L’ISF est mort, place à l’IFI!

L’ISF dis­pa­raî­tra en 2018. Il est rem­pla­cé par l’im­pôt sur la for­tune im­mo­bi­lière. Tout ce que vous de­vez sa­voir sur la ré­forme.

Le Revenu - Hebdo Bourse - - La Une - Laurent Saillard

Les dé­pu­tés ont adop­té, le 20 oc­tobre en pre­mière lec­ture, la trans­for­ma­tion de l’ISF (im­pôt sur la for­tune) en im­pôt sur la for­tune im­mo­bi­lière (IFI). Il pa­raît peu pro­bable que les sé­na­teurs s’op­posent à cette me­sure, et en deuxième lec­ture le texte de­vrait être à nou­veau adop­té par l’As­sem­blée na­tio­nale.

L’im­mo­bi­lier au sens large

Sans al­ler jus­qu’à la sup­pres­sion com­plète de l’ISF, qui avait été sou­hai­tée pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle par les mi­lieux éco­no­miques et par la droite ré­pu­bli­caine, cette évo­lu­tion marque un tour­nant his­to­rique dans notre fis­ca­li­té na­tio­nale.

Créé en 1982 après l’élec­tion de Fran­çois Mit­ter­rand à la pré­si­dence de la Ré­pu­blique, l’im­pôt sur les grandes for­tunes (IGF) avait été sup­pri­mé en 1986 par le gou­ver­ne­ment de Jacques Chi­rac, avant de ré­ap­pa­raître sous l’ap­pel­la­tion ISF en 1988 alors que Mi­chel Ro­card est à Matignon.

Dé­sor­mais, à par­tir de 2018, si la ré­forme est dé­fi­ni­ti­ve­ment adop­tée en l’état, seuls les ac­tifs im­mo­bi­liers se­ront pris en compte dans l’as­siette de ce nou­vel im­pôt, dont le ba­rème et le seuil de taxa­tion res­tent iden­tiques à ce­lui de l’ISF. Mais c’est une concep­tion très large, voire sur­pre­nante, de l’im­mo­bi­lier qui a été re­te­nue pour le cal­cul de l’ac­tif taxable (voir les en­ca­drés).

SCI, SCPI et OPCI concer­nés

Au-de­là de l’im­mo­bi­lier phy­sique, c’est-à-dire tous les biens et droits im­mo­bi­liers ap­par­te­nant au re­de­vable, dont la ré­si­dence prin­ci­pale, qui conserve son abat­te­ment de 30%, fi­gure aus­si la frac­tion re­pré­sen­ta­tive de biens ou droits im­mo­bi­liers dé­te­nus di­rec­te­ment ou in­di­rec­te­ment à tra­vers des so­cié­tés, et donc les parts de SCI, de SCPI, d’OPCI, de so­cié­tés fon­cières co­tées ou non. Et ce­la quel que soit le mode de dé­ten­tion. Un exemple : si ces parts de SCPI, d’OPCI ou de fon­cières (y com- pris à tra­vers des si­cav et des fonds de pla­ce­ment) sont dé­te­nues dans la par­tie mul­ti­sup­port d’un contrat d’as­su­rance vie, elles de­vront être dé­cla­rées dans l’ac­tif taxable de l’IFI.

«Il faut ajou­ter à la liste des ac­tifs taxables les im­meubles fi­nan­cés en cré­dit-bail ou en lo­ca­tion-ac­ces­sion, mais pas ceux af­fec­tés à l’ac­ti­vi­té in­dus­trielle, com­mer­ciale, ar­ti­sa­nale, li­bé­rale ou agri­cole d’une so­cié­té», pré­cise Sté­phane Jac­quin, res­pon­sable de l’in­gé­nie­rie pa­tri­mo­niale de La­zard Frères Ges­tion.

Par ailleurs, «l’IFI va re­mettre en cause l’usage du dé­mem­bre­ment de pro­prié­té que res­pec­tait l’ISF. L’usu­frui­tier d’un bien de­vra dé­cla­rer la va­leur en pleine pro­prié­té, et le nu-pro­prié­taire se­ra dé­sor­mais taxable lui aus­si», in­dique Li­la Vais­sonBe­thune, res­pon­sable de l’in­gé­nie­rie pa­tri­mo­niale de BNP Pa­ri­bas Banque Pri­vée.

150 000 as­su­jet­tis à l’IFI

Pour jus­ti­fier l’ex­clu­sion du pa­tri­moine fi­nan­cier du nou­vel im­pôt, le gou­ver­ne­ment in­dique, dans son ar­gu­men­ta­tion gé­né­rale du PLF 2018, que l’ISF est «une spé­ci­fi­ci­té fran­çaise qui nuit à l’at­trac­ti­vi­té du pays vis-à-vis des in­ves­tis­seurs et consti­tue un frein à la crois­sance des en­tre­prises, tout par­ti­cu­liè­re­ment les PME et ETI fa­mi­liales». Le do­cu­ment rap­pelle éga­le­ment que la grande ma­jo­ri­té des pays qui avaient ce type d’im­pôt y ont re­non­cé, ci­tant l’Au­triche, l’Al­le­magne, le Da­ne­mark et la Suède.

Le nombre de foyers fis­caux qui se­ront as­su­jet­tis à l’IFI en 2018 se­ra for­cé­ment in­fé­rieur aux 340 000 foyers im­po­sés à l’ISF en 2017. Une si­mu­la­tion si­tue ce chiffre à 150 000.

L’im­pôt sur la for­tune a rap­por­té 5 mil­liards d’eu­ros l’an­née der­nière, sans prendre en compte les coûts de re­cou­vre­ment et les dom­mages col­la­té­raux dus à son exis­tence, qui fe­rait fuir près de 20 mil­liards d’eu­ros de ca­pi­taux par an en moyenne de­puis deux dé­cen­nies, se­lon l’étude de l’Ifrap. La perte de re­cettes due à la ré­forme est éva­luée à 3,2mil­liards d’eu­ros en 2018. Mais le gou­ver­ne­ment d’Édouard Phi­lippe pa­rie sur un af­flux de ca­pi­taux qui vien­draient s’in­ves­tir dans l’économie, créer de l’ac­ti­vi­té et des em­plois, et donc des ren­trées fis­cales sup­plé­men­taires.

Comme avec l’ISF, les pro­prié­taires im­mo­bi­liers conti­nue­ront à ré­gler avec l’IFI une sorte de taxe fon­cière ad­di­tion­nelle liée à la va­leur de leur bien.

(1) Seuls les pa­tri­moines nets taxables supérieurs à 1,3 mil­lion d’€ se­ront as­su­jet­tis à l’IFI, mais le taux de la pre­mière tranche s’ap­pli­que­ra alors dès 800 000 €.

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