Mon­trer la no­blesse de mes sem­blables

Le Populaire du Centre (Haute-Vienne) - - Haute-vienne - Mu­riel Min­gau-Ra­ko­ton­dra­fa­ra

Pho­to­graphe ma­jeur in­ter­na­tio­na­le­ment re­con­nu, Pier­rot Men ra­conte son île en images, Ma­da­gas­car. La Nou­velle-Aqui­taine lui consacre une triple ex­po­si­tion à Bor­deaux, Poi­tiers et Li­moges, pour mar­quer dix ans de co­opé­ra­tion avec la ré­gion mal­gache d’Ita­sy.

P ier­rot Men est né en 1954 à Ma­da­gas­car, d’une mère fran­co­mal­gache et d’un père chi­nois. Dans sa jeu­nesse, il vou­lait être peintre et pre­nait des pho­tos pour base de tra­vail. Un jour, une amie ose lui dire que ses pho­tos sont bien meilleures que ses toiles. Il change de voie. Très vite, sa pho­to­gra­phie belle, sen­sible, hu­ma­niste, touche le pu­blic. Quel sens don­nez-vous à cette ex­po­si­tion qui vous est consa­crée à Bor­deaux, Poi­tiers et Li­moges ? C’est juste de par­ta­ger ma pas­sion pour la pho­to­gra­phie, et mon re­gard sur mon pays. Est-il im­por­tant que vos pho­tos soient vues en Oc­ci­dent ? Beau­coup en Oc­ci­dent ignorent Ma­da­gas­car. Un pays pour­tant co­lo­ni­sé par les Fran­çais de 1896 jusqu’en 1960. C’est im­por­tant que les Oc­ci­den­taux le re­dé­couvrent. De Ma­da­gas­car, on parle des lé­mu­riens, des bao­babs et autres ma­gni­fiques pay­sages… Avec cette ex­po­si­tion, c’est son peuple et sa cul­ture que je veux mettre en avant. Le titre Frag­ments de Vie re­pré­sente-t-il votre dé­marche ? Je n’ai pas de thème ou de but pré­cis quand je pho­to­gra­phie. Ce­la me per­met d’être ou­vert à tout. Tou­te­fois, c’est au­tour de mes sem­blables que mon tra­vail se fo­ca­lise. J’es­saye de sai­sir les pe­tites choses qu’on ne voit plus, ces frag­ments de vie fu­gi­tifs par les­quels on re­trouve toute leur di­gni­té, MA­DA­GAS­CAR, FRAG­MENTS DE VIE. leur fier­té, leur no­blesse. Vous pho­to­gra­phiez beau­coup les femmes. Elles ont un rôle im­por­tant dans la vie quo­ti­dienne. Elles sont le pi­lier de chaque fa­mille. Leur tra­vail jour­na­lier et leurs ef­forts se dé­ploient dans le si­lence et l’ano­ny­mat. Les pho­to­gra­phier est pour moi une évi­dence. C’est à la fois rendre hom­mage à leur beau­té et mon­trer toute l’af­fec­tion que je leur porte. Cet amour, je le dois aux femmes qui m’ont en­tou­ré à com­men­cer par ma mère que j’ai per­due trop tôt. Que dites-vous aux nom­breux pho­to­graphes qui viennent de par­tout cher­cher vos conseils ? Que la pho­to­gra­phie n’est pas une science exacte. Ce n’est pas : 1+1 égal 2. Pour pho­to­gra­phier, il faut ai­mer ce­la, être dis­po­nible, sen­sible, consa­crer beau­coup de temps à sa pas­sion, la vivre. Long­temps, vous avez tra­vaillé en noir et blanc. Une fa­çon de ra­con­ter le pays, en évi­tant « la cou­leur lo­cale » ? J’ai com­men­cé la pho­to­gra­phie voi­ci 40 ans. Alors, au­cun la­bo pho­to ne me sa­tis­fai­sait à Ma­da­gas­car, pour la cou­leur. Je me suis donc tour­né vers le noir et blanc, en fai­sant tout moi­même. Avec le temps, c’est de­ve­nu mon lan­gage. Ain­si, j’ex­prime fa­ci­le­ment mes sen­ti­ments, mes émo­tions, mes lu­mières, ma com­po­si­tion. Au­jourd’hui avec le nu­mé­rique, je n’ai plus cette crainte du tra­vail de la­bo. Je tra­vaille aus­si en cou­leur « lo­cale ». Dans vos pho­tos, la cou­leur est pré­sente par touches. Parce que j’ai été peintre long­temps avant de de­ve­nir pho­to­graphe. Re­gret­tez-vous par­fois une vie de peintre ? Je ne re­grette rien. Je peins tou­jours dans ma tête, mon ap­pa­reil pho­to est de­ve­nu mon pin­ceau.

PHO­TO THO­MAS JOUHANNAUD

Ex­po­si­tion à voir à Li­moges, à la mai­son de la Ré­gion jusqu’au 24 fé­vrier.

PHIERROT MEN. Ce grand nom de la pho­to­gra­phie vit et tra­vaille à Fia­na­rant­soa, ville des hautes terres de Ma­da­gas­car.

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