EDF, ENEL, EN­GIE…

La grande trans­for­ma­tion des éner­gé­ti­ciens

Le Revenu - Hebdo Bourse - - La Une - Hu­bert Couë­dic

Après plu­sieurs an­nées dif­fi­ciles, les grands pro­duc­teurs eu­ro­péens d’élec­tri­ci­té connaissent en­fin des jours meilleurs. Une em­bel­lie qui se tra­duit en Bourse par un re­gain d’in­té­rêt des in­ves­tis­seurs. De­puis le dé­but de l’an­née, notre agré­gat com­po­sé des prin­ci­pales va­leurs du sec­teur af­fiche une per­for­mance su­pé­rieure de 20% à celle de l’in­dice large Stoxx Eu­rope 600 (voir graphe ci-des­sus). La crise éco­no­mique et fi­nan­cière de 2008, la ca­tas­trophe nu­cléaire de Fu­ku­shi­ma en 2011, l’exi­gence d’une ré­duc­tion des émis­sions de C02 ont for­cé les di­ri­geants des grands groupes à re­fon­der leur mo­dèle éco­no­mique. Lourdes dé­pré­cia­tions La baisse de la de­mande d’éner­gie en Eu­rope, pro­vo­quée par le choc de 2008, avait com­pri­mé les prix de mar­ché de l’élec­tri­ci­té, met­tant à mal la ren­ta­bi­li­té de nom­breuses cen­trales, no­tam­ment les tur­bines fonc­tion­nant au gaz. Il au­ra fal­lu plu­sieurs an­nées aux dif­fé­rents opé­ra­teurs pour ré­duire l’ex­cé­dent de ca­pa­ci­tés, soit en fer­mant les ins­tal­la­tions, soit en les cé­dant avec une forte dé­cote. D’im­por­tantes dé­pré­cia­tions d’ac­tifs ont alors lour­de­ment plom­bé les comptes, en par­ti­cu­lier ceux du fran­çais En­gie. À no­ter ce­pen­dant que de nou­veaux en­trants sur le mar­ché ont pu op­por­tu­né­ment pro­fi­ter des soldes. C’est ain­si que Di­rect Ener­gie a ra­che­té à Enel fin 2016 une cen­trale der­nier cri pour un mon­tant in­fé­rieur à 10 fois le coût de l’équi­pe­ment neuf. Re­struc­tu­ra­tions Dans le même temps, le dé­ve­lop­pe­ment de l’éner­gie nu­cléaire en Eu­rope a su­bi un coup

d’ar­rêt bru­tal après Fu­ku­shi­ma. Sous la pres­sion des opi­nions pu­bliques, l’Al­le­magne et l’Ita­lie ont dé­ci­dé de re­non­cer à cette source d’éner­gie. Se­lon l’As­so­cia­tion mon­diale du nu­cléaire, un quart de l’élec­tri­ci­té pro­duite en Al­le­magne en mars 2011 pro­ve­nait de dix-sept ré­ac­teurs. Au­jourd’hui, les huit uni­tés en­core en ser­vice ne pro­duisent que 14% de l’élec­tri­ci­té du pays. RWE et E.on se sont re­trou­vés en fâ­cheuse pos­ture, contraints à la re­struc­tu­ra­tion. Les deux groupes ont ache­vé leur mue de­puis l’an­née der­nière et sont dé­sor­mais prêts à pro­fi­ter de la re­prise de la de­mande et du dé­ve­lop­pe­ment des éner­gies re­nou­ve­lables, dont les coûts de pro­duc­tion se ré­duisent. Le prix du car­bone re­monte Tan­dis que les éner­gé­ti­ciens sortent en­fin d’une pé­riode dif­fi­cile, la re­prise en Eu­rope et les né­go- cia­tions ac­tuelles concer­nant la ré­forme du sys­tème d’échange de quo­tas d’émis­sion (EU-ETS) entre le Par­le­ment, le Con­seil et la Com­mis­sion eu­ro­péenne pour­raient pro­lon­ger le re­bond du prix du CO2, qui s’est dé­jà ap­pré­cié d’en­vi­ron 40% de­puis fin juillet, dé­pas­sant au­jourd’hui 7,50 eu­ros la tonne. Dans un rap­port pu­blié en sep­tembre, la Cour des comptes eu­ro­péenne ex­horte les pays eu­ro­péens à agir de ma­nière ef­fi­cace dans le do­maine de l’éner­gie, dont la pro­duc­tion et son uti­li­sa­tion sont res­pon­sables de 79% des émis­sions de gaz à ef­fet de serre de l’Union eu­ro­péenne. Une étude co­si­gnée par l’Ademe et RTE montre qu’un prix de la tonne du CO2 voi­sin de 30 eu­ros per­met­trait de di­mi­nuer les émis­sions du sec­teur élec­trique de 15% par an. Un avan­tage cer­tain pour les éner­gies vertes et le nu­cléaire.

L’éner­gie éo­lienne est l’un des prin­ci­paux mo­teurs de crois­sance dans la pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té pour les pro­chaines an­nées. En outre, la baisse des coûts de pro­duc­tion rend cette éner­gie de plus en plus com­pé­ti­tive.

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