Dé­serts mé­di­caux : l’Etat dé­voile son plan à Châ­lus

DOS­SIER. Un exemple et des pistes avant le dis­cours du Pre­mier mi­nistre.

Le Populaire du Centre (Haute-Vienne) - - La Une - Ma­rie Gui­bal ma­rie.gui­bal@cen­tre­france.com

De­man­dez à un nou­vel Or­léa­nais s’il a trou­vé un mé­de­cin trai­tant et la ren­gaine se­ra tou­jours la même : « C’est ga­lère. J’ai pas­sé des tas de coups de fil et per­sonne ne prend de nou­veaux pa­tients. » Le maire lui­même le re­con­naît, c’est un des points noirs pour l’at­trac­ti­vi­té de sa ville. Or­léans, ses 118.000 ha­bi­tants, ses bords de Loire, sa ca­thé­drale, sa Jeanne d’Arc, son centre his­to­rique, sa proxi­mi­té avec Pa­ris et les châ­teaux de la Loire… Au­tant d’atouts qui, vi­si­ble­ment, ne suf­fisent pas à sé­duire les pra­ti­ciens. Qu’ils soient gé­né­ra­listes ou spé­cia­listes. Oli­vier Car­ré, le maire (di­vers droite), bien qu’il ne soit pas com­pé­tent en ma­tière de san­té, me­sure au quo­ti­dien le désar­roi des ha­bi­tants. Il re­çoit trois ou quatre cour­riers par se­maine à ce su­jet. La Ville a réa­li­sé, cet été, un état des lieux. Les ré­sul­tats ne sont pas ré­ jouis­sants : Or­léans compte soixante­dix mé­de­cins gé­né­ra­listes « au lieu de 110 » pour la moyenne na­tio­nale. Il manque donc au moins qua­rante pra­ti­ciens. L’Ordre des mé­de­cins du Loi­ret dé­nombre 4 ins­tal­la­tions en li­bé­ral à Or­léans en 2016, pour 11 dé­parts.

54 ans en moyenne

Si les dé­pan­nages en ur­gence sont en­vi­sa­geables, la pa­tien­tèle des mé­de­cins est dé­jà au com­plet. À l’ins­tar du Dr Naï­ma Bou­ ra­ki, mé­de­cin ré­fé­rent à la Mai­son de san­té plu­ri­dis­ci­pli­naire de l’Ar­gonne, un quar­tier prio­ri­taire : « On tra­vaille 60 heures par se­maine. On pro­pose une ving­taine de cré­neaux d’ur­gence par jour, ré­par­tis sur plu­sieurs mé­de­cins. Moi, j’ai 2.137 pa­tients ins­crits, contre une moyenne na­tio­nale de 900. Da­van­tage, ce n’est pas pos­sible. Après, on fait du mau­vais bou­lot. » Quant à la moyenne d’âge, elle est de 54 ans. Or, vu la dif­fi­cul­té à trou­ ver des suc­ces­seurs lors­qu’ils partent à la re­traite (à 65 ans, en théo­rie), il y a fort à pa­rier que le dé­fi­cit va s’ag­gra­ver dans les pro­chaines an­nées. Sou­cieux pour leurs pa­tients, cer­tains re­culent leur dé­part, d’autres an­ti­cipent et re­joignent des mai­sons de san­té afin d’être rem­pla­cé plus fa­ci­le­ment. C’est bien sou­vent un crève­coeur pour eux de par­tir sans suc­ces­seur. Les rai­sons de ce dé­fi­cit sont mul­tiples : la hausse du nu­me­rus clau­sus n’a pas été an­ti­ci­pée et les jeunes se tournent moins vers la mé­de­cine gé­né­rale. De plus, Or­léans, coin­cée entre Pa­ris et Tours, ne dis­pose pas de fa­cul­té de mé­de­cine : les étu­diants re­tournent dans leur ré­gion d’ori­gine ou res­tent là où ils ont étu­dié.

Chan­ger la fa­çon d’exer­cer

Le re­mède mi­racle n’a pas en­core été trou­vé mais des so­lu­tions sont mises en oeuvre. Les mai­sons de san­té plu­ri­dis­ci­pli­naires se mul­ti­plient (réunis­sant pro­fes­sions mé­di­cales et pa­ra­mé­di­cales), da­van­tage d’in­ternes et d’ex­ternes en mé­de­cine sont ac­cueillis à l’hô­pi­tal et dans les ca­bi­nets, la Ville aide via des sub­ven­tions ou une aide à la re­cherche de lo­caux… Le Dr Bou­ra­ki in­siste aus­si sur les nou­velles fa­çons d’exer­cer le mé­tier : col­lé­gia­le­ment et trans­ver­sa­le­ment, en dé­lé­guant cer­tains actes à des in­fir­mières cli­ni­ciennes for­mées, en dé­ve­lop­pant la té­lé­mé­de­cine… Au­tant de re­mèdes qui pour­raient, à terme, amé­lio­rer la si­tua­tion.

SO­LU­TION. Or­léans sou­haite ac­cueillir da­van­tage d’in­ternes en mé­de­cine (comme ici Yoann avec le Dr Bou­ra­ki) afin qu’ils dé­couvrent la ville et aient en­vie de s’y ins­tal­ler. PHO­TO ÉRIC MALOT

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