en dif­fi­cul­té à l’APESA. Ce­lui­ci se charge alors d’aler­ter un psy­cho­logue du ré­seau pour amor­cer une prise en charge et un sui­vi.

« Trans­for­mer la souf­france en ex­pé­rience »

« C’est gra­tuit et confi­den­tiel, in­siste Marc Bin­nié, parce qu’il est dif­fi­cile d’ima­gi­ner de de­man­der de payer à des gens rui­nés, fi­nan­ciè­re­ment et psy­cho­lo­gi­que­ment. Il s’agit de les ai­der à trans­for­mer la souf­france en ex­pé­rience, afin de pou­voir re­bon­dir. Les en­tre­pre­neurs sont les fan­tas­sins de l’éco­no­mie. Il res­tait à in­ven­ter la Croix­Rouge qui va avec… » Au sein du ré­seau APESA, 14 tri­bu­naux de com­merce sont dé­jà im­pli­qués sur les 134 que compte la France. Jacques Ley­tere, pré­sident du tri­bu­nal de com­merce de Li­moges, est bien dé­ci­dé à le re­joindre le plus vite pos­sible. « Si tout va bien, on de­vrait avoir consti­tué l’as­so­cia­tion d’ici moins de deux mois », as­sure­t­il. « Pour que ce soit ef­fi­cace, ajoute Marc Bin­nié, il faut une sen­si­bi­li­sa­tion la plus large pos­sible. Il faut aus­si que le ter­ri­toire dis­pose de suf­fi­sam­ment de sen­ti­nelles. » C’est éga­le­ment l’APESA qui se charge de consti­tuer le ré­seau de psy­cho­logues. Marc Bin­nié es­time que « vingt à trente psy­cho­logues se­raient né­ces­saires au maillage du ter­ri­toire de la Haute­Vienne. »

PHO­TO D’ILLUS­TRA­TION STÉ­PHANE LE­FÈVRE

TA­BOU. La ques­tion de l’échec est ta­boue pour de trop nom­breux en­tre­pre­neurs.

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