Co­mé­die à l’ita­lienne

Rome fait de nou­veau trem­bler les mar­chés fi­nan­ciers avec son pro­jet de bud­get.

Le Revenu - Hebdo Bourse - - La Une -

Po­pu­liste.

Le gou­ver­ne­ment ita­lien a an­non­cé, le 27 sep­tembre, un dé­fi­cit pu­blic pré­vi­sion­nel de 2,4% du PIB pour 2019, mais aus­si pour 2020 et 2021. La Com­mis­sion eu­ro­péenne et les in­ves­tis­seurs es­pé­raient plu­tôt une pro­po­si­tion in­fé­rieure à 2%, une offre que sem­blait pou­voir por­ter Gio­van­ni Tria, mi­nistre ita­lien de l’Éco­no­mie et des Fi­nances et an­cien pro­fes­seur d’éco­no­mie à l’uni­ver­si­té. Il était ap­pa­ru comme le pos­sible rem­part aux am­bi­tions ex­ces­sives de la Ligue et du Mou­ve­ment 5 étoiles, les deux prin­ci­pales com­po­santes po­pu­listes au pou­voir à Rome, sou­cieuses de te­nir leurs en­ga­ge­ments de cam­pagne. Ce dé­ra­page bud­gé­taire effraie. Il pour­rait en­traî­ner un abais­se­ment de la no­ta­tion de l’Ita­lie par les agences spé­cia­li­sées. Les in­ves­tis­seurs re­doutent de nou­velles ten­sions liées à la dette pu­blique.

Re­gain de ner­vo­si­té.

La ré­ac­tion des mar­chés a été bru­tale. Lors de la séance du 28 sep­tembre, les taux des em­prunts d’État ita­liens à dix ans se sont ten­dus, s’en­vo­lant de 0,3 point de pour­cen­tage, à 3,14%, après un plus-haut à 3,25% en séance. L’écart de ren­de­ment avec le Bund al­le­mand de même ma­tu­ri­té a at­teint 268 points de base. Ce taux ita­lien a, de­puis, at­teint 3,4%. Les mar­chés d’ac­tions, et sur­tout les titres des banques ita­liennes, ont dé­vis­sé. L’in­dice de la Bourse de Mi­lan (FTSE Mib) a re­cu­lé de 3,7% le 28 sep­tembre, et ce­lui des banques ita­liennes a aban­don­né plus de 7%. In­te­sa San­pao­lo a ain­si chu­té de plus de 8% et Uni­cre­dit de près de 7%, en­traî­nant dans leur sillage l’in­dice des banques de la zone eu­ro (-3,92%), le même jour.

Crainte de conta­gion.

Mais pour­quoi ce chiffre de 2,4% fait-il si peur alors que la France, par exemple, pré­voit un dé­fi­cit de 2,8% de son PIB sans que ce­la effraie ? Le dé­fi­cit ita­lien, proche de 2% en 2018, était at­ten­du en re­cul l’an pro­chain. Les in­ves­tis­seurs es­pé­raient une maî­trise des fi­nances pu­bliques, per­met­tant une ré­duc­tion de la dette, qui at­teint 130% du PIB. Mais le nou­vel ob­jec­tif laisse en­tre­voir un dé­ra­page in­con­trô­lé, car l’ob­jec­tif de 2,4% est fixé sur trois ans. Peut-être est-ce la glis­sade fran­çaise qui a don­né des ailes au gou­ver­ne­ment ita­lien… Pour des fi­nances pu­bliques ita­liennes conva­les­centes, 2,4% c’est trop près de la li­mite, à un mo­ment où les États eu­ro­péens tentent au contraire de s’éloi­gner du seuil des 3%. Un ra­len­tis­se­ment éco­no­mique au­rait un im­pact très né­ga­tif. Pour un vo­lume de dette com­pa­rable d’en­vi­ron 2 300 mil­liards d’eu­ros en France et en Ita­lie, le coût bud­gé­taire des in­té­rêts de la dette pu­blique tourne au­tour de 70 mil­liards en Ita­lie, quand il s’éta­blit à 42 mil­liards en France. En ligne de mire, la crainte d’une conta­gion à l’Es­pagne et au Por­tu­gal, et le spectre d’une pos­sible sor­tie du pays de la zone eu­ro que jouent dé­jà les Cas­sandre du mar­ché, et qu’en­tre­tiennent les di­ri­geants de la Ligue. Nous n’y croyons pas. Pour le mo­ment.

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