BANQUES Le risque ita­lien pro­voque un coup de tor­chon

Les va­leurs fran­çaises souffrent, mais deux élec­tro­chocs pour­raient in­ver­ser la ten­dance.

Le Revenu - Hebdo Bourse - - La Une - Lio­nel Gar­nier

Après une ten­ta­tive de re­bond à la fin de l’été, les va­leurs fran­çaises sont sous pres­sion, en rai­son de leur ex­po­si­tion à l’Ita­lie. Deux élec­tro­chocs pour­raient tou­te­fois in­ver­ser la ten­dance en Bourse.

Il au­ra suf­fi de trois séances pour mettre un terme à la pre­mière vé­ri­table ten­ta­tive de re­bond des va­leurs ban­caires fran­çaises en près de six mois. Du 28 sep­tembre au 2 oc­tobre, Cré­dit Agri­cole a lâ­ché près de 7%, BNP Pa­ri­bas 6% et So­cié­té Gé­né­rale 5%. C’est la crise ita­lienne qui a ra­me­né ces titres vers leur plus-bas an­nuel.

Le dé­ra­page an­ti­ci­pé à 2,4% du dé­fi­cit bud­gé­taire ita­lien pour 2019 (lire p. 2), tel que pré­sen­té dans le pro­jet de loi de fi­nances du gou­ver­ne­ment po­pu­liste, in­quiète les in­ves­tis- seurs. Consé­quence lo­gique, ils exigent une meilleure ré­mu­né­ra­tion du risque. Ce qui a eu pour ef­fet de tendre les taux sur la dette ita­lienne. Le ren­de­ment de l’em­prunt à 10 ans a fran­chi le cap de 3,4% et l’écart de taux (spread) avec le Bund al­le­mand est au plus haut de­puis quatre ans. «Les spreads, j’en fais mon pe­tit-dé­jeu­ner», a ré­agi Mat­teo Sal­vi­ni, l’homme fort du gou­ver­ne­ment ita­lien. Au risque aus­si de ral­lu­mer les doutes sur l’ave­nir de l’eu­ro.

Ren­de­ment éle­vé

L’Ita­lie pèse lourd dans les comptes des banques fran­çaises. Elle re­pré­sente le deuxième ré­seau do­mes­tique de Cré­dit Agri­cole et 13% de son bi­lan. Chez BNP Pa­ri­bas, la Pé- nin­sule pointe au troi­sième rang en termes de ré­seau et elle pèse 10% du bi­lan. Piètre conso­la­tion pour les banques fran­çaises, elles ré­sistent mieux en Bourse que l’en­semble du sec­teur eu­ro­péen. En re­cul de 18% de­puis le dé­but de l’an­née, l’Eu­ro Stoxx Banks se si­tue à un plus-bas an­nuel. Les grandes banques trans­al­pines sont elles-mêmes à la dé­rive : Uni­cre­dit et In­te­sa lâchent res­pec­ti­ve­ment 21% et 25% de­puis le 1er jan­vier.

À la Bourse de Pa­ris, les ana­lystes sont en ma­jo­ri­té po­si­tifs sur le sec­teur, même s’ils pointent sont in­suf­fi­sante ren­ta­bi­li­té, avec des re­tours sur fonds propres sou­vent in­fé­rieurs au coût du ca­pi­tal. Les banques conti­nuent ce­pen­dant d’of­frir de beaux di­vi­dendes, fai­sant res­sor­tir des ren­de­ments su­pé­rieurs à 5,7%.

Sous-va­lo­ri­sa­tion ma­ni­feste

Deux élec­tro­chocs pour­raient rendre du lustre aux banques fran­çaises en Bourse. En pre­mier lieu, une re­lance de la concen­tra­tion du sec­teur en Eu­rope, qui illus­tre­rait leur sous-va­lo­ri­sa­tion ma­ni­feste. Une autre piste consis­te­rait à opé­rer une rup­ture stra­té­gique. Dix ans après la crise, BNP Pa­ri­bas, So­cié­té Gé­né­rale et Cré­dit Agri­cole suivent le même mo­dèle de banque uni­ver­selle, qui a l’avan­tage d’of­frir des ré­sul­tats ré­cur­rents, mais qui se ré­vèle éga­le­ment fort gour­mand en fonds propres. Na­tixis, la seule banque à s’être im­po­sée un vi­rage ra­di­cal ( Le Re­ve­nu n° 1498), est au­jourd’hui la mieux va­lo­ri­sée. Le ré­veil bour­sier passe sans doute par da­van­tage d’au­dace stra­té­gique.

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