«Un BTS Tou­risme glo­ba­le­ment in­adap­té »

Le sec­teur des agences de voyages peine à re­cru­ter. Le nombre d’agents de voyages semble ré­duire ou du moins le mé­tier at­tire moins. Nous avons de­man­dé à deux spé­cia­listes de la for­ma­tion tou­risme leur éclai­rage sur les fi­lières et les rai­sons d’une telle

Le Quotidien du Tourisme - - Actualité Entretien Avec… -

À quoi sert le BTS tou­risme ?

Il faut d’abord dire que c’est une chance pour notre sec­teur d’avoir une for­ma­tion dé­diée prin­ci­pa­le­ment à un mé­tier, ce­lui d’agent de voyages. Dès le post-bac, nous avons dans la fi­lière ce di­plôme qui ré­pond à un be­soin en termes de ni­veaux de re­cru­te­ment. Le pro­blème, c’est le conte­nu ! Il est glo­ba­le­ment in­adap­té au mé­tier d’agent de voyages et aux autres mé­tiers.

Pour­quoi cette si­tua­tion ?

Ini­tia­tive pas in­in­té­res­sante, l’idée de la der­nière ver­sion du ré­fé­ren­tiel du BTS Tou­risme en 2012 était de ne pas for­mer seule­ment des agents de voyages. D’où les deux en­sei­gne­ments op­tion­nels et uni­que­ment en deuxième an­née : tou­ris­ma­tique (GDS) et nu­mé­rique (créa­tion de site Web). Or l’un comme l’autre ne peuvent pas être une op­tion ! Pour les GDS, par exemple, il faut en­core bien connaître les bases afin de les uti­li­ser. Le pré­cé­dent BTS ne cor­res­pon­dait plus à l’évo­lu­tion du mé­tier, car pas as­sez axé sur la vente. Au­jourd’hui, tout le monde cherche des ven­deurs mais le BTS Tou­risme ne forme pas à la vente !

Quelles for­ma­tions vont alors être pri­vi­lé­giées ?

Les re­cru­teurs vont se tour­ner vers des pro­fils BTS MUC (ma­na­ge­ment des uni­tés com­mer­ciales), BTS NRC (né­go­cia­tion et re­la­tion client) ou des DUT Tech­nique de Com­mer­cia­li­sa­tion. Il existe aussi les for­ma­tions avec titre de « conseiller voyage » dis­pen­sées par l’In­fa, par exemple, qui sont très ap­pli­quées donc bien adap­tées au mé­tier d’agent de voyages.

Entre af­faires et loi­sirs, qu’est-ce qui fait choi­sir les agents de voyages ?

Le poste de billet­tiste est plus tech­nique mais ça peut être sur­tout une ques­tion de tem­pé­ra­ment. En outre, les pla­teaux ont sou­vent une stra­té­gie de for­ma­tion in­terne. Da­van­tage que les agences loi­sirs où il est peut-être plus dif­fi­cile d’ap­prendre sur le tas. En loi­sirs, il faut pou­voir vendre le monde en­tier et dans dif­fé­rentes for­mules : pa­ckage, cir­cuit… et à la carte. Les agents de voyages sont de plus en plus pro­duc­teurs.

À l’Es­caet, vous pro­po­sez un Ba­che­lor spé­cia­li­sé Tra­vel…

Ef­fec­ti­ve­ment, en for­ma­tion ini­tiale nous for­mons à par­tir de Bac + 3. Nos élèves sont is­sus à 50 % d’un BTS tou­risme. Ils ont dé­ci­dé de conti­nuer pour se for­mer et pour… fuir les agences de voyages. Nous ré­cu­pé­rons beau­coup d’étu­diants ayant vé­cu une ex­pé­rience qui les a dis­sua­dés. La jeune gé­né­ra­tion est sen­sible. En Ba­che­lor, ils vont ac­qué­rir des com­pé­tences en vente, des tech­niques avec des ou­tils com­plé­men­taires et du di­gi­tal qui per­mettent de mieux ré­pondre aux be­soins des agences. Mais beau­coup ne veulent pas y al­ler : ils ont été dé­çus lors du stage qu’ils ont ef­fec­tué pen­dant leur BTS ou y ont re­çu le con­seil de choi­sir un autre mé­tier. Une pe­tite pro­por­tion – en­vi­ron 5 % – va néan­moins re­tour­ner en agences forte de ce nou­veau socle pour vendre du voyage. Nos autres étu­diants viennent at­ti­rés par le tou­risme après une fi­lière gé­né­ra­liste de vente ou une pré­pa ou la fac.

Où font-ils leurs stages ?

Pour le Ba­che­lor, ce sont des stages de 4 mois, ou de 6 mois pour ceux qui en­vi­sagent une in­ser­tion pro­fes­sion­nelle. Ils vont choi­sir des fonc­tions de ma­na­ge­ment, les achats, la vente… Ceux qui pour­suivent jus­qu’à Bac +5 vont se di­ri­ger vers des mé­tiers ana­ly­tiques comme le yield. Les stages se font ra­re­ment en agences, par­fois dans les sièges des ré­seaux.

Comment ex­pli­quer la pé­nu­rie de pro­fils sur le mar­ché ?

Il faut tra­vailler plus en pro­fon­deur sur l’image de l’agent de voyages pour at­ti­rer d’autres pro­fils y com­pris ve­nant d’autres par­cours. On pour­rait dé­ve­lop­per des pas­se­relles, et on doit va­lo­ri­ser l’image du mé­tier qui est dé­gra­dée aussi bien en loi­sirs qu’en pla­teaux d’af­faires. Ce tra­vail de re­va­lo­ri­sa­tion est énorme en termes d’image comme de sa­laire. Il existe d’autres mé­tiers où le sa­laire n’est pas mi­ro­bo­lant qui at­tirent. [Sur la re­va­lo­ri­sa­tion sa­la­riale, des né­go­cia­tions sont en cours entre les En­tre­prises du Voyage et les syn­di­cats, NDLR] Une ini­tia­tive comme la Tra­vel Agents’ Cup est in­té­res­sante car c’est la re­con­nais­sance d’un sa­voir-faire par ses pairs, mais il manque la re­con­nais­sance du grand pu­blic. Il fau­drait que tous les ac­teurs s’y mettent en­semble pour faire de la communication. ■ *Ecole su­pé­rieure de com­merce en ma­na­ge­ment du tou­risme.

Tra­vailler l’image du mé­tier pour at­ti­rer des pro­fils is­sus d’autres par­cours.

Ma­rie Al­lan­taz, di­rec­trice gé­né­rale de l’Es­caet* et Lau­rie Lar­chez, di­rec­trice par­te­na­riats & dé­ve­lop­pe­ments

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.