États-Unis Une ré­forme fis­cale cru­ciale

Le Con­grès amé­ri­cain a le feu vert pour lan­cer la baisse des impôts très attendue par Wall Street.

Le Revenu - Hebdo Bourse - - Comment Va L’économie - Ma­rianne Py

Les nou­veaux som­mets ex­plo­rés par Wall Street en té­moignent : les in­ves­tis­seurs ont meilleur es­poir de voir le big bang fis­cal pro­mis par la Mai­son-Blanche abou­tir. Son par­cours lé­gis­la­tif est certes loin d’être ache­vé. Mais une étape clé a été fran­chie le 19 oc­tobre avec le vote par le Sé­nat d’une ré­so­lu­tion bud­gé­taire qui va per­mettre un exa­men par­le­men­taire ac­cé­lé­ré. Un texte de ré­con­ci­lia­tion entre les deux chambres, fixant les détails de la ré­forme, doit dé­sor­mais être ré­di­gé. Il pour­ra en­suite être adop­té par une ma­jo­ri­té de 50 voix (et non plus de 60) au Sé­nat, où les ré­pu­bli­cains ne dis­posent que de 52 sièges sur 100.

Du do­pant pour les pro­fits

Un ac­cord semble dé­sor­mais pos­sible avant la fin de l’an­née. Le temps presse car, à par­tir de jan­vier, les par­le­men­taires amé­ri­cains risquent d’être concen­trés sur la cam­pagne en vue du scru­tin de mi-man­dat à l’au­tomne 2018, qui doit re­nou­ve­ler la Chambre des re­pré­sen­tants ain­si qu’un tiers du Sé­nat. Le pro­jet de la Mai­son-Blanche pré­voit que l’im­pôt sur le re­ve­nu passe de sept tranches (et un maxi­mum de 39,6%) à trois (12%, 25% et 35%). Mais la me­sure phare es­pé­rée par Wall Street est la baisse de l’im­pôt sur les so­cié­tés à 20% (contre 35% ac­tuel­le­ment), qui coû­te­rait quelque 2000 mil­liards de dol­lars sur dix ans aux fi­nances pu­bliques amé­ri­caines. Cette forte di­mi­nu­tion de la fis­ca­li­té do­pe­rait les ré­sul­tats des en­tre­prises. «En pre­mier lieu les plus im­po­sées», fait re­mar­quer Ch­ris­tian Pa­ri­sot. L’éco­no­miste d’Au­rel BGC a cal­cu­lé que, au sein du S&P 500, «le sec­teur des biens de consom­ma­tion non cy­clique, qui com­prend no­tam­ment la grande dis­tri­bu­tion, paye le taux ef­fec­tif le plus éle­vé (33%), tan­dis que les va­leurs tech­no­lo­giques, qui réa­lisent une grosse part de leurs pro­fits à l’étran­ger, s’ac­quittent du plus faible (22%)».

Un ef­fet éco­no­mique dis­cu­té

L’im­pact sur l’économie amé­ri­caine dans son en­semble dé­pen­dra de l’em­ploi que les en­tre­prises fe­ront de cette manne fis­cale. Le scé­na­rio rose van­té par Trump est ce­lui d’un re­gain de l’in­ves­tis­se­ment et de la consom- ma­tion, qui do­pe­rait la crois­sance po­ten­tielle et fi­nan­ce­rait ain­si, in fine, la baisse de la fis­ca­li­té… Mais dans une économie de plein-em­ploi et en fin de cycle, cet en­chaî­ne­ment n’est pas si sûr : «Le manque d’offre de tra­vail, no­tam­ment d’em­plois qua­li­fiés, va li­mi­ter le rebond de l’in­ves­tis­se­ment. Le risque est de voir la baisse de la fis­ca­li­té par­tir en di­vi­dendes et en ra­chats d’ac­tions, avec un faible ef­fet sur la conjonc­ture ou, pire, gé­né­rer des ten­sions in­fla­tion­nistes et pro­vo­quer une réaction forte du mar­ché obli­ga­taire», ré­sume Ch­ris­tian Pa­ri­sot.

Tay­lor contre Po­well

Dans tous les cas, l’aboutissement de la ré­forme fis­cale pour­rait in­ci­ter la Ré­serve fé­dé­rale (Fed) à ac­cé­lé­rer son res­ser­re­ment mo­né­taire. Une pers­pec­tive qui ex­plique le ré­cent re­gain du dol­lar et la re­mon­tée des taux longs amé­ri­cains (voir le gra­phique). Ces deux ten­dances ont aus­si été ali­men­tées par les spé­cu­la­tions au­tour d’un fu­tur res­pon­sable de la Fed plus «fau­con» que Ja­net Yel­len : John Tay­lor, cri­tique en­vers la po­li­tique de taux très bas, est dé­sor­mais per­çu comme grand fa­vo­ri aux cô­tés de Je­rome Po­well, qui est quant à lui un can­di­dat de la conti­nui­té. Le ver­dict est at­ten­du avant le 3 no­vembre, date du dé­part de Do­nald Trump pour une tour­née en Asie.

Le texte n’au­ra be­soin que de 50 voix sur 100 pour abou­tir au Sé­nat, où les re­pré­sen­tants ré­pu­bli­cains dis­posent d’une courte ma­jo­ri­té.

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