Contre les idées re­çues

Dans Tu n’ha­bi­te­ras jamais Pa­ris, ré­cit tou­chant et pas­sion­nant, Omar Ben­laa­la croise 3 des­tins, le sien, ceux de son père et de Mar­tin Na­daud.

Le Populaire du Centre (Haute-Vienne) - - Livres - Mu­riel Min­gau twit­ter : @mmin­gau

Quel rap­port entre Bou­zid Ben­laa­la et Mar­tin Na­daud ? Ils étaient ma­çons. Le pre­mier ar­ri­va à Pa­ris de­puis la Ka­byl­lie en 1963. L’ou­vrier qui de­vint dé­pu­té quit­ta la Creuse pour Pa­ris en 1815. Tous deux ont contri­bué à construire la ca­pi­tale.

Sous Hauss­mann comme de nos jours, il s’agis­sait d’as­sai­nir, ré­no­ver, em­bel­lir et, donc, dé­truire l’in­sa­lubre, le tau­dis, re­lé­guer la pau­vre­té au loin. Oui, toi, le pauvre qui le construit à la sueur de ton front et dans des condi­tions in­justes, dan­ge­reuses, tu n’ha­bi­te­ras jamais Pa­ris.

Omar Ben­laa­la, fils de Bou­zid, écri­vain, a re­ceuilli les sou­ve­nirs de son père. Dans son ré­cit, il par­tage leur in­ti­mi­té de ma­nière tou­chante. Le dia­logue avec le fils per­met de pé­né­trer dans les sub­ti­li­tés de la pen­sée et du vé­cu du père. Non, Bou­zid Ben­laa­la n’a pas quit­té son pays pour cause de mi­sère. Voi­là bien une idée ré­çue sur l’exil. Même si la pau­vre­té était réelle en Al­gé­rie, il est ve­nu en France pour s’ou­vrir des ho­ri­zons, dans une as­pi­ra­tion à s’éle­ver, alors qu’un ave­nir de com­mer­çant doué s’an­non­çait pour lui sur sa terre na­tale. En France, il a tout sai­si de la né­ces­si­té d’ap­prendre la langue, de l’école pour ses en­fants. Il a re­fu­sé de se li­mi­ter à la fré­quen­ta­tion des autres émi­grés. Voi­là bien d’autres idées re­çues bous­cu­lées.

Per­ti­nent et po­si­tif

L’évo­ca­tion de Mar­tin Na­daud se fait un cha­pitre sur deux. Son en­fance vient ré­son­ner avec celle du cha­ba­ni. Leurs vé­cus entrent en dia­logue et se ré­pondent, ain­si jus­qu’aux en­ga­ge­ments po­li­tiques et syn­di­caux de l’un et de l’autre. Ces en­tre­croi­se­ments sont frap­pants de per­ti­nence. Ils offrent aus­si de pas­sion­nants éclai­rages his­to­riques.

En­fin, le vé­cu du fils, l’au­teur, ne manque pas d’in­té­rêt. Il per­met d’abor­der les dif­fi­cul­tés de la gé­né­ra­tion is­sue de l’im­mi­gra­tion, de la drogue à la re­li­gion. Elles sont évo­quées et dé­pas­sées. Il res­sort quelque chose d’ex­trê­me­ment po­si­tif de ce livre…

PHO­TO CO­REN­TIN FOLHEN/DI­VER­GENCE IMAGES

OMAR BEN­LAA­LA. Brosse un très beau por­trait de Bou­zid Ben­laa­la, son père (à droite).

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