“Sep­tembre va bien­tôt éga­ler juillet en nombre de dé­parts”

Jean-Pierre Mas, pré­sident des En­tre­prises du Voyage

Le Quotidien du Tourisme - - La Une - Pro­pos re­cueillis par Da­vid Sa­va­ry et Ni­co­las Barbéry

Les ré­sas pour l’hi­ver af­fichent une crois­sance de l’ordre de 5 %.

At­trac­ti­vi­té du sec­teur, concen­tra­tion dans la dis­tri­bu­tion, thème de la pro­chaine conven­tion à Ma­dère…, Jean-Pierre Mas, le pré­sident des En­tre­prises (Edv) du Voyage de­puis 4 ans, dresse un bi­lan de la sai­son écou­lée, aborde les chan­tiers en cours, et s’ex­prime non sans hu­mour sur les pro­chains dé­fis qui at­tendent la pro­fes­sion.

Com­ment s’est pas­sé l’été 2018 dans les agences ? Pou­vez-vous dé­jà nous dres­ser un bi­lan ?

Les dé­parts de juillet ont été en re­trait, en nombre de dos­siers, par rap­port à juillet 2017 : –5% pour la France et – 1% pour l’étran­ger. C’est pro­ba­ble­ment la double consé­quence du cli­mat so­cial du prin­temps et de la Coupe du monde de foot­ball. Août est meilleur.

Quelles sont les des­ti­na­tions qui ont bien mar­ché ? La Tu­ni­sie semble à nou­veau oc­cu­per le de­vant de la scène…

La Tu­ni­sie a re­pris une qua­trième place der­rière l’Es­pagne, la Grèce et l’Ita­lie. La Tur­quie a éga­le­ment rat­tra­pé une par­tie de son re­tard. En long-cour­rier, l’Asie et l’océan In­dien ont le vent en poupe : la Chine, le Viet­nam, l’Inde, l’île Maurice et la Réunion ont des crois­sances à deux chiffres.

Vous-même, où avez-vous pas­sé vos va­cances cet été ?

Très sim­ple­ment, à Ara­gnouet dans les Py­ré­nées : 1 200 mètres d’al­ti­tude, aux li­sières du parc na­tu­rel du Néou­vielle. C’est beau l’été et ma­gique l’hi­ver avec, à deux pas, la sta­tion de Piau-En­ga­ly qui jouit d’un ex­cep­tion­nel en­nei­ge­ment.

Com­ment s’an­noncent le mois de sep­tembre et la sai­son hi­ver. Pou­vez-vous nous in­di­quer quelques ten­dances ?

Les Fran­çais partent de plus en plus en sep­tembre qui va bien­tôt éga­ler juillet en nombre de dé­parts. Sep­tembre 2017 avait été mar­qué par une évo­lu­tion de 8 % des dé­parts, et sep­tembre 2018 est en forte hausse en ma­tière de ré­ser­va­tions. Les ré­ser­va­tions pour l’hi­ver af­fichent une crois­sance de l’ordre de 5 % avec un pa­nier moyen qui progresse de 2 %.

Quels sont les pro­chains grands chan­tiers des En­tre­prises du Voyages ?

Les po­li­tiques consi­dèrent sou­vent le tou­risme avec condes­cen­dance… lors­qu’ils le consi­dèrent. Notre ob­jec­tif est de faire Re­con­naître le sec­teur du tou­risme comme un sec­teur in­dus­triel de pre­mier ordre. C’est pour ce­la que je suis for­te­ment im­pli­qué dans la Con­fé­dé­ra­tion, et que je ren­contre de nom­breux po­li­tiques afin de leur faire com­prendre nos en­jeux. Je sou­haite aug­men­ter la pres­sion. Je veux que les ac­teurs du di­gi­tal se sentent chez eux au sein des EdV qui doit réunir tous les ac­teurs du sec­teur. L’ac­com­pa­gne­ment de nos adhé­rents dans l’adop­tion de la norme NDC se­ra un dos­sier ma­jeur de 2019. Lorsque nous ob­te­nons gain de cause dans un dos­sier, l’en­semble du mar­ché en pro­fite. C’est frus­trant. Je veux que les adhé­rents d’EdV bé­né­fi­cient de vé­ri­tables avan­tages. C’est aus­si dans ce sens que j’en­tends dé­ve­lop­per les ser­vices, l’as­sis­tance et les conseils aux adhé­rents.

Vous sou­hai­tez aug­men­ter le nombre d’adhé­rents. Où en est-on au­jourd’hui ?

L’at­trac­ti­vi­té des En­tre­prises du Voyage s’amé­liore, en sep­tembre 2016 : 1 375 sièges so­ciaux, en sep­tembre 2017 : 1 426 et au­jourd’hui : 1 587, soit une pro­gres­sion de 212 adhé­rents (+ 15 %) en deux ans. Nous re­pré­sen­tons ac­tuel­le­ment plus de 85 % du poids éco­no­mique du sec­teur. Les grandes TMC [Tra­vel Ma­na­ge­ment Com­pa­nies ou agences de voyages d’af­faires, NDLR], l’es­sen­tiel des ré­seaux d’agences de voyages, tous les ac­teurs de la grande dis­tri­bu­tion, les plus grandes OTA [On­line Tra­vel Agen­cies ou agences de voyages en ligne, NDLR], les prin­ci­paux tour-opé­ra­teurs, les grou­pistes, membres du CEAG (Cercle éco­no­mique des agences grou­pistes), de nom­breuses agences ré­cep­tives, les or­ga­ni­sa­teurs de voyages sco­laires et de voyages de jeunes sont membres des En­tre­prises du Voyage.

La trans­po­si­tion de la di­rec­tive eu­ro­péenne sur les voyages à for­fait a-t-elle bien été as­si­mi­lée par les agents de voyages? Éprouvent-ils des dif­fi­cul­tés avec le nou­veau contrat de voyage ?

Le nou­veau Code du Tou­risme im­pose des mo­di­fi­ca­tions de forme et de fond im­por­tantes. Elles ont gé­né­ré du stress chez nos adhé­rents que nous avons ac­com­pa­gnés par des do­cu­ments pé­da­go­giques, des réunions d’in­for­ma­tion en ré­gions, des ate­liers pra­tiques. Nous avons tra­vaillé avec les SS2I [So­cié­té de ser­vices en in­gé­nie­rie in­for­ma­tique, NDLR]. Notre ser­vice ju­ri­dique a ré­pon­du, sur ce su­jet, à près de 600 de­mandes en deux mois. Nous pour­sui­vons cet ac­com­pa­gne­ment. On peut donc dire que les agences dis­posent des ou­tils pour être au ni­veau. C’est un peu plus com­pli­qué pour les tour-opé­ra­teurs qui doivent mo­di­fier leur for­mat de trans­mis­sion au­to­ma­ti­sée des in­for­ma­tions aux dis­tri­bu­teurs, cer­tains ont pris du re­tard.

Qu’en est-il du Rè­gle­ment gé­né­ral sur la pro­tec­tion des don­nées (RGPD) ?

Il faut ac­com­pa­gner les adhé­rents dans un chan­ge­ment de culture. Les en­tre­prises de notre sec­teur sont très concer­nées car elles col­lectent et trans­mettent un grand nombre de don­nées. Nous avons donc sen­si­bi­li­sé et as­sis­té nos membres de fa­çon très pé­da­go­gique et les ai­dons à prio­ri­ser les ac­tions à mettre en place.

Où en est-on de la norme NDC (New Dis­tri­bu­tion Ca­pa­bi­li­ty) mise en place par Iata ?

Il se­rait ju­di­cieux de po­ser la ques­tion à Air France qui a dû se re­mettre d’un ac­cou­che­ment très pré­ma­tu­ré en no­vembre der­nier, et aux GDS pour connaître leur ca­pa­ci­té d’in­té­grer la norme NDC dans de bonnes condi­tions. Per­son­nel­le­ment, je ne vois rien de neuf en 2018.

Suite aux grèves d’Air France, où en est-on du rem­bour­se­ment que vous avez de­man­dé ?

Les frais ré­sul­tant de la grève pour des for­faits in­di­vi­duels ou groupes sont pris en charge par Air France. Nous avons par­tiel­le­ment ob­te­nu gain de cause pour l’in­dem­ni­sa­tion du sur­croît de tra­vail (*). Ce qui n’est pas le cas de la SNCF qui n’a pas ré­pon­du po­si­ti­ve­ment à notre de­mande. Air France va aug­men­ter sa ré­mu­né­ra­tion de 0,3 % en sep­tembre et de 0,1 % en oc­tobre, en in­cluant les ta­rifs groupes et TO dans l’as­siette de cette ré­mu­né­ra­tion.

Que pen­sez-vous de l’ar­ri­vée du ca­na­dien Ben­ja­min Smith à la tête d’Air France KLM ?

Un point né­ga­tif : le pro­ces­sus de sa no­mi­na­tion a mon­tré le poids dé­ci­sif du gou­ver­ne­ment. Ce qui peut lais­ser croire aux syn­di­cats que tout est per­mis puisque le gou­ver­ne­ment in­ter­vien­dra, en cas de dé­sastre, pour sau­ver Air France. Plu­sieurs points po­si­tifs : - Sa culture an­glo-saxonne place le client au coeur de l’en­tre­prise. - Il a ga­gné un bras de fer avec les pi­lotes d’Air Ca­na­da : fin de la sé­cu­ri­té de l’em­ploi, blo­cage des sa­laires. - Il se­ra en me­sure de com­prendre nos en­jeux, puis­qu’il a été agent de voyages.

La concen­tra­tion dans la dis­tri­bu­tion avec no­tam­ment la po­si­tion do­mi­nante de Ma­riet­ton est-elle de na­ture à vous in­quié­ter ?

Non. Ma­riet­ton, c’est le suc­cès d’une en­tre­prise fa­mi­liale lyon­naise. Les Fran­çais cri­tiquent sou­vent la réus­site. Pas moi. Laurent Abit­bol est un pa­tron aty­pique ; il a le ta­lent de faire ac­com­pa­gner son dé­ve­lop­pe­ment par un fonds amé­ri­cain et va conti­nuer à pro­cé­der à des ac­qui­si­tions… C’est bien la preuve que la vi­ta­li­té de la « vieille éco­no­mie » du tou­risme at­tire les in­ves­tis­seurs.

On en­tend peu par­ler de la Con­fé­dé­ra­tion des ac­teurs du Tou­risme. Quelles sont les ac­tions mises en place ?

La Con­fé­dé­ra­tion va or­ga­ni­ser une confé­rence de presse afin de rendre vi­sible les ac­tions me­nées de­puis sa créa­tion. Notre vo­lon­té a d’abord été d’ac­qué­rir une vi­si­bi­li­té et la re­con­nais­sance des pou­voirs pu­blics. C’est un tra­vail de fond. L’en­semble des ac­teurs du tou­risme se ren­contrent et échangent. C’est aus­si un point po­si­tif qui le se­ra en­core plus lorsque le trans­port aé­rien re­join­dra la con­fé­dé­ra­tion.

EDV a mis en va­leur cet été le rôle de l’agent de voyages au­près du grand pu­blic à tra­vers des cam­pagnes d’in­ser­tion presse. Al­lez-vous re­nou­ve­ler ce type d’opé­ra­tion ?

Nous l’avons fait à deux re­prises : pour mettre en avant la va­leur ajou­tée et la qua­li­té du ser­vice des agents de voyages lors des grèves chez Air France et à la SNCF, puis au mo­ment des dé­parts en va­cances sur le thème « ne par­tez pas seuls ». Nous al­lons conti­nuer en veillant à concen­trer les re­tom­bées de nos ac­tions sur les adhé­rents d’EdV.

Par­lez-nous de la pro­chaine conven­tion des En­tre­prises du Voyage à Ma­dère. Quels se­ront les temps forts ?

Elle se dé­rou­le­ra du 31 jan­vier au 3 fé­vrier. Le thème en se­ra « En­tre­prendre », l’idée est de mo­ti­ver les par­ti­ci­pants, de leur don­ner des ou­tils pour ga­gner. Le pro­gramme se­ra dé­fi­ni en sep­tembre.

Avez-vous dé­jà ré­flé­chi à votre ave­nir. Que comp­tez-vous faire à l’is­sue de votre troi­sième man­dat ?

À l’is­sue de mon troi­sième man­dat, en 2023, je ne me re­pré­sen­te­rai pas. En re­vanche, en 2020, je re­de­man­de­rai peut-être le re­nou­vel­le­ment de mon man­dat si les ad­mi­nis­tra­teurs avec qui j’éla­bore la po­li­tique d’EdV sont tou­jours aus­si im­pli­qués, mo­ti­vés, so­li­daires et conti­nuent à me sup­por­ter.

Si vous de­viez être nom­mé mi­nistre du Tou­risme à l’is­sue de votre man­dat, quelle est la pre­mière dé­ci­sion que vous pren­driez ?

Je m’ef­for­ce­rais d’ob­te­nir un bud­get dé­dié au ren­for­ce­ment de la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises du sec­teur (qui re­pré­sente 8 % du PIB). En­suite, je met­trais Ben­ja­min Gri­veaux [se­cré­taire d’État au­près du Pre­mier mi­nistre et porte-pa­role du gou­ver­ne­ment, NDLR] en stage dans une agence de voyages afin qu’il com­prenne en quoi la « res­pon­sa­bi­li­té de plein droit » pé­na­lise les en­tre­prises fran­çaises. ■ (*) La com­pen­sa­tion d’Air France pour les pé­riodes de grève des mois d’avril et mai s’ef­fec­tue­ra sous forme d’une ma­jo­ra­tion de la ré­mu­né­ra­tion ver­sée aux agences de voyages et aux tour-opé­ra­teurs. Cette ma­jo­ra­tion se­ra de 0,3 % pour le chiffre d’af­faires Air France au mois de sep­tembre et de 0,1 % pour le chiffre d’af­faires Air France au mois d’oc­tobre. Les ta­rifs groupes et ta­rifs TO sont éga­le­ment concer­nés par cette me­sure.

Les En­tre­prises du Voyage re­pré­sentent plus de 85 % de l’éco­no­mie du sec­teur.

La vi­ta­li­té de la « vieille éco­no­mie » du tou­risme at­tire les in­ves­tis­seurs.

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