Les frères Re­né et Fran­cisque Bour­cier

Le Régional de Cosne - - Magazine - JEAN-LOUIS CHANTREAU

Hom­mage à un Poi­lu, Fran­cisque Louis Pierre Bour­cier, de Donzy et mort au com­bat du­rant la Grande Guerre, en 1918, dans les Ar­dennes, à l’âge de 35 ans.

◗ À la fin du mois de sep­tembre 1918, les trois of­fen­sives or­don­nées par le ma­ré­chal Foch, chef des ar­mées al­liées, n’ont pas at­teint les ob­jec­tifs es­pé­rés par le grand état­ma­jor.

Seule l’of­fen­sive du centre du front s’est avé­rée ef­fi­cace. Les Al­le­mands ont été re­pous­sés sur une ligne de front s’éten­dant de Cam­brai à Saint­Quen­tin, mais ils op­posent une ré­sis­tance achar­née aux deux ex­tré­mi­tés du front, en Flandre et sur la Meuse.

Au dé­but du mois d’oc­tobre, Foch pres­crit de pour­suivre l’ef­fort au centre où les Al­le­mands sont af­fai­blis.

Le 4 oc­tobre, les ar­mées bri­tan­niques et la 1re ar­mée fran­çaise en­foncent la ligne Hin­den­burg, dé­livrent Saint­Quen­tin et at­teignent les fau­bourgs de Cam­brai.

Un corps « vo­la­ti­li­sé » par les obus

Le 5 oc­tobre, le gé­né­ral Pé­tain donne l’ordre au gé­né­ral Gou­raud de pous­ser sa 4e ar­mée sur Som­me­py (Marne), en di­rec­tion de Vou­ziers (Ar­dennes) pour em­pê­cher la pro­gres­sion des Al­le­mands à par­tir des bords de l’Aisne.

Le 6 oc­tobre, le 265e RI in­cor­po­ré à la 61e di­vi­sion d’in­fan­te­rie de la 4e ar­mée re­çoit l’ordre de se por­ter aux abords du vil­lage de Saint­Pierre­à­Arnes (Ar­dennes) à quelques ki­lo­mètres au nord de Som­me­py et de lan­cer un as­saut sur les po­si­tions al­ le­mandes.

Le 8 oc­tobre, à 5 h10, après une pré­pa­ra­tion d’ar­tille­rie de cinq mi­nutes, les sol­dats du 265e RI se lancent à l’as­saut des po­si­tions en­ne­mies mais l’at­taque est stop­pée par les mi­trailleuses et les obus toxiques des Al­le­mands. Le bi­lan des pertes à l’is­sue de la jour­née s’élève à 67 tués dont 34 dis­pa­rus et 150 bles­sés.

C’est au cours de cet as­saut qu’a dis­pa­ru le sergent Fran­cisque Bour­cier. L’in­ten­si­té des com­bats n’a pas per­mis de re­trou­ver son corps pro­ba­ble­ment « vo­la­ti­li­sé » par les obus.

En­ga­gé vo­lon­taire pour trois ans à Cosne­sur­Loire, Fran­cisque est in­cor­po­ré au 124e RI du 9 fé­vrier 1901 au 23 sep­tembre 1903 où il ob­tient ses ga­lons de sergent.

Après son ser­vice mi­li­taire, il s’ex­pa­trie en Côte d’Ivoire pen­dant 5 ans. En 1906, de re­tour en France, il s’ins­talle à Saint­Brieuc où il épouse Jeanne Marie Bée, le 28 sep­tembre 1911. C’est dans cette ville qu’il est mo­bi­li­sé le 4 août 1914.

Le 11 juin 1915, il est mis en dis­po­ni­bi­li­té pour cause de pa­lu­disme, ma­la­die qu’il a contrac­tée du­rant son sé­jour en Afrique. Re­con­nu de nou­veau « apte » par la com­mis­sion de ré­forme de Saint­Brieuc, le 22 fé­vrier 1917, il re­joint le 265e RI de Nantes. Après plu­sieurs mois pas­sés à l’ins­truc­tion de jeunes re­crues, il est en­voyé au front le 15 juin 1918 où son ré­gi­ment va par­ti­ci­per à l’of­fen­sive de Cham­pagne.

Le 8 oc­tobre, il dis­pa­raît sur le champ de ba­taille près du vil­lage de SaintPierre­à­Arnes (Ar­dennes). Le ju­ge­ment pro­non­cé par le tri­bu­nal de Saint­ Brieuc, le 27 avril 1920, après l’exa­men des do­cu­ments concer­nant sa dis­pa­ri­tion, a dé­cla­ré : « Cons­tant le décès de Fran­cisque Louis Pierre Bour­cier ».

Le compte ren­du du ju­ge­ment pré­cise qu’il a dis­pa­ru à Saint­Clé­ment­àArnes, vil­lage proche de Saint­Pierre et de Som­me­py.

Fran­cisque était le fils de Re­né dit « Charles » Bour­cier, né­go­ciant, et de Louise Mar­ti­net. Fran­cisque et son père avaient tous les deux un autre pré­nom de bap­tême, c’est la rai­son pour la­quelle Fran­cisque dit « Hen­ri » est pré­nom­mé Hen­ri sur le mo­nu­ment aux morts de Donzy. Il était membre d’une fra­trie de quatre en­fants. La fa­mille ha­bi­tait Gran­deRue à Donzy.

Le des­tin s’est achar­né sur la fa­mille Bour­cier. Le frère de Fran­cisque, Re­né, sous­lieu­te­nant au 72e RI, avait été tué l’an­née pré­cé­dente le 29 oc­tobre 1917.

Leurs corps n’ont pas pu être re­con­nus of­fi­ciel­le­ment sur le champ de ba­taille, et leurs lieux de sé­pul­tures n’ont pas été pré­ci­sés. Ils sont res­tés « In­con­nus ».

La fa­mille n’a pas eu la pos­si­bi­li­té de se re­cueillir de­vant une sé­pul­ture qui leur au­rait per­mis de trou­ver ain­si une ma­té­ria­li­sa­tion à leur long tra­vail de deuil.

Le des­tin s’est achar­né sur la fa­mille Bour­cier

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