La dif­fi­cul­té de vivre de sa plume

La So­cié­té des gens des lettres se bat pour une meilleure ré­mu­né­ra­tion des au­teurs

Le Populaire du Centre (Haute-Vienne) - - Limousin L'actu - Ch­ris­tine Moutte ch­ris­tine.moutte@cen­tre­france.com

En de­hors des au­teurs à suc­cès, la plu­part des écri­vains ne vivent pas des ventes de leurs livres. Ils ont sou­vent un autre mé­tier, sou­vent en lien avec l’écri­ture.

Avec un taux moyen des droits d’au­teurs de 7 %, re­pré­sen­tant le prin­ci­pal re­ve­nu brut d’un écri­vain, Ma­rie Sel­lier, pré­si­dente de la So­cié­té des gens des lettres, ne cache pas une pau­pé­ri­sa­tion crois­sante. Dans cette éco­no­mie du livre, es­ti­mée à plus de 4 mil­liards d’eu­ros par an en France, le par­tage de la va­leur est loin d’être équi­table, en rai­son d’une sur­pro­duc­tion et d’une concen­tra­tion des ventes.

Sur­pro­duc­tion

« Avec 200 nou­veau­tés par jour et 81.000 livres édi­tés en 2017, la pro­duc­tion a dou­blé en vingt ans mais le ti­rage a di­mi­nué de moi­tié au dé­tri­ment des au­teurs, ex­plique Ma­rie Sel­lier dont le com­bat est de faire pas­ser ce taux à 10 % mi­ni­mum pour tous. On es­time que 8.000 au­teurs pro­fes­sion­nels n’ar­rivent pas à vivre de leurs écrits. » Un constat que les au­teurs, en de­hors des “stars” et prix Gon­court qui concentrent la ma­jo­ri­té des ventes, confirment. « C’est com­pli­qué de vivre de sa plume, af­firme Abnousse Shalmani, pré­sen­tant un pre­mier ro­ man chez Gras­set après un es­sai qui a bien mar­ché. Mon pre­mier livre m’a rap­por­té en­vi­ron 40.000 €, grâce à quatre tra­duc­tions… mais sur quatre ans ! Je dois faire des piges et man­ger pas mal de pâtes, pour avoir le temps de me consa­crer à l’écri­ture. Mais je ne peux pas faire au­tre­ment : écrire est ma res­pi­ra­tion même si ça de­mande des sa­cri­fices. »

Les au­teurs cu­mulent ain­si les ac­ti­vi­tés pro­fes­sion­nelles, sou­vent en lien avec l’écri­ture (en­sei­gnant, jour­na­liste…). « J’écris des ro­mans, mais aus­si des chan­sons pour les autres et des scé­na­rios, ex­plique Jé­rôme At­tal, au­teur de­puis dix ans qui est pu­blié chez Ro­bert Laf­font. Je suis ré­mu­né­ré au pour­cen­tage de ventes : je re­çois un eu­ro par livre, quelques cen­times sur un al­bum par chan­son… Cette ac­cu­mu­la­tion me per­met d’en vivre, même si ce n’est pas sé­cu­ri­sant. J’ai be­soin de re­con­nais­sance et de sou­tien. »

La sé­cu­ri­té d’un deuxième mé­tier

Et par­mi les au­teurs aux ventes consé­quentes, beau­coup conservent un mé­tier, comme So­phie Tal Men, au­teur de lit­té­ra­ture feel­good : « Je pour­rais vivre grâce à mes trois ro­mans qui marchent très bien mais je n’ar­rê­te­rai jamais mon pre­mier mé­tier qui est neu­ro­logue. Je reste ain­si dans la réa­li­té, me sens plus libre et plus zen. »

Conser­ver un autre mé­tier est une as­su­rance pour l’ave­nir et sa li­ber­té comme le sou­ligne Phi­lippe Pas­cot, au­teur de cinq ro­mans en­ga­gés chez Max Mi­lo édi­tions qui a su né­go­cier son contrat : « Je ne prends pas d’avance, juste un pour­cen­tage très cor­rect de plus de 15 %. Mais le suc­cès peut être illu­soire et je pré­fère gar­der mon ac­ti­vi­té à la Halle du rock à Ivry pour être libre. »

PHO­TO FRÉ­DÉ­RIC LHERPINIÈRE

RÉ­MU­NÉ­RA­TION. Sur la vente d’un ou­vrage, la plu­part des au­teurs ne touchent pas grand-chose, sou­vent en­vi­ron un eu­ro, ne leur per­met­tant pas de vivre uni­que­ment de leur créa­tion lit­té­raire. « Un point né­ga­tif de l’édi­tion » abor­dé lors de la qua­trième édi­tion des Ren­contres pro­fes­sion­nelles, hier, au Fo­rum des lec­teurs.

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