Cou­tu­rier, Lu­cien brille sur M6

À 25 ans, Lu­cien Four­mond est cui­si­nier à l’Eh­pad de Gor­ron la jour­née, et cou­tu­rier à ses heures per­dues. Por­trait d’un gor­ron­nais aty­pique.

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Lu­cien a fait l’ob­jet de nom­breux ar­ticles dans la presse lo­cale en rai­son de sa par­ti­ci­pa­tion à l’émis­sion de té­lé­vi­sion Cou­su main, dif­fu­sée le sa­me­di en fin d’après-mi­di sur M6. Mais qui est Lu­cien et com­ment en est-il ar­ri­vé là ?

La cui­sine puis la cou­ture

Au pre­mier abord, c’est un gar­çon de 25 ans dis­cret, presque ti­mide. Ins­tal­lé à Gor­ron, il tra­vaille dans les cui­sines de l’Eh­pad Saint Laurent de­puis 5 ans. « Quand j’étais pe­tit, ma pre­mière pas­sion était la cui­sine. Mon oncle et mon cou­sin tra­vaillent tous les deux dans la res­tau­ra­tion et je les ai sui­vis. Tout na­tu­rel­le­ment, j’ai en­tre­pris des études dans ce do­maine. J’ai ob­te­nu un CAP cui­sine, puis un BAC pro hô­tel­le­rie-res­tau­ra­tion », ex­plique-t-il.

Ce­pen­dant, pen­dant ses an­nées à l’école pri­maire, Lu­cien al­lait au centre de loi­sirs. C’est avec les ré­si­dents de la mai­son de re­traite, qu’il a com­men­cé à tri­co­ter. Et ce fut une ré­vé­la­tion ! Comme tous les dé­bu­tants en la ma­tière, il a com­men­cé par une écharpe… Et puis, l’heure de l’in­ter­nat a son­né, il a dû lais­ser le tri­cot de cô­té. « Ce n’est pas évident de tri­co­ter dans l’am­biance de l’in­ter­nat, en com­mu­nau­té avec les autres gar­çons ».

Une fois ses études de cui­sine ter­mi­nées, il a pu re­prendre le tri­cot. Il a d’abord ache­té un kit avec laine et ai­guilles, mais les ex­pli­ca­tions n’étaient pas bien claires : « J’ai de­man­dé à In­grid qui tient le ma­ga­sin Bout’chou à Gor­ron, de m’ai­der. Et très gen­ti­ment, elle m’a un peu pris sous son aile. Grâce à elle, j’ai pu pro­gres­ser ra­pi­de­ment : j’ai tri­co­té mon pre­mier bon­net, par­ti­ci­pé à des évé­ne­ments lo­caux au­tour du tri­cot ».

Re­mise en ques­tion

« Et si comme me l’avait dit un pro­fes­seur de mon ly­cée un jour, je n’étais pas fait pour la cui­sine ? », s’in­ter­roge Lu­cien. Il achète alors sa pre­mière ma­chine à coudre. « Un mo­dèle bas de gamme, pas trop cher. Ma pre­mière réa­li­sa­tion en cou­ture a été un étui pour mes ai­guilles à tri­co­ter », se re­mé­more-t-il.

Et si je n’étais pas fait pour la cui­sine ?

Et puis, il a cher­ché à faire plus, et mieux. Alors, il s’est plon­gé dans les livres, a cher­ché sur in­ter­net. Il a même pris quelques cours par cor­res­pon­dance ; « j’ai dû ra­pi­de­ment ar­rê­ter. Les cours n’étaient pas très co­hé­rents. On nous de­man­dait de réa­li­ser une jupe, et un mois après, on nous don­nait les cours pour mon­ter la cein­ture de la jupe. J’ai pré­fé­ré conti­nuer seul ». Et voi­là 5 ans que tous ses loi­sirs sont consa­crés à la cou­ture. Après les jupes ba­siques, il se lance dans la confec­tion de mo­dèles plus so­phis­ti­qués pour sa fa­mille et pour lui-même : des robes, des blouses et même un blou­son qu’il porte fiè­re­ment. « Comme je suis au­to­di­dacte, je tra­vaille à l’ins­tinct. C’est le tis­su qui m’ins­pire. Je cherche le pa­tron en fonc­tion du tis­su que je trouve ». Les cou­leurs et la ma­tière sont les deux prin­ci­paux vec­teurs de sa créa­tion.

Ins­crip­tions aux concours

Pour éprou­ver son tra­vail, il s’ins­crit à son pre­mier concours à Ai­ze­nay, ou­vert aux ama­teurs et aux pro­fes­sion­nels. Là, il de­vait pré­sen­ter 6 te­nues dont une im­po­sée sur le thème de la gour­man­dise. Par­mi les can­di­dats, Lu­cien était l’un des seuls à ne pas avoir de for­ma­tion pro­fes­sion­nelle en cou­ture. Mais son ta­lent a fait la dif­fé­rence, et il a ob­te­nu le 3e prix du ju­ry. Une grande vic­toire pour lui et une grande fier­té pour sa soeur et sa mère qui ont fait le dé­pla­ce­ment avec lui. Il s’est éga­le­ment ins­crit à l’émis­sion Cou­su main, comme plu­sieurs mil­liers de can­di­dats ! En plus de son tra­vail à la mai­son de re­traite, Lu­cien a créé son au­to-en­tre­prise : l’Homme aux Ai­guilles. « Je réa­lise des mo­dèles au cro­chet, au tri­cot, et en cou­ture pour les par­ti­cu­liers, des ca­deaux de nais­sance par exemple. Il pro­pose éga­le­ment des pa­trons in­dus­triels ou des pa­trons is­sus de sa propre fa­bri­ca­tion. « À l’ave­nir, j’ai­me­rais ou­vrir ma bou­tique ou re­prendre une mer­ce­rie. Vivre de la cou­ture n’est pas fa­cile. Il faut que je puisse mon­trer mes créa­tions ».

Peut-être une bou­tique éphé­mère à Gor­ron pour com­men­cer ? Voi­là une idée à creu­ser…

Lu­cien dans l’ate­lier qu’il s’est créé au der­nier étage de sa mai­son.

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