Chine Une éco­no­mie bien maî­tri­sée

À la veille du pro­chain Congrès, la crois­sance est sta­bi­li­sée. Mais les déséquilibres de­meurent.

Le Revenu - Hebdo Bourse - - Comment Va L’économie - Ma­rianne Py

Tout semble sous contrôle à deux se­maines du 19e Congrès du Par­ti com­mu­niste chi­nois (PCC). Ce ren­dez-vous hau­te­ment sym­bo­lique mar­que­ra la fin du pre­mier man­dat de Xi Jin­ping et très pro­ba­ble­ment le dé­but du deuxième. Le lea­der chi­nois a en ef­fet veillé à neu­tra­li­ser ses ri­vaux à tra­vers sa vaste cam­pagne an­ti­cor­rup­tion, qui a au to­tal sanc­tion­né près de 1,2 mil­lion de per­sonnes en quatre ans. L’en­jeu est aus­si de re­nou­ve­ler cinq membres parmi les sept que compte le co­mi­té per­ma­nent du bu­reau po­li­tique, l’or­gane le plus puis­sant de l’em­pire du Milieu.

Faire briller les chiffres

Afin d’évi­ter tout re­mous dans la pers­pec­tive de ce Congrès, les au­to­ri­tés ont mis le pa­quet ces der­niers mois sur les in­ves­tis­se­ments pu­blics pour faire briller les chiffres d’ac­ti­vi­té. Avec un cer­tain suc­cès: l’in­dice PMI of­fi­ciel des di­rec­teurs d’achat dans le sec­teur ma­nu­fac­tu­rier a grim­pé en sep­tembre à son plus haut ni­veau de­puis avril 2012, à 52,4. Il a, contre toute at­tente, pro­gres­sé par rap­port à août (51,7). L’en­quête Caixin-Mar­kit, qui ne tient pas compte des grandes en­tre­prises pu­bliques, laisse de son cô­té res­sor­tir un PMI ma­nu­fac­tu­rier en lé­gère baisse (-0,6 point), mais tou­jours en zone d’ex­pan­sion, à 51. Après un creux pour la crois­sance en juillet et en août, l’ob­jec­tif de sta­bi­li­sa­tion semble ain­si avoir été at­teint en sep­tembre.

L’in­cen­die de 2016 est éteint

C’est une nou­velle illus­tra­tion de la ges­tion ha­bile des risques – at­ter­ris­sage bru­tal ver­sus déséquilibres fi­nan­ciers – par les au­to­ri­tés, dont la tâche est fa­ci­li­tée par le ca­rac­tère très cen­tra­li­sé de l’éco­no­mie chi­noise. De la même fa­çon, les foyers d’in­cen­die qui avaient beau­coup in­quié­té les in­ves­tis­seurs entre mi2015 et dé­but 2016 ont été maî­tri­sés. La Chine est par­ve­nue à sta­bi­li­ser sa crois­sance (res­sor­tie à 6,9% sur un an au pre­mier et au deuxième tri­mestres), à stop­per l’hé­mor­ra­gie de ses ré­serves de changes et à en­rayer la dé­pré­cia­tion de sa de­vise. Le yuan, après une chute de 7% en 2016, a en ef­fet re­ga­gné 5% face au dol­lar de­puis le dé­but de l’an­née. Tous les le­viers – contrôle des ca­pi­taux, ou­tils bud­gé­taires et mo­né­taires – ont tour à tour été ac­ti­vés, à l’image de la baisse par la banque cen­trale, fin sep­tembre, du ni­veau re­quis de ré­serves obli­ga­toires pour les banques, afin de sti­mu­ler le cré­dit au sec­teur pri­vé.

La dette pro­gresse vite

Pour au­tant, les fai­blesses fon­da­men­tales de cette éco­no­mie de­meurent. Bruno Ca­va­lier, chef éco­no­miste d’Oddo BHF, évoque un cycle qui «évolue au rythme heur­té des coups de frein et d’ac­cé­lé­ra­teur don­nés au mar­ché de l’im­mo­bi­lier». Et d’ajou­ter: «Il est ad­mis qu’il existe de larges sur­ca­pa­ci­tés de pro­duc­tion, dont la cor­rec­tion sup­po­se­rait de se dé­bar­ras­ser d’en­tre­prises pu­bliques non pro­fi­tables.» Des sur­ca­pa­ci­tés fi­nan­cées à cré­dit: la dette chi­noise avoi­sine dé­sor­mais 260% de son pro­duit in­té­rieur brut, en cu­mu­lant celle des en­tre­prises (166%), de l’État (46%) et des mé­nages (44%). Un ni­veau si­mi­laire à ce­lui ob­ser­vé dans les pays dé­ve­lop­pés, mais deux fois su­pé­rieur à la moyenne des éco­no­mies émer­gentes.

Em­boî­tant le pas à Moo­dy’s en mai der­nier, S&P vient de dé­gra­der la dette de la Chine. Sa note (A+) reste tou­te­fois as­so­ciée à une pro­ba­bi­li­té de dé­faut de paie­ment faible.

Convo­qué le 18 oc­tobre, le 19e Congrès du Par­ti com­mu­niste chi­nois mar­que­ra le dé­but d’un deuxième man­dat de cinq ans pour Xi Jin­ping.

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