Quand l’ar­gile des mares du Lau­nay ser­vait aux po­tiers

Au­tre­fois, de la terre glaise était ex­traite des mares éga­le­ment ap­pe­lées fosses, au vil­lage du Lau­nay à La Haute-Cha­pelle. Elle était uti­li­sée par les po­tiers du sec­teur pour en faire des pots et des bou­teilles.

Le Publicateur Libre - - Autour De Domfront - Na­tha­lie Gué­rin

Les mares po­tières du vil­lage du Lau­nay font par­tie des es­paces na­tu­rels du Dom­fron­tais. Mais pas que.

Le site qui se trouve dans la cam­pagne de La Haute-Cha­pelle s’avère aus­si un té­moin his­to­rique de l’ac­ti­vi­té d’ex­trac­tion de l’ar­gile du XIVe siècle jusque dans les an­nées 1920, même si ces traces sont au­jourd’hui à peine per­cep­tibles. Il fait le lien avec l’ac­ti­vi­té de po­te­rie mise en va­leur par le Mu­sée ré­gio­nal de la po­te­rie de Ger, dans la Manche.

Des té­moi­gnages

William Arial, char­gé de mis­sion au Conser­va­toire d’es­pace na­tu­rels Basse-Nor­man­die, a ef­fec­tué un im­por­tant tra­vail de re­cherches sur ce su­jet. Il a re­trou­vé de nom­breux té­moi­gnages qui font état de cette ex­ploi­ta­tion de l’ar­gile. « A La Haute-Cha­pelle, il y a beau­coup de terre à pot dans les vil­lages du Fresne, de Lau­nay, de la Pi­cau­dière et de la Bou­de­rie. Cette terre est sur le fief de la Gou­lande. C’est en voi­ture de­puis le com­men­ce­ment de mars jus­qu’à la Tous­saint plus de cent sommes par jour, qu’on conduit aux po­te­ries de Ju­vi­gny-sous-An­daine, Saint-Gilles des-Ma­rais, SaintMars-d’Egrenne et de Ger, qui est une paroisse du dio­cèse d’Avranches. On vend cette terre 4 ou 5 sols la somme. Les fosses d’où on la tire sont pro­fondes… » (Dic­tion­naire du Maine, 1895).

Le­royer de la Tour­ne­rie écrit en 1806 dans son His­toire de Dom­front : « Il y a dans la paroisse de La Haute-Cha­pelle un can­ton qui four­nit une terre glaise, avec la­quelle on com­pose la pâte propre à faire des pots et des bou­teilles dans les ma­nu­fac­tures de Ju­vi­gny, La Cha­pelle-Moche, Saint-Mars-d’Egrenne et Ger ».

Se­lon les notes ma­nus­crites de M. Hu­vé, ins­ti­tu­teur du dé­but du XXe siècle ré­si­dant à La Hau­teC­ha­pelle, « des mottes d’à peu près 20 à 25 kg étaient dé­cou­pées dans la masse d’ar­gile par des bê­cheurs à l’aide d’une sorte de grande houe à lame tran­chante. Chaque ou­vrier avait près de lui un seau d’eau dans le­quel il trem­pait fré­quem­ment son ou­til ».

De l’ar­gile pour les po­tiers de Ger

L’ar­gile était donc ex­traite à Lau­nay puis trans­por­tée à dos de che­val jus­qu’à Ger où elle était tra­vaillée puis cuite. L’ac­ti­vi­té de po­tier a connu son apo­gée au cours du XVIIIe siècle. A par­tir de cette date, le nombre d’ate­liers po­tiers ne cesse de di­mi­nuer. Les der­niers ferment en 1927, à cause es­sen­tiel­le­ment du manque d’ou­vriers, de la concur­rence et des frais de trans­port et de ma­tières pre­mières.

Des tré­sors na­tu­rels

Faute de dé­bou­chés, les fosses d’ar­gile ne sont plus ex­ploi­tées au même mo­ment et ont été pro­gres­si­ve­ment dé­lais­sées. Ces mares po­tières, ap­pe­lées lo­ca­le­ment « fosses à pots » hé­bergent au­jourd’hui de pré­cieux tré­sors na­tu­rels.

La di­ver­si­té des formes, des pro­fon­deurs et des tailles de ces mares est pro­pice au dé­ve­lop­pe­ment d’une bio­di­ver­si­té im­por­tante. Sous la sur­face de l’eau, une foule in­soup­çon­née d’es­pèces aquatiques trouve ici un mi­lieu de vie adé­quat.

Un par­cours pé­da­go­gique au­tour des mares po­tières du Lau­nay a été créé par le Conser­va­toire d’es­paces na­tu­rels de Basse-Nor­man­die.

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