Air France : stop ou en­core ?

Le Quotidien du Tourisme - - La Une -

C’est le feuilleton de l’été. Et qua­si­ment même ce­lui de l’an­née. De­puis de longs mois main­te­nant, la di­rec­tion d’Air France, celle d’Air France KLM et les syn­di­cats –réunis en in­ter­syn­di­cale– n’ar­rivent pas à se mettre d’ac­cord sur l’épi­neuse ques­tion des sa­laires. Un affrontement qui s’est tra­duit par des grèves à ré­pé­ti­tion tout au long du pre­mier se­mestre. & Ma­thieu Gar­cia D epuis le dé­but de l’an­née 2018, l’in­ter­syn­di­cale (SNPNC, FO, CGT, UNSA, CFTC, SNPL, Al­ter, Sud, SNGAF) Air France ré­clame un rat­tra­page des sa­laires blo­qués entre 2012 et 2017, dans une sorte de lo­gique de « rem­bour­se­ment » des ef­forts ac­com­plis pour re­mettre la com­pa­gnie sur de bons rails. Il est vrai qu’ai­dé par une conjonc­ture éco­no­mique par­ti­cu­liè­re­ment dy­na­mique et un en­vi­ron­ne­ment des plus por­teurs (prix du pé­trole bas), AF a réa­li­sé d’ex­cel­lents ré­sul­tats en 2017. Mais pour la di­rec­tion, ce n’est pas une rai­son suf­fi­sante pour ac­cé­der à des de­mandes qui rui­ne­raient les ef­forts réa­li­sés par la com­pa­gnie et ses sa­la­riés pour de­ve­nir plus com­pé­ti­tifs. Dont acte. Donc grèves. Le 16 avril 2018, la di­rec­tion d’Air France pro­pose aux or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales l’ou- ver­ture d’une né­go­cia­tion plu­ri­an­nuelle sur les sa­laires (2019-2021) afin de trou­ver une is­sue au conflit. Ce pro­jet in­tègre pour 2018 une aug­men­ta­tion sup­plé­men­taire des sa­laires de 1 %, qui porte ain­si l’aug­men­ta­tion gé­né­rale à 2 % au 1er avril 2018 et pour 2019, 2020 et 2021, une aug­men­ta­tion gé­né­rale des sa­laires de 5 % sur la pé­riode (1,65 % par an), ga­ran­tie dans le cadre du pacte de crois­sance. Avec cet ac­cord, la di­rec­tion ex­plique que les sa­laires se­raient aug­men­tés, en moyenne sur la pé­riode, de 12,5 % ( com­pre­nant une aug­men­ta­tion gé­né­rale de 7 % pour toutes les ca­té­go­ries de per­son­nel et les aug­men­ta­tions in­di­vi­duelles/GVT). Re­fus. Deux jours de grève sup­plé­men­taire sont an­non­cés.

Le pa­ri ris­qué de Ja­naillac

Le 24 avril, de­vant une si­tua­tion tou­jours blo­quée et 11 jour­nées de grève de­puis fin

À ce stade-là, les syn­di­cats d’AF n’ont plus d’in­ter­lo­cu­teur.

fé­vrier, Jean-Marc Ja­naillac, pré­sident du groupe Air France KLM, dé­cide à la sur­prise gé­né­rale de jouer son va-tout. Il lance une consul­ta­tion gé­né­rale en met­tant sa dé­mis­sion dans la ba­lance. Les em­ployés d’Air France ont jus­qu’au 4 mai pour ré­pondre à la ques­tion sui­vante : « Pour per­mettre une is­sue po­si­tive au conflit en cours, êtes-vous fa­vo­rable à l’ac­cord sa­la­rial pro­po­sé le 16 avril 2018 ? ». Un pa­ri ris­qué. Le 4 mai la ré­ponse tombe. C’est non ! En tout 46 771 sa­la­riés d’Air France ont pu faire en­tendre leur voix. Avec une par­ti­ci­pa­tion de 80,33 %, le ré­sul­tat du vote est « non » à 55,44 %. Le pro­jet d’ac­cord sa­la­rial du 16 avril est re­ti­ré, Jean-Marc Ja­naillac, qui ac­cepte d’as­su­rer les af­faires cou­rantes jus­qu’au 15, pré­pare ses va­lises. Dans la fou­lée, l’in­ter­syn­di­cale an­nule le pré­avis de grève por­tant sur les dé­brayages pré­vus en juin. Le 15 mai, le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’Air France KLM ar­rête une gou­ver­nance de tran­si­tion : Anne-Ma­rie Cou­derc as­su­re­ra les fonc­tions de pré­si­dente non-exé­cu­tive du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion. Un co­mi­té de di­rec­tion col­lé­giale est consti­tué avec Fré­dé­ric Ga­gey,

di­rec­teur gé­né­ral ad­joint en charge des fi­nances d’Air France- KLM ; Franck Ter­ner, di­rec­teur gé­né­ral d’Air France et Pie­ter El­bers, pré­sident du di­rec­toire de KLM. Anne-Ma­rie Cou­derc est éga­le­ment nom­mée pré­si­dente non-exé­cu­tive du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’Air France et Franck Ter­ner main­te­nu dans ses fonc­tions de di­rec­teur gé­né­ral de la com­pa­gnie.

Rat­tra­page et aug­men­ta­tion de sa­laires

Point re­mar­quable, le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’Air France KLM confirme que « le di­rec­teur gé­né­ral d’AF n’a pas de nou­veau man­dat pour prendre des dé­ci­sions qui re­met­traient en cause la stra­té­gie de crois­sance ap­prou­vée par le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’Air France

KLM » . Au­tre­ment dit, à ce stade-là, les syn­di­cats d’Air France n’ont plus d’in­ter­lo­cu­teur. Dif­fi­cile dans ce cas d’ap­pe­ler à la grève. D’ailleurs, les jours qui suivent s’écoulent sans le moindre mou­ve­ment so­cial. Mais pas sans ré­ac­tion. Si l’on ap­prend le 1er août, à l’oc­ca­sion de la pu­bli­ca­tion des ré­sul­tats se­mes­triels du groupe que les 15 jours de grève au­ront coû­té 335 mil­lions d’eu­ros, c’est bien le 16 août, avec l’an­nonce de la no­mi­na­tion de Ben­ja­min Smith, nu­mé­ro deux d’Air Ca­na­da (voir en­ca­dré « bio­gra­phie » ci-des­sus) au poste de di­rec­teur gé­né­ral d’Air France qu’a lieu la pre­mière pous­sée de fièvre syn­di­cale de l’été. Dans un

com­mu­ni­qué, l’in­ter­syn­di­cale ex­plique qu’ « il est in­con­ce­vable que la com­pa­gnie Air France, fran­çaise de­puis 1933, tombe dans les mains d’un di­ri­geant étran­ger dont la can­di­da­ture se­rait pous­sée par un groupe in­dus­triel concur­rent (Del­ta Air­lines pour ne pas le ci­ter) » . Am­biance. Le 30 août, nou­veau com­mu­ni­qué, avec cette fois, et il fal­lait s’y at­tendre, un fo­cus sur le sa­laire du fu­tur pa­tron. Les syn­di­cats, qui ré­clament de­puis 9 mois main­te­nant un rat­tra­page sur les sa­laires, ne di­gèrent pas le fait que le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’Air France KLM ait ac­té « l’aug­men­ta­tion de 354 % de la ré­mu­né­ra­tion, jus­qu’à 4,25 mil­lions d’eu­ros par an [en te­nant compte de la part va­riable condi­tion­née

à l’at­teinte des ob­jec­tifs, NDLR] » du fu­tur di­rec­teur gé­né­ral d’Air France KLM. Et d’ajou­ter que « les sa­la­riés sont les seuls à qui l’on op­pose l’ab­sence du DG de la hol­ding AF-KLM (alors qu’il est dé­jà nom­mé) comme ex­cuse hy­po­crite à l’im­mo­bi­lisme sa­la­rial ». Bref, le ton monte : «L’at­ti­tude to­ta­le­ment ir­res­pon­sable des di­ri­geants d’Air France amène les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales à conclure que seul un fort dur­cis­se­ment du conflit qui a dé­bu­té il y a 9 mois main­te­nant est sus­cep­tible de for­cer ces di­ri­geants à y mettre dé­fi­ni­ti­ve­ment un terme ». Alors, coup de pres­sion ou vo­lon­té réelle et par­ta­gée de faire re­dé­mar­rer la grève ? Ben­ja­min Smith, qui doit en­trer en fonc­tion d’ici à la fin du mois de sep­tembre le sau­ra bien­tôt. ■

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