L’heure de vé­ri­té ap­proche

À six mois et de­mi de la sor­tie du Royaume-Uni de l’Union eu­ro­péenne, tout reste pos­sible.

Le Revenu - Hebdo Bourse - - La Une - Gé­rard Blan­din

Bruxelles et Londres doivent par­ve­nir ra­pi­de­ment à un ac­cord sur les termes du di­vorce pour per­mettre aux parlementaires de le ra­ti­fier avant la sor­tie du Royaume-Uni, le 29 mars 2019.

e script est en­core loin d’être fi­na­li­sé. «Au vu de l’état d’avan­ce­ment des né­go­cia­tions sur le Brexit, le scé­na­rio d’un no deal [au­cun ac­cord] ne peut être ex­clu», a re­con­nu Xa­vier Bet­tel, Pre­mier mi­nistre du Luxem­bourg. «Si nous sommes réa­listes, nous sommes ca­pables de par­ve­nir à un ac­cord […] dans les six ou huit se­maines», a af­fir­mé de son cô­té Mi­chel Bar­nier, né­go­cia­teur en chef de l’Union eu­ro­péenne (UE), lors d’une confé­rence en Slo­vé­nie. Qui croire ?

Pro­fondes dis­sen­sions

À l’au­tomne, Bruxelles et Londres sont cen­sés par­ve­nir à un ac­cord dé­fi­ni­tif sur les termes du di­vorce, afin de per­mettre aux par­le­ments eu­ro­péen et bri­tan­nique de le ra­ti­fier avant la sor­tie du Royaume-Uni de l’UE, le 29 mars 2019. Soit trente mois après le ré­fé­ren­dum du 23 juin 2016 où les Bri­tan­niques ont vo­té pour la rup­ture à 51,9%. Mais les né­go­cia­tions achoppent sur cer­tains points né­vral­giques, comme le sort de la fron­tière entre l’Ir­lande du Nord, l’une des quatre na­tions consti­tu­tives du Royaume-Uni, et la Ré­pu­blique d’Ir­lande, membre de l’UE de­puis 1973.

Pour com­plexi­fier la tâche dé­jà im­mense (pas moins de 759 ac­cords in­ter­na­tio­naux sont re­né­go­ciés), la stra­té­gie du gou­ver­ne­ment de The­re­sa May sus­cite de pro­fondes dis­sen­sions au sein du Par­ti conser­va­teur. Bo­ris John­son, par­ti­san d’une rup­ture franche, s’est ain­si lan­cé dans une vio­lente dia­tribe. Avec le plan de Che­quers (du nom de la ré­si­dence cham­pêtre de la Pre­mière mi­nistre), qui pré­voit un ac­cord doua­nier sim­pli­fié, « nous avons pas­sé une cein­ture d’ex­plo­sifs au­tour de la consti­tu­tion bri­tan­nique et re­mis le dé­to­na­teur à Mi­chel Bar­nier», a es­ti­mé l’ex-mi­nistre des Af­faires étran­gères dans le Mail on Sun­day. Si ces pro­pos ont été ju­gés ou­tran­ciers au sein même de son propre par­ti, nom­breux sont ceux qui par­tagent la crainte que le Royau­meU­ni puisse de­ve­nir un « État vas­sal» de l’Union eu­ro­péenne.

Saut dans l’in­con­nu

Dès lors, il pa­raît dif­fi­cile que l’ac­cord de re­trait soit fi­na­li­sé pour la réunion du Conseil eu­ro­péen du 18 oc­tobre, les plus op­ti­mistes ta­blant sur celle pré­vue le 13 dé­cembre. En tout état de cause, deux scé­na­rios sont dé­sor­mais pos­sibles, comme l’a pré­ci­sé la Com­mis­sion eu­ro­péenne : «Si l’ac­cord de re­trait est ra­ti­fié avant le 30 mars 2019, le droit de l’UE ces­se­ra de s’ap­pli­quer au Royaume-Uni à par­tir du 1er jan­vier 2021, c’es­tà- dire après une pé­riode de tran­si­tion de vingt et un mois». En re­vanche, «si l’ac­cord de re- trait n’est pas ra­ti­fié avant le 30 mars 2019, il n’y au­ra pas de pé­riode de tran­si­tion et le droit eu­ro­péen ces­se­ra de s’ap­pli­quer au Royaume-Uni à par­tir du 30 mars 2019». C’est le saut dans l’in­con­nu.

En consé­quence, «les pers­pec­tives éco­no­miques vont res­ter as­som­bries par cette in­cer­ti­tude po­li­tique ac­crue et la Banque d’An­gle­terre ne de­vrait pas re­le­ver ses taux [ac­tuel­le­ment à 0,75%] avant le se­cond se­mestre 2019», pré­voit la Di­rec­tion des études éco­no­miques du Cré­dit Agri­cole, qui es­time que le vote du Par­le­ment bri­tan­nique sur un éven­tuel ac­cord re­pré­sente «le prin­ci­pal évé­ne­ment à risque».

Ava­ler des cou­leuvres

«Une sor­tie désor­don­née n’est pas une op­tion rai­son­nable, mais les aléas po­li­tiques ne per­mettent pas d’ex­clure un échec», pré­vient Bru­no Ca­va­lier, chef éco­no­miste d’Od­do BHF. «Nous pen­sons que l’UE ne tran­si­ge­ra pas sur ses prin­cipes consti­tu­tifs […]. Ce se­rait mor­ti­fère pour elle et dé­sta­bi­li­sant avant les élec­tions eu­ro­péennes de mai 2019. Tout dé­pend donc de la ca­pa­ci­té de The­re­sa May à faire ava­ler à sa ma­jo­ri­té et son opi­nion pu­blique les der­niers com­pro­mis, quitte à dra­ma­ti­ser l’ul­time round de né­go­cia­tions». Un dé­noue­ment en forme de hap­py end ?

Le Fran­çais Mi­chel Bar­nier, né­go­cia­teur de l’Union eu­ro­péenne pour le Brexit, es­time réa­liste d’ar­ri­ver à un ac­cord d’ici «six à huit se­maines».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.