As­sises du tran­sport aé­rien : la mon­tagne va-elle ac­cou­cher d’une sou­ris ?

Le Quotidien du Tourisme - - La Une -

Les pistes que les com­pa­gnies aé­riennes fran­çaises vou­draient voir mises en oeuvre pour res­tau­rer la com­pé­ti­ti­vi­té du pa­villon na­tio­nal sont connues. Les rap­ports par­le­men­taires sur le su­jet se suc­cèdent de­puis des an­nées, la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale de l’avia­tion mar­chande (Fnam) pro­fite de chaque élec­tion pré­si­den­tielle pour les mettre en avant, au moins de­puis l’an­née 2012, tout comme le Sca­ra (Syn­di­cat des com­pa­gnies aé­riennes au­to­nomes), qui re­vient lui aus­si ré­gu­liè­re­ment à la charge.

Ma­thieu Gar­cia

La si­tua­tion est- elle sur le point de chan­ger ? Le moins que l’on puisse dire sur la com­pé­ti­ti­vi­té du pa­villon na­tio­nal, c’est que jus­qu’ici ni la Fnam ni le Sca­ra n’ont vrai­ment été en­ten­dus par la sphère po­li­tique. Avec les As­sises du tran­sport aé­rien fran­çais lan­cées par Eli­sa­beth Borne, mi­nistre des Trans­ports de­puis l’élec­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron, d’au­cuns se de­mandent si la mon­tagne ne va pas ac­cou­cher d’une sou­ris. Le ca­len­drier de cet évé­ne­ment ayant pris un peu de re­tard à cause des dif­fé­rents mou­ve­ments so­ciaux, la Fnam en a pro­fi­té pour rap­pe­ler ses po­si­tions au cours d’un point « à mi-par­cours », au­quel ont par­ti­ci­pé son pré­sident, Alain Bat­tis­ti, mais éga­le­ment le DG d’Air France, Franck Ter­ner, et le PDG de Cor­sair, Pas­cal de Iza­guirre. De son cô­té, le Sca­ra a éga­le­ment ti­ré la son­nette d’alarme. Pour la énième fois. Et ce qui en res­sort ne re­lève pas d’un op­ti­misme dé­bor­dant.

Un mo­ment his­to­rique long­temps at­ten­du. .

la taxe de l’Avia­tion ci­vile dite TAC. « Nous fai­sons sup­por­ter au pas­sa­ger le fi­nan­ce­ment de l’Avia­tion ci­vile et c’est sans doute le seul exemple où l’État ne fi­nance pas une de ses ad­mi­nis­tra­tions au­tre­ment que par une taxe pré­le­vée sur les pas­sa­gers» ex­plique Franck Ter­ner. La Fnam de­mande que la TAC soit dés­in­dexée de l’in­fla­tion. Le DG d’Air France s’in­ter­roge éga­le­ment sur la taxe de so­li­da­ri­té, dont il ne ré­clame pas la sup­pres­sion mais l’élar­gis­se­ment de l’as­siette. Plus glo­ba­le­ment, Franck Ter­ner ré­sume la si­tua­tion par deux images as­sez par­lantes : sur un al­ler simple entre Pa­ris et Nice coû­tant 90 eu­ros, 55% du ta­rif sont des taxes et re­de­vances. Mais si Air France évo­luait dans l’en­vi­ron­ne­ment hol­lan­dais de sa consoeur KLM, le mon­tant des taxes et re­de­vances qu’elle sup­porte pas­se­rait de 902 mil­lions à 522 mil­lions d’eu­ros. Bien sûr, le ni­veau des re­de­vances aé­ro­por­tuaires n’échappe pas à la cri­tique

des com­pa­gnies, d’au­tant que l’an­nonce de la pri­va­ti­sa­tion d’ADP dans le cadre de la fu­ture loi PACTE, an­non­cée en pleines As­sises fait pour le moins ja­ser (lire ci-des­sus). Autre grand dos­sier abor­dé, la concur­rence dé­loyale que su­bi­raient les com­pa­gnies fran­çaises de la part des trans­por­teurs du Golfe « sub­ven­tion­nés à hau­teur de 50 mil­liards de dol­lars sur 10 ans » et aux­quels « il faut im­po­ser un cadre ré­gle­men­taire ho­mo­gène avec ce­lui dans le­quel les com­pa­gnies fran­çaises évo­luent » , ou de com­pa­gnies eu­ro­péennes « qui pro­fitent d’in­ter­stices ré­gle­men­taires ». En­fin, la sû­re­té aé­ro­por­tuaire –dos­sier par­ti­cu­liè­re­ment cher à Pas­cal de Iza­guirre– reste, bien en­ten­du, au coeur des pré­oc­cu­pa­tions. Pour l’as­pect chif­fré, le PDG de Cor­sair a rap­pe­lé que les coûts de sû­re­té avaient aug­men­té « de 500% de­puis 2001 » et que la France était « le seul pays à fi­nan­cer via la taxe d’aé­ro­port ce qui pour­tant re­lève du ré­ga­lien ». Le tout pour en­vi­ron un mil­liard d’eu­ros par an. Et ce n’est pas près de s’ar­rê­ter, avec no­tam­ment l’obli­ga­tion pour les aé­ro­ports fran­çais de s’équi­per de nou­veaux ap­pa­reils de dé­tec­tion d’ex­plo­sifs d’ici à 2022. Là en­core, le coût est es­ti­mé à un mil­liard d’eu­ros sur 5 ans. La Fnam tout comme le Sca­ra sou­haitent qu’une struc­ture opé­ra­tion­nelle en charge du fi­nan­ce­ment soit

mise en place. Si les com­pa­gnies fran­çaises pro­fitent donc des As­sises pour se faire en­tendre, elles ne se font pas pour au­tant trop d’illu­sions : « Nous ne nous at­ten­dons pas à voir ar­ri­ver le ‘grand soir’ des taxes et re­de­vances cet été » plai­sante à moi­tié le pré­sident de la Fnam, Alain Bat­tis­ti. Pour JeanF­ran­çois Do­mi­niak, pré­sident du Sca­ra, ces As­sises du tran­sport aé­rien sont « un mo­ment his­to­rique que nous avons at­ten­du long­temps, nous y sommes et nous avons l’im­pres­sion que nous al­lons pas­ser à cô­té ». Pour au­tant, la te­nue d’as­sises étant en soi un geste po­li­tique, les trans­por­teurs fran­çais es­pèrent que l’État au­ra de la suite dans les idées et fe­ra des gestes qui s’ins­cri­ront con­crè­te­ment dans le pro­chain pro­jet de loi de fi­nances et qui se tra­dui­ront par des… al­lé­ge­ments. D’ici là, la Fnam semble avoir quelques as­su­rances, en par­ti­cu­lier sur les lignes d’amé­na­ge­ment du ter­ri­toire ou en­core concer­nant ce mal bien fran­çais qu’est la sur­in­ter­pré­ta­tion des rè­gle­ments eu­ro­péens. Le Sca­ra es­père de son cô­té que les com­pa­gnies se­ront à l’ave­nir plus étroi­te­ment as­so­ciées aux éla­bo­ra­tions des fu­turs contrats de régulation éco­no­mique qui lient l’État et les aé­ro­ports et que les pou­voirs de l’Au­to­ri­té de su­per­vi­sion in­dé­pen­dante des re­de­vances aé­ro­por­tuaires (ASI) se­ront ren­for­cés. ■

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