Une génération de tai­seux

Le Régional de Cosne - - L'événement - MÉ­LA­NIE PRADALIÉ me­la­nie.pra­da­lie@cen­tre­france.com

Cent ans après l’Armistice de 1918 si­gnant l’ar­rêt des com­bats de la Grande Guerre, il reste peu de té­moins de l’époque. Ceux qui étaient en­fants hier se sou­viennent.

◗ Lettres de Poi­lus, pho­tos et cartes pos­tales d’époque… La ma­jo­ri­té des té­moi­gnages évo­quant la Guerre 14­18 sont au­jourd’hui cou­chés sur le pa­pier. Pour­tant ils res­tent en­core quelques té­moins de l’époque, eux qui étaient en­fants lorsque la guerre a été dé­cla­rée. C’est le cas de Reine Sal­mon, 105 ans, an­cienne ha­bi­tante de Su­ry­en­Vaux, au­jourd’hui ré­si­dante de la mai­son de re­traite de San­cerre, dont la mé­moire est in­tacte. « Je me sou­viens de qua­si­ment tout. Ce sont des choses que j’ai vé­cues donc j’ar­rive à en par­ler. »

Un père mort au front qu’elle ne connaî­tra pas

Reine avait 13 mois lorsque son père, Léon Sal­mon, a été mo­bi­li­sé et est par­ti au front. Un père qu’elle ne connaî­tra ja­mais puis­qu’il dé­cède, quelques mois plus tard, le 2 août 1915.

Sa mère Eu­phra­sie Re­ver­dy, a alors dû s’oc­cu­per de ses quatre filles, seule. « Ma mère a tou­jours tra­vaillé, mon père et elle étaient scieurs de long à Langres dans la Hau­teMarne, se rap­pelle celle qui est la der­nière de la fra­trie. À la fin de chaque chan­tier nous chan­gions d’en­droit, ce qui fait que cha­cune des quatre filles est née dans une Ré­gion dif­fé­rente ! »

Vi­vant à l’époque dans une rou­lotte ti­rée par des che­vaux, Eu­phra­sie Re­ver­dy et ses filles ont tout per­du après le pas­sage des Al­le­mands. Et c’est grâce à sa pen­sion de veuve de guerre, qu’Eu­phra­sie ar­rive dans le Cher. « Les pa­rents de ma mère étaient à Su­ry­en­Vaux, nous les avons re­joints et ma­man a pu ache­ter une mai­son dans la com­mune. »

La jeune femme a en­suite ache­té une chèvre, puis une autre… Elle s’ins­talle du­ra­ble­ment dans le vil­lage vi­gne­ron. « Ma mère au­rait pu se re­ma­rier car elle était jeune à cette époque, mais elle ne l’a ja­mais sou­hai­té. Elle nous a éle­vées comme elle a pu. »

« On ne par­lait pas de la guerre à la mai­son »

Eu­phra­sie n’évo­que­ra que très ra­re­ment le décès de son ma­ri et père de ses filles. Une pu­deur com­mune à toute une génération de jeunes gens, mar­quée par le conflit.

« On ne par­lait pas de la guerre à la mai­son, re­con­naît Reine Sal­mon. Et je n’ai même ja­mais vu ma­man pleu­rer… »

Sa mère est dé­cé­dée à l’âge de 89 ans et son père, dont le corps n’au­ra ja­mais pu être ré­cu­pé­ré, fi­gure sur la liste des morts pour la France, au mo­nu­ment aux morts de Su­ry­en­Vaux.

Reine Sal­mon, au­jourd’hui âgée de 105 ans, est née au dé­but de la guerre et su­bi­ra les consé­quences de ce conflit.

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