959. On n’a pus l’temps d’beure !

C’est bin his­touère de ba­vas­seu un p’tit qua

Le Publicateur Libre - - Nous Entre - Par Ber­nard Des­grippes

- I feut qua­si­ment chaud. Tu trouves pas, ta Vic­tor ?

- Si Ma­rie, pour eune fas, t’as reu­son. On n’est pas bin de c’temps-là. La ch’mise colle à la piau. On deu­gou­line de sueur de par­tout. Fau­reut beure, mais dame, on n’a pus l’temps d’beure !

- Queu vie qu’on meune ! Ya core queuques z’an­nées, on s’acou­veut sous un peu­rieu et on preunent un peu d’bon temps. On meu­dion­neut en cau­sant. Un mor­ciau d’lard sû l’pouce, toués veurres de cide sans z’iau et hop, ça r’par­teut.

- An’hui c’est pus pa­reuil ! Tiens, j’eu bin n’en­vie d’deu­teul­leu. Je n’n’eu as­seu. À souér, j’va rin feure ! Et si j’eu pas fi­ni d’rin feure, j’conti­nu­reu d’main tan­tôt ! Tra­vailleu sous l’so­la, c’est l’bagne ! Et pis c’est des coups à yat­trap­peu un chaud-r’feur­di. Al­lez, viens t’en do ma, on va prende un mo­ment d’bon. On va pas eute peuyeu moins cheur !

- Par­di oui. Tiens, j’va feure comme ta. J’ren­teur eu­tou m’meutte à l’ombe.

- Il fait trop chaud. Qu’estce que tu en penses, Vic­tor ?

- Oui Ma­rie, pour une fois, tu as rai­son. Nous ne sommes pas bien par un temps pa­reil. La che­mise colle à la peau. Nous sommes en sueur. Il fau­drait boire, mais nous n’avons plus le temps.

- Quelle vie sommes-nous obli­gés d’avoir ! Il y a en­core quelques an­nées, on s’as­seyait sous un poi­rier et on pre­nait un peu de bon temps. Nous pou­vions co­la­tion­ner en par­lant. Nous man­gions un mor­ceau de lard et l’on bu­vait trois verres de cidre, ce­la nous met­tait en forme pour conti­nuer le tra­vail.

- Au­jourd’hui, ce n’est plus pa­reil. J’ai bien en­vie de m’ar­rê­ter. J’en ai as­sez. Ce soir je ne vais rien faire et si je n’ai pas fi­ni de ne rien faire, je conti­nue­rai de­main après­mi­di. Tra­vailler sous le so­leil, c’est s’ex­po­ser à être ma­lade ! Al­lez, viens avec moi, on va prendre un mo­ment de bon temps. Nous ne se­rons pas payés moins cher.

- Oui, j’ar­rête le tra­vail, je rentre avec toi me mettre à l’ombre.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.