Le temps des vendanges

Le Bor­de­lais a été sé­vè­re­ment tou­ché par le gel du mois d’avril der­nier. Un épi­sode de froid que les vi­gne­rons n’avaient pas connu de­puis 25 ans. Les ren­de­ments sont donc en berne, avec chez cer­tains pro­duc­teurs un vo­lume qui va être de 10 % par rap­port à

Le Populaire du Centre (Haute-Vienne) - - La Une - Texte : Oli­vier Chap­pe­ron Pho­tos : Sté­phane Le­fevre

Nous nous sommes ren­dus au châ­teau Fleur Car­di­nale, dans le Bor­de­lais, pro­prié­té de la fa­mille li­mou­geaude De­cos­ter, où les ven­dan­geurs pro­cé­daient à la ré­colte du rai­sin.

Si les quan­ti­tés ne se­ront pas au ren­dez­vous cette an­née en rai­son d’un épi­sode de froid in­édit de­puis vingt­cinq ans en avril, le mil­lé­sime de­vrait tout de même se ré­vé­ler de qua­li­té.

Il n’au­ra fal­lu que quelques di­zaines de mi­nutes aux ven­dan­geurs pour ter­mi­ner la pe­tite par­celle si­tuée au pied du châ­teau Fleur Car­di­nale. Ici, comme ailleurs, les ren­de­ments de ce mil­lé­sime 2017 sont au plus bas. « Nous al­lons pro­duire 10 % de ce que nous pro­dui­sons d’or­di­naire », es­time Ca­ro­line De­cos­ter, à la tête du mar­ke­ting et de la com­mu­ni­ca­tion du châ­teau Fleur Car­di­nale et de Croix Car­di­nale, pro­prié­té de ses beaux­pa­rents, Do­mi­nique et Flo­rence De­cos­ter, Li­mou­geauds d’ori­gine. Alors, de­vant la re­morque du trac­teur sta­tion­né au bout des rangs de vigne, la no­ria des por­teurs n’a rien à voir avec les an­nées pré­cé­dentes. Et dire que les ven­dan­geurs et les por­teurs prennent toutes les pré­cau­tions afin de pré­ser­ver les rai­sins est un doux eu­phé­misme… « Sur­tout que nous consta­tons au fur et à me­sure que la ré­colte avance que la pro­duc­tion est en­core plus faible que ce que nous avions es­ti­mé… » « D’ha­bi­tude, nous em­bau­chons une tren­taine de per­sonnes pour ré­col­ter, as­sure Ca­ro­li­ ne De­cos­ter. Cette an­née, nous n’en avons em­bau­ché qu’une ving­taine et nous tra­vaillons avec deux trac­teurs au lieu de trois. Et nous em­bau­chons par de­mi­jour­née au lieu de jour­née pleine. Comme ce­la, nous pou­vons at­tendre la ma­tu­ri­té op­ti­male pour ré­col­ter le peu que nous au­rons ». Pour au­tant, Lu­do­vic et Ca­ro­line De­cos­ter ne se plaignent pas. « Cer­tains de nos voi­sins ne ré­coltent même pas. Tout a ge­lé chez eux. Chez nous, quelques par­celles ont été épar­gnées et la re­prise sur les grappes de deuxième gé­né­ra­tion nous per­met d’en­vi­sa­ger un mil­lé­sime 2017 ».

« Gar­der le même style, la marque de notre vin »

Sous ré­serve que la vi­ni­fi­ca­tion donne sa­tis­fac­tion. « Nous ver­rons dans quelques mois si ce qui est en cuve est com­pa­tible avec la qua­li­té et l’es­prit Fleur Car­di­nale, re­la­ti­vise un peu plus en­core Ca­ro­line De­cos­ter. Il faut veiller ab­so­lu­ment à gar­der le même style, ce qui fait la marque de notre vin : un fruit in­tense pré­ser­vé, une bouche ample et soyeuse ». « Si­non, n’hé­site pas à dire Lu­do­vic De­cos­ter, di­rec­teur tech­nique, nous de­vrons le vendre en vrac à des pro­duc­teurs de 1er cru qui n’ob­tiennent de toute fa­çon ja­mais cette qua­li­té même en temps nor­mal… ». Car les as­sem­blages qui font cette ty­pi­ci­té risquent d’être ren­dus com­pli­qué par la pro­por­tion des cé­pages ré­col­tés. Alors, pour ten­ter d’in­ver­ser la ten­dance et as­su­rer une qua­li­té op­ti­mum des rai­sins qui ont été épar­gnés par le gel, Lu­do­vic De­cos­ter joue la carte de l’ex­trême qua­li­té en pro­cé­dant à une « vi­ni­fi­ca­tion in­té­grale » dans des de­mi­muids, des bar­riques en chêne de 500 litres. « Ils se­ront mé­lan­gés à hau­teur de 2 à 3 % lors des as­sem­blages. À la fin, ce­la peut faire la dif­fé­rence ». La mise en oeuvre est plus lente que celle en cuve in­ox mais comme la pro­duc­tion est bien in­fé­rieure, le temps im­porte moins. Lu­do­vic De­cos­ter va donc chou­chou­ter sept bar­riques dans les mois à ve­nir, là ou d’ha­bi­tude, il en suit quatre seule­ment. Cet aléa climatique a éga­le­ment contraint les De­cos­ter à tra­vailler beau­coup plus la vigne au prin­temps et cet été. « Là où nous réa­li­sons deux tailles, nous en avons réa­li­sé quatre, ex­plique Lu­do­vic De­cos­ter. Nous avons re­ti­ré l’en­her­be­ment afin de lais­ser toute la res­source à la

Un tiers de per­son­nel en moins et du tra­vail par de­mi­jour­née

vigne. C’est un pa­ri sur l’ave­nir. Nous es­pé­rons ain­si que la vigne re­pren­dra un cycle nor­mal dès l’an pro­chain. Si nous n’avions rien fait, la ré­colte de l’an­née pro­chaine au­rait cer­tai­ne­ment en­core été moyenne ». Reste que cet in­ves­tis­se­ment, toutes les ex­ploi­ta­tions ne peuvent pas se le per­mettre alors que les ren­trées fi­nan­cières 2017 se­ront nulles. Émi­lie Vieux, sai­son­nière de­puis dé­cembre der­nier à Châ­teau Fleur Car­di­nale, a vu les ef­forts de toute l’équipe s’en­vo­ler en ce pe­tit ma­tin trop froid d’avril. « La veille du gel, nous étions dans les vignes, sur une très belle par­celle. Nous étions dé­jà sa­tis­faits de la qua­li­té. Ce­la nous a fait mal au coeur de voir que quelques heures après la ge­lée, les feuilles étaient dé­jà rousses. Les vendanges, c’est l’abou­tis­se­ment de tout ce tra­vail que nous avons réa­li­sé de­puis. On es­père évi­dem­ment le meilleur main­te­nant ! »

PHO­TO : STÉ­PHANE LEFÈVRE

COUPE. Émi­lie Vieux, sai­son­nière, sait com­bien les faibles ren­de­ments sont frus­trants pour toute l’équipe de Fleur Car­di­nale alors que le tra­vail dans les vignes a été en­core plus im­por­tant que d’ha­bi­tude après l’épi­sode de gel.

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