L’aide dans l’ur­gence

Des Li­mou­sins aux An­tilles

Le Populaire du Centre (Haute-Vienne) - - La Une -

TÉ­MOI­GNAGES. Les Pom­piers de l’ur­gence in­ter­na­tio­nale sont à pied d’oeuvre à SaintMar­tin après le pas­sage de l’ou­ra­gan Ir­ma (pho­to). Leur fon­da­teur té­moigne, tout comme un couple de Saint­Ju­nien qui a vé­cu ce phé­no­mène na­tu­rel à Cu­ba, où il était en vacances.

Pour la pre­mière fois, après le pas­sage d‘Ir­ma sur SaintMar­tin, les pom­piers de l’ur­gence In­ter­na­tio­nale (PUI), créés à Li­moges, in­ter­viennent sur le sol fran­çais. Re­tour sur les mis­sions de ces pom­piers bé­né­voles, avec son fon­da­teur, le lieu­te­nant-co­lo­nel Phi­lippe Besson.

Comment se passe votre mis­sion de se­cours à SaintMar­tin ?

Nous ap­por­tons de l’aide dans le do­maine mé­di­cal. Deux postes mé­di­caux ont été ins­tal­lés à la de­mande de la col­lec­ti­vi­té de Saint­Mar­tin, pour pro­di­guer des soins et faire un triage des per­sonnes si­nis­trées sou­hai­tant se rendre en Gua­de­loupe. Les gens veulent quit­ter ra­pi­de­ment Saint­Mar­tin. Un deuxième groupe s’oc­cupe de la pro­duc­tion d’eau po­table. On a pour la pre­mière fois une va­lise de po­ta­bi­li­sa­tion de l’eau, ali­men­tée par pan­neaux pho­to­vol­taïques. La pro­blé­ma­tique, c’est l’eau sa­lée, mais les équipes ont trou­vé une pis­cine ex­ploi­table. 800 litres d’eau ont pu être dis­tri­bués aux ha­bi­tants de ce quar­tier.

Com­bien de temps doit du­rer l’opé­ra­tion ? L’équipe

a été ren­for­cée mer­cre­di et au­jourd’hui. Deux cents abris sont ar­ri­vés pour les si­nis­trés. On a pré­vu une di­zaine de jours de mis­sion, mais on ver­ra si on en­voie une équipe de re­lève.

Comment se dé­clenche une telle opé­ra­tion ?

Agréés par l’ONU, nous re­ce­vons toutes les alertes sur les ca­tas­trophes dans le monde : ty­phons, tsu­na­mis ou séismes, comme ce­lui de ma­gni­tude 8 qu’il y a eu au Mexique au même mo­ment qu’Ir­ma. À nous en­suite de nous connec­ter sur un site par­ta­gé avec toutes les équipes in­ter­na­tio­nales. On donne notre dis­po­ni­bi­li­té. On ap­pelle ce­la le mo­ni­to­ring. Après, on dé­cide de dé­clen­cher ou non l’équipe de se­cours. On en­voie une alerte SMS à nos membres. En pa­ral­lèle, on uti­lise notre ré­seau pour avoir des in­for­ma­tions fiables.

Une fois votre mis­sion ter­mi­née, la si­tua­tion reste sou­vent dif­fi­cile. De quelle ma­nière conti­nuez-vous à ai­der ces zones si­nis­trées ?

Pour le ty­phon Io­lan­da en 2013 par exemple, on a pro­mis aux pom­piers lo­caux de re­ve­nir avec du ma­té­riel. Pour être franc, ils ne nous ont pas crus. Un an plus tard, on est re­ve­nu sur Guyam aux Phi­lip­pines à l’en­droit où l’on était in­ter­ve­nu, avec deux vé­hi­cules. C’était ex­tra­or­di­naire pour eux.

Vous for­mez éga­le­ment des se­cou­ristes en pé­riode plus calme…

Notre ré­pu­ta­tion com­mence à por­ter ses fruits. Des pom­piers es­pa­gnols nous ont contac­tés pour une for­ma­tion sur les trem­ble­ments de terre. Ils sont ve­nus faire un stage à La Sou­ter­raine, sur notre site de for­ma­tion. On leur ap­prend la mé­tho­do­lo­gie des Na­tions Unies, comment sec­to­ri­ser un espace si­nis­tré, comment or­ga­ni­ser le se­cours aux vic­times, etc. On leur montre éga­le­ment le ma­té­riel de haute tech­no­lo­gie.

Sou­hai­tez-vous conti­nuer à dé­ve­lop­per ces for­ma­tions ?

Oui. Notre ob­jec­tif est de faire de La Sou­ter­raine un site de for­ma­tion in­ter­na­tio­nal pour les équipes de se­cours. On es­père le mettre à dis­po­si­tion de ma­nière gra­cieuse. À La Sou­ter­raine, on a des gra­vats sur plu­sieurs étages. On peut ti­rer des ty­ro­liennes. L’ONU nous a va­li­dé ce site comme étant un site nor­ma­li­sé. On vou­drait ajou­ter des construc­tions, comme un par­king ef­fon­dré sur plu­sieurs voi­tures, une mai­son d’ha­bi­ta­tion.

En quoi votre clas­si­fi­ca­tion à l’ONU est-elle im­por­tante ?

On est la pre­mière équipe fran­çaise non­gou­ver­ne­men­tale à avoir été clas­si­fiée par l’ONU. Ce­la ne nous ap­porte pas de sub­ven­tions ­ nous vi­vons grâce au mé­cé­nat de Pi­co­ty et des Mai­sons JB ­ mais sur le ter­rain, on a des fa­ci­li­tés. Aux Phi­lip­pines par exemple, quand les Amé­ri­cains, qui me­naient les opé­ra­tions, ont vu notre lo­go « Na­tions Unies », ils ont tout de suite eu confiance. Ils nous ont fa­ci­li­té tout le trans­port. Pour la re­lève, ils ont même ar­rê­té un avion à Guyam, ont fait des­cendre tous les pas­sa­gers pour nous faire par­tir plus vite. Ils savent que « Uni­ted na­tions », ça a du sens. Propos recueillis Pierre Vi­gnaud

PHO­TO STÉ­PHANE LEFÈVRE

PHI­LIPPE BESSON. Fon­da­teur des PUI.

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