Alexandre Bom­pard cueilli à froid

L’ac­tion du géant fran­çais de la dis­tri­bu­tion a es­suyé les foudres des in­ves­tis­seurs.

Le Revenu - Hebdo Bourse - - La Une - Di­mi­tri Del­mond

Le ré­sul­tat opé­ra­tion­nel cou­rant est res­sor­ti net­te­ment en des­sous des at­tentes. Sanc­tion im­mé­diate: l’ac­tion du dis­tri­bu­teur a vé­cu son plus fort re­pli en une séance (-13,1%) de­puis son in­tro­duc­tion en Bourse en 1970!

Son actualité.

«Je suis conscient de l’am­pleur et de la dif­fi­cul­té du travail à ac­com­plir». Au cas où le PDG Alexandre Bom­pard au­rait man­qué de lu­ci­di­té, les comptes se­mes­triels du géant de la dis­tri­bu­tion sont ve­nus lui rap­pe­ler la si­tua­tion dé­li­cate dans la­quelle se trouve le na­vire dont il a pris la barre mi-juillet.

À fin juin, le ré­sul­tat opé­ra­tion­nel cou­rant (ROC) est res­sor­ti bien en des­sous des at­tentes, à 621 mil­lions d’eu­ros, en re­pli de 12,1%, quand les ana­lystes vi­saient 670 mil­lions. Ce­la s’ex­plique par les dif­fi­cul­tés opé­ra­tion­nelles du groupe en France (45% de l’ac­ti­vi­té), où le ROC a chu­té de 36,1% sur le se­mestre, à 199 mil­lions d’eu­ros. La marge re­pré­sente dé­sor­mais 1,2% du chiffre d’af­faires, contre 1,8% un an plus tôt.

Dans l’Hexa­gone, le di­rec­teur fi­nan­cier Pierre-Jean Si­vi­gnon a sou­li­gné l’apa­thie du mar­ché, alors que l’en­vi­ron­ne­ment concur­ren­tiel reste très com­pé­ti­tif. Pour dé­fendre ses po­si­tions sur son mar­ché do­mes­tique, le dis­tri­bu­teur a in­ves­ti mas­si­ve­ment dans les prix (baisses ta­ri­faires et pro­mo­tions), ce qui a plom­bé les marges.

Cette mau­vaise pre­mière moi­tié d’exercice a conduit les di­ri­geants à re­voir leurs am­bi­tions à la baisse. Le ROC de­vrait di­mi­nuer sur l’an­née dans les mêmes pro­por­tions qu’au pre­mier se­mestre pour s’éta­blir à 2,1 mil­liards d’eu­ros.

Notre analyse.

La pi­lule est mal pas­sée chez les in­ves­tis­seurs : l’ac­tion a sé­vè­re­ment glis­sé de 13,1% le 31 août, dans des vo­lumes d’échanges très im­por­tants de 27,8 mil­lions de titres, soit plus de 8 fois la moyenne sur trois mois. Ja­mais l’ac­tion Car­re­four n’avait en­re­gis­tré un si fort re­pli en une seule séance de­puis son in­tro­duc­tion en Bourse en 1970 ! Re­ve­nue à son ni­veau d’oc­tobre 2012, elle pointe à la der­nière place du pal­ma­rès de l’in­dice CAC 40 sur trois ans (-37%). La bru­ta­li­té de ce dé­cro­chage pour­rait lais­ser pen­ser que les fon­da­men­taux du dis­tri­bu­teur sont fra­gi­li­sés ou que ses di­ri­geants ont per­du le fil de la stra­té­gie. Pour notre part, nous pen­sons que la ré­ac­tion du mar­ché sanc­tionne da­van­tage quelques er­re­ments ponctuels. Ac­ca­pa­ré par les in­tro­duc­tions en Bourse de Car­mi­la et de Car­re­four Bré­sil, ain­si que par le chan­ge­ment de di­ri­geant, le groupe a pu ou­blier de soi­gner sa com­mu­ni­ca­tion au­près de la com­mu­nau­té fi­nan­cière ces der­niers mois. Mal gui­dés, les ana­lystes n’avaient pas as­sez ré­duit leurs pré­vi­sions de ré­sul­tats pour l’exercice 2017. La mise à jour n’en est que plus spec­ta­cu­laire.

Pour rec­ti­fier le tir, Alexandre Bom­pard pro­met de pré­sen­ter le dé­tail de sa stra­té­gie «avant la fin de l’an­née». Trans­for­ma­tion digitale, ré­duc­tion des coûts et sim­pli­fi­ca­tion de la struc­ture de­vraient fi­gu­rer au pro­gramme. En at­ten­dant, nous n’ache­tons plus la va­leur, dont le pro­fil de­vient spé­cu­la­tif.

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