Ot­ta­vio Bar­ba­to, 60 ans au ser­vice du rug­by

Le Réveil du Vivarais - - La Une - JÉRÉMIE SABOT

Après 13 an­nées à la tête du CSA, Ot­ta­vio Bar­ba­to a dé­ci­dé de quit­ter la pré­si­dence ce mar­di lors de l’as­sem­blée gé­né­rale. Re­tour sur le par­cours d’un en­fant ita­lien de­ve­nu un homme ar­dé­chois.

◗ Der­rière le sou­rire, la voix est douce lors­qu’on lui de­mande pour­quoi il a pris les rênes du CSA il y a treize ans. « J’ai pris la pré­si­dence pour re­don­ner au rug­by ce qu’il m’avait ap­por­té, une cer­taine no­to­rié­té, la re­con­nais­sance des autres et sur­tout l’in­té­gra­tion ». In­té­gra­tion. Ce mot re­vient sou­vent dans les pa­roles d’Ot­ta­vio Bar­ba­to quand il s’agit de re­tra­cer son par­cours. Car si à 70 ans, il est de­ve­nu une per­son­na­li­té in­con­tour­nable d’An­no­nay, c’est en grande par­tie au rug­by qu’il le doit. « Je suis né en Ita­lie en 1948 et je suis ar­ri­vé à An­no­nay quand j’avais huit ans. À l’époque je connais­sais le bal­lon rond, mais je ne sa­vais pas qu’un bal­lon ovale, ça pou­vait exis­ter. En Ita­lie, on ne connais­sait pas ce sport ».

Plus Ar­dé­chois que les Ar­dé­chois

Le jeune Ot­ta­vio suit pour­tant son frère aî­né pour pous­ser les portes du CSA et dé­cou­vrir une nou­velle cul­ture, alors que les pre­miers pas en France ne se font pas sans heurts. « Dans les an­nées 50, être ita­lien c’était dur. Des ba­garres il y en a eu et il fal­lait se dé­fendre. J’ai connu les blou­sons noirs qui en vou­laient à ceux qui ve­naient de l’im­mi­gra­tion. Mais ra­pi­de­ment, le fait d’avoir été au rug­by, a fait qu’on a été re­con­nu comme des tra­vailleurs », confie le pré­sident Bar­ba­to avant de pour­suivre, « mon in­té­gra­tion en Ar­dèche et pour toute la fa­mille, elle est pas­sée par le CSA, puis par nos ac­ti­vi­tés éco­no­miques car nous nous sommes tous lan­cés dans la construc­tion. Le rug­by a été un fac­teur d’in­té­gra­tion cer­tain pour toute la fa­mille. » Tant et si bien qu’il confesse dans un grand éclat de rire : « Je dis sou­vent que je suis plus Ar­dé­chois que les Ar­dé­chois. Ceux qui viennent de l’ex­té­rieur ont ten­dance à avoir be­soin de prou­ver qu’ils sont at­ta­chés à leur ter­ri­toire. »

Dans les équipes jeunes du CSA, Ot­ta­vio Bar­ba­to se fait ra­pi­de­ment une place au poste de de­mi de mê­lée et lors­qu’on lui parle de ses pre­miers sou­ve­nirs au club, il évoque le temps des pre­miers co­pains, des en­traî­ne­ments col­lec­tifs, des sorties en bus pour jouer à l’ex­té­rieur et son pre­mier tro­phée, ce­lui de cham­pion de France des écoles de rug­by à Cler­mont. Une époque que le sep­tua­gé­naire ra­conte avec plai­sir. « Le club était une vraie pé­pi­nière. L’édu­ca­teur qu’on avait à l’époque, le père Mon­tagne, pour nous, c’était le bon Dieu tant on l’écou­tait et on le res­pec­tait ». Ot­ta­vio Bar­ba­to grimpe tous les éche­lons pour fi­nir par jouer en équipe pre­mière, mais le de­mi de mê­lée an­no­néen s’ar­rête à 24 ans, « à cause d’un ac­ci­dent de ter­rain », té­moigne­t­il pu­di­que­ment, avant de pour­suivre, « mais je ne me suis pas éloi­gné du club. J’ai été édu­ca­teur en m’oc­cu­pant des cadets et on a été cham­pions du Lyon­nais. J’ai es­sayé les tout­pe­tits mais c’était trop com­pli­qué car il faut de la pa­tience. »

Après avoir été for­mé au CSA, y avoir joué et en­traî­né, Ot­ta­vio Bar­ba­to in­tègre l’équipe di­ri­geante et prend en­fin la pré­si­dence en 2005. « Quand on est ar­ri­vé au mois de sep­tembre, c’était com­pli­qué car il y avait tout à faire ou à re­faire. Le club était à la dé­rive et il y avait des pro­blèmes. La moi­tié des joueurs était par­tie, financièrement on était à la rue. J’ai pris la pré­si­dence, mais je n’étais pas tout seul car j’ai été ac­com­pa­gné par une su­per équipe de di­ri­geants pen­dant ces treize ans. » Pour cette pre­mière sai­son, les Rouge­et­noir des­cendent en Fé­dé­rale 3, mais la nou­velle équipe à la tête du club re­lance une cer­taine dy­na­mique pour pou­voir re­mon­ter dès l’an­née sui­vante.

« L’ar­gent, c’est plus fa­cile quand on en a »

À la tête de son club de coeur, le pré­sident Bar­ba­to a su main­te­nir le CSA au ni­veau fé­dé­ral, même s’il avoue que la pro­fes­sion­na­li­sa­tion du rug­by a eu des consé­quences. « C’est de plus en plus com­pli­qué de gar­der un club à ce ni­veau. Pour sché­ma­ti­ser, quand mon frère était pré­sident en Fé­dé­rale 3, il or­ga­ni­sait une soi­rée avec un plat de spa­ghet­ti, tout le monde était content et al­lait au com­bat. Au­jourd’hui, avec un plat de spa­ghet­ti, per­sonne ne suit. Si il n’y a pas autre chose, le joueur, il ne va pas au com­bat. Les choses ont chan­gé mais c’est lo­gique car c’est la so­cié­té qui a chan­gé. La pro­fes­sion­na­li­sa­tion n’a pas ap­por­té que du bon au rug­by. Il y a eu du po­si­tif mais aus­si du né­ga­tif. L’ar­gent est en­tré dans le monde du rug­by et il faut faire avec. L’ar­gent c’est plus fa­cile quand on en a et plus com­pli­qué quand on n’en a pas. »

Douze frères et une soeur

À l’heure de pas­ser la main à Ted­dy Del­mo­ni­co et Pierre­Laurent Barbe, Ot­ta­vio Bar­ba­to s’amuse quand on lui dit que son nom de fa­mille est in­dis­so­ciable de l’his­toire du CSA. « Il faut dire que nous sommes nom­breux. On est 12 frères et une soeur et beau­coup de mes frères ont joué. Mon frère Jean a aus­si été pré­sident pen­dant 15 ans. Mais oui, quand on parle des Bar­ba­to, on fait le rap­pro­che­ment avec le CSA. Les gens ont vu qu’on était là pour ap­por­ter un plus et pas pour pro­fi­ter du club. » Un club qui pour­ra en­core comp­ter sur son an­cien pré­sident, qui conti­nue­ra de don­ner un coup de main pour le spon­so­ring. Mais un an­cien pré­sident qui sou­haite lais­ser le champ libre à ses suc­ces­seurs. « J’ai plein de pro­jets dans la tête et je ne sais pas faire cin­quante choses à la fois. On avait pré­pa­ré la re­lève et elle se­ra bien as­su­rée. Je pense qu’à un mo­ment il faut sa­voir s’ar­rê­ter. Il faut des gens avec une mo­ti­va­tion en­tière, et il faut re­con­naître que ma mo­ti­va­tion s’émousse un pe­tit peu. Je pense avoir fait le tour au club et j’ai be­soin de nou­veaux chal­lenges. »

Et à l’heure de ti­rer un bi­lan sur près de soixante an­nées dans le gi­ron du CSA, Ot­ta­vio Bar­ba­to af­fiche son grand sou­rire. « S’il fal­lait re­com­men­cer, je re­fe­rais exac­te­ment la même chose, parce qu’avec le rug­by, j’ai vé­cu une belle aven­ture. »

« Je ne sa­vais pas qu’un bal­lon ovale, ça pou­vait exis­ter. »

Ot­ta­vio Bar­ba­to a le CSA che­villé au corps.

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