Égypte

Le Quotidien du Tourisme - - La Une -

In­tro­duc­tion au rythme du pays et à sa réa­li­té, le Nil est le meilleur moyen pour dé­cou­vrir aussi les splen­deurs pharaoniques.

L’Egypte reste pour les Fran­çais le pays des Pha­raons. On ne s’éton­ne­ra donc pas de voir (en­fin) une re­prise des croi­sières sur le Nil chez plu­sieurs tour-opé­ra­teurs. À bord d’em­bar­ca­tions confor­tables à la dé­co­ra­tion plus ou moins char­gée de marbres et de ver­rières fleu­ries, le fleuve n’est pas qu’un moyen de dé­pla­ce­ment pratique pour se rendre dans les dif­fé­rents sites et temples an­tiques. C’est aussi une in­tro­duc­tion au rythme du pays et à sa réa­li­té, de­puis les va­can­ciers pas­sa­gers jus­qu’aux vil­la­geois et mar­chands be­so­gneux. & Texte et pho­tos My­riam Aber­gel

Q ui n’a ja­mais rê­vé d’al­ler en Egypte ? Per­sonne, sem­blet- il. Ci­ter sim­ple­ment le nom de ce pays comme des­ti­na­tion de voyage pro­voque de jo­lies ré­ac­tions. Un sou­rire qui s’élar­git chez ce­lui-ci, des yeux qui s’agran­dissent chez ce­lui-là ou un re­gard qui brille chez cet autre… se­lon que la per­sonne à qui l’on s’adresse s’y est dé­jà ren­due ou pas. Le ra­vis­se­ment est tou­te­fois le même. S’y ajou­te­ra une ex­pres­sion d’en­vie ou de nos­tal­gie mais tou­jours de désir. Tous évo­que­ront le Nil et les temples. Car l’Egypte reste pour les Fran­çais – on le sait, on le dit, on le ré­pète, et c’est in­con­tour­nable – le pays des Pha­raons. Les Egyp­tiens connaissent d’ailleurs l’at­ta­che­ment des Fran­çais à leur an­tique pas­sé. Les noms de Cham­pol­lion et de Ma­riette lors­qu’ils sont énon­cés par un guide ré­sonnent ici comme ceux d’illustres an­cêtres com­muns. On com­prend bien la tris­tesse et la dé­cep­tion de nous y voir beau­coup moins nom­breux qu’avant les « évé­ne­ments », comme les Egyp­tiens fran­co­phones ap­pellent les ma­ni­fes­ta­tions qui ont abou­ti à la chute d’Hos­ni Moubarak en 2011. De­puis, les tou­ristes an­glais, es­pa­gnols, ja­po­nais, al­le­mands ont en­ta­mé le re­tour en Hau­teE­gypte et dans la val­lée du Nil. Les Fran­çais, eux, sont plus fri­leux. Alors qu’ils étaient près de 600 000 – un re­cord !– à vi­si­ter le pays en 2010, les voya­geurs fran­çais ont été à peine 70 000 à par­tir en Egypte en 2016, et no­tam­ment dans une ou deux sta­tions bal­néaires sur la mer Rouge.

Un ima­gi­naire re­nou­ve­lé

Ils res­tent néan­moins mar­qués par les noms de Louxor, Kar­nak, Abou Sim­bel… Des lieux à la fois mys­té­rieux, fas­ci­nants et char­gés d’un ima­gi­naire mil­lé­naire. Des sites où ré­gu­liè­re­ment les fouilles ar­chéo­lo­giques re­nou­vellent par leurs trou­vailles l’in­té­rêt pour cette ci­vi­li­sa­tion. Le re­ten­tis­se­ment mé­dia­tique au­tour de la dé­cou­verte d’une tombe ou d’une mo­mie agit d’ailleurs comme au­tant de cam­pagnes de communication en France et à l’in­ter­na­tio­nal. Com­bien de des­ti­na­tions peu­ven­telles se tar­guer d’avoir une telle puis­sance évo­ca­trice ? Très peu. Aux sites cultu­rels s’ajoute en Egypte un autre at­trait, un élé­ment phy­sique qui contri­bue à vé­hi­cu­ler cet ima­gi­naire, le Nil. Comment, ins­tal­lé sur le pont de l’un de ces ba­teaux, ne

pas s’iden­ti­fier à ceux qui l’ont des­cen­du ou re­mon­té de­puis des siècles ? Comment lors d’une tra­ver­sée entre As­souan et Louxor ne pas ad­mi­rer les pay­sages chan­geants et se lais­ser sur­prendre? D’une rive à l’autre, l’oeil est cap­té par les cou­leurs et la ma­tière. Ici une succession de champs de cannes à sucre verts et luxu­riants, là une longue motte d’un beurre mi­né­ral jaune do­ré et sec. Ici des mai­sons grises ali­gnées et in­ache­vées qui dé­voilent des murs aux teintes vives, là des pay­sans avec leurs ânes ou leurs che­vaux qui paissent qua­si­ment au pied d’une mos­quée sem­blant en­va­hie par la na­ture alen­tour. Ac­cou­dés au bas­tin­gage, alors que le na­vire glisse len­te­ment sur l’eau, les pas­sa­gers goûtent à cette forme de voyage in­tem­po­relle et pri­vi­lé­giée.

Des hommes et des dieux

Le pas­sage de l’écluse à Es­na im­pres­sionne. La taille des pièces de mé­tal, les bruits mé­ca­niques ra­mènent le voya­geur à une époque contem­po­raine. Sur ce bel ou­vrage d’art re­ten­tissent aussi les ap­pels des jeunes mar­chands qui l’ar­pentent. Ten­tant de cap­ter l’at­ten­tion des pas­sa­gers, ils lancent d’un tir as­su­ré des ga­la­beyas (djel­la­bas) et ser­viettes de bain à plu­sieurs mètres de haut sur le pont en an­non­çant « un eu­ro, deux euros, cinq euros » . Des prix tel­le­ment bas et une adresse qui ne peuvent qu’émou­voir. Car le pays est d’une pau­vre­té que n’au­raient pas à en­vier Inde ou Ma­roc. Ici aussi, des enfants men­dient au­près des tou­ristes en ré­cla­mant de quoi pou­voir man­ger, avec un geste de la main vers la bouche qui ne né­ces­site au­cune tra­duc­tion, comme ces ga­mins maigres croi­sés à Ed­fou de­vant l’em­bar­ca­dère.

Une ville éton­nante qu’Ed­fou qui abrite tel un joyau dans sa gangue un temple su­blime à dé­cou­vrir au pe­tit ma­tin. À condi­tion, ap­pa­rem­ment sine qua non pour les voya­geurs, d’em­prun­ter une ca­lèche en sor­tant du ba­teau. Mais après tout, pour­quoi pas ? L’éco­no­mie de la ville – d’ap­pa­rence ul­tra­mo­deste, à l’ha­bi­tat po­pu­laire fait de petits im­meubles ternes et rec­tan­gu­laires avec linge aux fe­nêtres et pe­tites bou­tiques sombres – semble re­po­ser sur ces ca­lèches. Les co­chers en te­nue tra­di­tion­nelle lo­cale beige ou grise, le fou­lard en­rou­lé au­tour de la tête, ri­va­lisent par­fois pour at­teindre le temple les pre­miers. Ils at­ten­dront la fin de la vi­site pour ra­me­ner les clients jus­qu’à leur ba­teau en ré­cla­mant un bak­chich d’un ou deux euros. Presque rien pour nous, beau­coup pour eux et leurs fa­milles. Entre-temps les voya­geurs se se­ront pro­me­nés dans le temple dé­dié à Ho­rus, au­ront ad­mi­ré les fresques en­core peintes de rouge, de jaune, de vert, de bleu et se se­ront ex­ta­siés de­vant la barque du pas­sage vers l’au­de­là ou pris en sel­fie de­vant la sta­tue du dieu fau­con. En sor­tant, le so­leil ar­ri­vé plus haut dans le ciel ba­laie de do­ré la haute fa­çade gra­vée. Ma­gique ! Pour peu qu’on ait bien cal­cu­lé son ho­raire en ar­ri­vant très tôt, on sor­ti­ra alors que les autres s’en­foncent vers l’obs­cu­ri­té de la salle hy­po­style et de la pièce aux re­cettes mé­di­ci­nales d’Im­ho­tep. On au­ra peut-être alors la chance d’être seul face à la beau­té an­tique. De quoi res­ter ébloui avant d’af­fron­ter l’al­lée des mar­chands qui, eux aussi, es­pèrent ré­col­ter quelques euros en échange de leurs ar­ticles en co­ton, pa­py­rus, pierre… Des pro­duits que le voya­geur trou­ve­ra de jour comme de nuit à proxi­mi­té de chaque temple. Sur la pla­cette et le pon­ton pour al­ler à Phi­laé, le long du quai à Kom Om­bo ou en­core dans le souk tou­ris­tique de la mo­derne Louxor, le voya­geur contri­bue ici aussi à l’éco­no­mie du pays. ■

On ai­me­rait pou­voir dé­cryp­ter les hié­ro­glyphes pour lire les his­toires et les hé­ros qu’ils ra­content. Gar­dien dé­am­bu­lant dans le pé­ri­style du temple de Phi­laé. Sur le quai vers Phi­laé, ces deux mar­chands ajoutent leur ta­lent mu­si­cal pour at­ti­rer le...

La fer­ti­li­té des berges du Nil. Pour al­ler jus­qu’au temple d’Ed­fou, les tou­ristes partent du ba­teau en ca­lèche.

En fe­louque sur le Nil, on croise des gar­çon­nets sur une planche de surf. Ils viennent pous­ser la chan­son­nette dans la langue des voya­geurs pour ré­col­ter quelques pièces

en L’élé­gant mau­so­lée l’Aga Khan. gra­nit rose de

Les pay­sages offrent des cou­leurs ex­tra­or­di­naires lors­qu’on na­vigue sur le Nil.

Les tou­ristes ne sont pas en­core tous de re­tour en Egypte, comme en té­moignent ces ba­teaux vides qui font ha­bi­tuel­le­ment la na­vette entre As­souan et Phi­laé.

Dans le souk tou­ris­tique de Louxor, on peut ache­ter toutes sortes de sou­ve­nirs, de jour comme de nuit.

Les im­pres­sion­nantes sta­tues de Ram­sès II à l’en­trée du temple d’Amon à Louxor.

7 heures du ma­tin dans la po­pu­leuse Ed­fou. Quelques com­merces ont dé­jà ou­vert…

Scène de vie au bord du fleuve

Le ma­tin tôt, on peut pro­fi­ter des sites en toute tran­quilli­té.

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