La cou­leur des rêves d

Le Populaire du Centre (Haute-Vienne) - - Reportage -

JEAN-LOUIS PRAT. L’an­cien di­rec­teur de la Fon­da­tion Maeght de 1969 à 2004, his­to­rien de l’art, membre du Co­mi­té Joan Miró et ami de l’ar­tist

Mai­son des ar­tistes. Il ve­nait tou­jours en fa­mille avec sa femme Pi­lar, sa fille Do­lores puis ses pe­tits­en­fants.

Une vie simple. Dans la jour­née, il tra­vaillait à l’ate­lier de gra­vure ou de cé­ra­mique. On se re­trou­vait pour les re­pas. Il avait beau­coup d’hu­mour, ado­rait rire. Il me­nait une vie simple et dé­tes­tait le pa­raître. Son seul luxe, c’était son ate­lier de Pal­ma construit par Jo­seph Lluis Sert. Il était ahu­ri quand il voyait les prix de ses oeuvres ven­dues en salle des ventes : « ça ne peut pas du­rer ! », me di­sait­il.

Fa­rou­che­ment in­dé­pen­dant. Il ne vou­lait ap­par­te­nir à au­cun mou­ve­ment, abs­trac­tion, cu­bisme, sur­réa­lisme. Il avait un re­gard vif et juste, il était gé­né­reux, ou­vert sur le monde. Il ne tri­chait pas, il était au­then­tique, comme tous les

grands ar­tistes. Il était aus­si ré­vol­té par la mon­tée des po­pu­lismes.

L’ami des poètes. Miró ai­mait les mots. Les poètes étaient ses amis. Dans cer­tains de ses ta­bleaux, les mots sont écrits pour ap­puyer son pro­pos. La pein­ture est en­traî­née dans un lan­gage ni abs­trait, ni fi­gu­ra­tif mais en quête d’in­fi­ni. Pré­vert de­vait pen­ser à lui quand il écrivait : « le su­blime est cor­ro­sif ». Son oeuvre s’ins­crit pour le fu­tur, une le­çon d’es­poir. Il nous ap­prend qu’il faut prendre des risques, as­su­mer les mo­ments dif­fi­ciles. L’art de Miró est un art de l’in­ter­ro­ga­tion que l’on porte sur la vie. Avec la cer­ti­tude que nous ne sommes pas éter­nels.

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