Un Conseil mu­ni­ci­pal sous haute ten­sion à Pey­rat-leC­hâ­teau

Après la dé­mis­sion de sept des quinze élus du conseil mu­ni­ci­pal, deux scru­tins ont été an­nu­lés

Le Populaire du Centre (Haute-Vienne) - - La Une - Sé­bas­tien Du­bois se­bas­tien.du­bois@cen­tre­france.com

Dé­mis­sions en cas­cade, ges­tion contes­tée et deux scru­tins ré­cem­ment an­nu­lés. A Pey­rat l’am­biance po­li­tique est par­ti­cu­lière…

Dé­mis­sions en cas­cade, ges­tion contes­tée et deux scru­tins ré­cem­ment an­nu­lés. À Pey­rat-le-Cha­teau, l’am­biance po­li­tique est par­ti­cu­lière - et c’est un eu­phé­misme. Re­por­tage.

Huit dé­li­bé­ra­tions en 16 mi­nutes, montre en main. Ce­la au­rait pu être un re­cord de briè­ve­té pour un Conseil mu­ni­ci­pal. Même pour un ven­dre­di soir. Même à Pey­rat­le­Châ­teau, où seuls res­tent en place huit des quinze élus de dé­part. À deux re­prises, cette an­née, la pré­fec­ture a or­don­né des élec­tions pour com­plé­ter le conseil. En vain : les votes ont été an­nu­lés… « faute de can­di­dat ».

« Il est dans le dé­ni »

In­ter­ro­gé, le maire Sté­phane Cam­bou n’y voit guère à re­dire qu’une « ac­cu­mu­la­tion de points dans la vie du Conseil qui font qu’il y a des choses qui heurtent ». Pré­sent dans la salle, son ex­pre­mier ad­joint, dé­mis­sion­naire en oc­tobre, ne par­tage pas cet avis. « Il n’écoute rien, il est dans le dé­ni et par­tout où il est pas­sé, ça a été comme ça », dit­il.

Drôle d’am­biance. Les dé­li­bé­ra­tions s’en­chaînent, sans dé­bat ou presque. « Ça va vite, moque un autre spec­ta­teur, un peu plus tard : adop­té, adop­té, adop­té, adop­té. Ça ne fait pas un pli. » Les re­mous ar­rivent plus tard, quand la séance du Conseil tourne à la réu­nion pu­blique, où chacun peut prendre la pa­role. C’est bien la preuve qu’on est ou­vert au dia­logue, sou­ligne Sté­phane Cam­bou, à la fin du Conseil. Ce n’est pas par­tout qu’il y a un échange aus­si facile. » « C’est la pre­mière fois qu’il fait ça, nuance son nou­vel ad­ver­saire. La der­ nière fois, il a même mis des gens de­hors. »

Le maire re­fuse que son ex­ad­joint et dé­sor­mais pre­mier op­po­sant lise une lettre ou­verte. Le texte est pour­tant riche d’en­sei­gne­ment sur ce que cer­tains re­prochent à l’édile. L’an­cien élu revient sur le re­cru­te­ment du tra­vailleur so­cial pour le Centre d’Ac­cueil d’Orien­ta­tion des as­ pi­rants ré­fu­giés. « Ce n’est pas une struc­ture pé­renne, si de­main l’État ve­nait à la sup­pri­mer qu’ad­vien­drai­til de cet em­ploi ? » « La com­mune se ca­rac­té­rise par une ligne bud­gé­taire sur les trai­te­ments et sa­laires hors du com­mun […]. Faut­il en ra­jou­ter et plom­ber un peu plus les fi­nances ? »

« La vé­ri­té des chiffres »

La ques­tion de l’ab­sence du maire est éga­le­ment fré­quem­ment évo­quée. « Est­il réa­liste de gé­rer la com­mune de Pey­rat­leC­hâ­teau à dis­tance ? », ques­tionne Do­mi­nique Bau­de­mont, dans sa lettre. « À 54 ans, le maire n’est pas re­trai­té et tra­vaille à Bor­deaux », rap­pelle Sté­phane Cam­bou.

Le pre­mier ma­gis­trat de Pey­rat pro­fite des échanges fi­naux pour ré­pondre aux accu­sa­tions de mau­vaise ges­tion. « Pey­rat es­telle sous la sur­veillance du ré­seau d’alerte du Tré­sor pu­blic pour des dif­fi­cul­tés de ges­tion ? Non. Pey­rat est­elle en­det­tée ? La dette au 31/12/2018 se­ra de 2,125 M€. Elle était de 2,210 M€ en 2004. On a un ex­cé­dent de fonc­tionne­ ment de 271.000 €. Il était de 208.000 en 2006 et 420.000 en 2010. » « On a conscience des dif­fi­cul­tés des Pey­ra­tois, re­prend l’élu. Mais on n’a pas aug­men­té les im­pôts et on ne le fe­ra pas […]. La der­nière hausse date de 2013. » « C’est la vé­ri­té des chiffres », as­sène­t­il. « Non, ta vé­ri­té », ré­torque Do­mi­nique Bau­de­mont. « Il faut que tu com­prennes, Sté­phane, qu’on n’est pas obli­gé d’être d’accord avec le maire », ajoute­t­il.

Des « am­bi­tions pour plus tard »

Le maire re­proche à son an­cien sou­tien « ses am­bi­tions pour plus tard », ce que nie moyen­ne­ment l’in­té­res­sé. La pré­fec­ture a de toute fa­çon re­pous­sé l’éven­tuel af­fron­te­ment à plus tard, avec l’an­nonce de l’ab­sence de nou­veau scru­tin avant 2020. « Il peut en­core y avoir des élec­tions au dé­but de l’an­née, pré­vient tou­te­fois le maire. Tant que je n’ai pas le pa­pier du Mi­nis­tère… »

D’ici là, Sté­phane Cam­bou a pro­mis « une réu­nion pu­blique ». « Osons la sé­ré­ni­té », pré­co­nise­til. Dom­mage : le dé­bat était vrai­ment ins­truc­tif.

PHO­TO D’AR­CHIVES THO­MAS JOUHANNAUD

GES­TION. Le ma­na­ge­ment et les choix de Sté­phane Cam­bou (à gauche) sont contes­tés par son ex-pre­mier ad­joint (à droite).

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