« Un dis­cours op­por­tun »

Le Populaire du Centre (Haute-Vienne) - - FRANCE & MONDE - Kévin Le Gou­guec

Cher­cheur au CNRS et spé­cia­liste des po­li­tiques de san­té, Fré­dé­ric Pier­ru s’est pen­ché sur les me­sures qu’Em­ma­nuel Ma­cron a évo­quées de­vant le congrès de la Mu­tua­li­té fran­çaise. Dans son dis­cours, Em­ma­nuel Ma­cron tranche sur la forme mais pas sur le fond. Il cherche à mar­quer sa sen­si­bi­li­té so­ciale mais a tou­jours la vo­lon­té de ré­duire les dé­penses so­ciales. Il agit de ma­nière op­por­tune en cri­ti­quant les dé­rives du sys­tème de pro­tec­tion so­ciale fran­çais qui se­rait in­ef­fi­cace. SO­CIAL. que ce même sys­tème a em­pê­ché un fort creu­se­ment des in­éga­li­tés. Donc oui, le sys­tème de pro­tec­tion so­ciale fran­çais est plu­tôt ef­fi­cace.

Le sys­tème ac­tuel n’est pas par­fait, en ef­fet. Il connaît deux grands pro­blèmes. Le pre­mier est le non­re­cours aux soins qui grève for­te­ment les dé­penses de la Sé­cu­ri­té So­ciale. Le se­cond est que l’on ne vit plus as­sez bien du tra­vail à cause de la baisse des sa­laires et de la dé­gra­da­tion des condi­tions de tra­vail. Le vrai pro­blème n’est pas là. Il y a deux ma­nières de faire le reste à charge zé­ro : soit par un fi­nan­ce­ment in­té­gral de la Sé­cu­ri­té so­ciale, soit en re­cou­rant aux com­plé­men­taires san­té. En fai­sant ce se­cond choix, le coût de la ré­forme risque d‘être da­van­tage sup­por­té par les in­di­vi­dus que par les mu­tuelles elles­mêmes. D’abord, cette confiance a elle­même été sa­pée par les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs en op­po­sant les gé­né­ra­tions. En­suite, cette confiance a aus­si été ébran­lée par les dif­fé­rentes ré­formes qui ont opa­ci­fié le sys­tème. De plus, la ré­forme vers un sys­tème à points que veut Em­ma­nuel Ma­cron va dé­ter­mi­ner une somme glo­bale qui se­ra ré­par­tie après pour le cal­cul des pen­sions et ne suit plus l’évo­lu­tion du PIB. Avec les dif­fé­rentes ré­formes qu’il porte, les mu­tuelles vont jouer un rôle ac­cru. On se di­rige vers un sys­tème à l’amé­ri­caine, in­éga­li­taire et in­ef­fi­cient. Pré­sen­ter ce­la comme le fu­tur me semble er­ro­né. Il s’agit plu­tôt d’un re­tour en ar­rière. Les agri­cul­teurs ont mis fin, hier, aux blo­cages des raf­fi­ne­ries et des dé­pôts d’es­sence. La FNSEA et les Jeunes Agri­cul­teurs ont ob­te­nu des avan­cées sur leurs re­ven­di­ca­tions, dans la nuit de mar­di à mer­cre­di. « Il y a eu des points d’avan­cée, des points de dé­cep­tion et des en­ga­ge­ments à tra­vailler plus », a ex­pli­qué Ch­ris­tiane Lam­bert, pré­si­dente de la FNSEA, après des né­go­cia­tions au mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture. Elle a donc ap­pe­lé les ma­ni­fes­tants à le­ver les blo­cages de raf­fi­ne­ries et de dé­pôts de car­bu­rant, me­nés de­puis di­manche der­nier. Les agri­cul­teurs pro­testent contre l’im­por­ta­tion de pro­duits agri­coles qui ne res­pectent pas, se­lon eux, les normes fran­çaises et eu­ro­péennes. L’huile de palme, qui fait des ra­vages dans les fo­rêts d’Asie du Sud­Est, est par­ti­cu­liè­re­ment vi­sée. Pour l’ins­tant, les agri­cul­teurs ont no­tam­ment ob­te­nu « des ga­ran­ties d’un éti­que­tage sur plus de pro­duits, qui in­forme et pro­tège les consom­ma­teurs », a in­di­qué la pré­si­dente de la FNSEA. PÉ­NU­RIE.

Hier ma­tin, Jé­ré­my De­cerle, pa­tron des Jeunes Agri­cul­teurs, a de­man­dé à ses troupes de « quit­ter les sites de ma­nière or­ga­ni­sée, pour ne pas que ça parte dans la dé­gra­da­tion ou les co­lères vives ». De fait, tout s’est dé­rou­lé sans heurts, ni re­cours à la force pu­blique. Les syn­di­cats ont désa­mor­cé la crise après que les en­ga­ge­ments du gou­ver­ne­ment ont été mis sur pa­pier, dans une lettre dont ils at­tendent dé­sor­mais la si­gna­ture. Jé­rôme Des­pey, se­cré­taire gé­né­ral de la FNSEA, a d’ailleurs sou­li­gné qu’il ne s’agis­sait que d’une « sus­pen­sion » des blo­cages.

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