PRI­VA­TI­SA­TIONS

Les dé­pu­tés donnent le coup d’en­voi

Le Revenu - Hebdo Bourse - - La Une - Oli­vier Dau­zat

Des pa­roles aux actes ! Pré­sen­tée au prin­temps, la loi Pacte vient d’être vo­tée par les dé­pu­tés. Elle ouvre la voie à la pri­va­ti­sa­tion, au moins par­tielle, d’ADP, de la Fran­çaise des Jeux (FDJ) et d’En­gie. Dans le cas du ges­tion­naire des aé­ro­ports de Rois­sy et d’Or­ly, l’État est dé­sor­mais au­to­ri­sé à cé­der tout ou par­tie de sa par­ti­ci­pa­tion de 50,6% ( lire l’en­ca­dré). L’opé­ra­tion n’est pas at­ten­due avant l’an pro­chain. De son cô­té, la FDJ se­ra pri­va­ti­sée sans doute aus­si en 2019 après la mise en place d’une au­to­ri­té de ré­gu­la­tion des jeux d’ar­gent et de ha­sard. L’État, qui dé­tient 72% du ca­pi­tal, de­vrait gar­der une par­ti­ci­pa­tion mi­no­ri­taire d’au moins 20%. En­fin, il pour­ra des­cendre en des­sous du seuil des 33% du ca­pi­tal ou des droits de vote d’En­gie (il dé­tient ac­tuel­le­ment 24,1% du tour de table et 34,8% des droits de vote).

Airbus et Thales stra­té­giques

Le pro­duit is­su de ces opé­ra­tions ali­men­te­ra un fonds pour l’in­no­va­tion et l’in­dus­trie consti­tué de 10 mil­liards d’eu­ros d’ac­tifs. Plus gé­né­ra­le­ment, les pri­va­ti­sa­tions s’ins­crivent dans le cadre d’une po­li­tique de ges­tion des par­ti­ci­pa­tions pu­bliques. Em­ma­nuel Ma­cron et Bru­no Le Maire, le mi­nistre de l’Éco­no­mie et des Fi­nances, sont convain­cus que dans plu­sieurs secteurs – l’éner­gie, les tran­sports, voire les té­lé­coms –, la ré­gu­la­tion suf­fit à contrô­ler les en­tre­prises sans né­ces­si­té de pré­sence à leur ca­pi­tal.

Après la ces­sion de 2,35% du ca­pi­tal de Sa­fran le 1er oc­tobre, l’État pour­rait donc conti­nuer à se dé­les­ter de cer­taines de ses par­ti­ci­pa­tions. A prio­ri, il n’a que l’em­bar­ras du choix. L’Agence des par­ti­ci­pa­tions de l’État (APE) dé­tient des lignes dans une dou­zaine de grandes so­cié­tés co­tées (ADP, Airbus, Air France-KLM, CNP As­su­rances, Dexia, EDF, En­gie, Era­met, Orange, Renault, Sa­fran et Thales) pour une va­leur glo­bale es­ti­mée à près de 80 mil­liards d’eu­ros. Bpi­france, l’autre bras ar­mé de la puis­sance pu­blique, pos­sède aus­si des ti­ckets dans des groupes co­tés (Eu­tel­sat, In­ge­ni­co, Nexans, Peu­geot, STMi­croe­lec­tro­nics, Tech­nipFMC, Val­lou­rec…). À y re­gar­der de près, pour­tant, peu nom­breuses sont les so­cié­tés sus­cep­tibles d’être cé­dées fa­ci­le­ment. Les par­ti­ci­pa­tions dans Airbus et Thales res­te­ront stra­té­giques et l’État y est lié à des pactes d’ac­tion­naires. D’autres so­cié­tés sont sen­sibles sur le plan po­li­tique et so­cial (Air France-KLM, EDF, Era­met) ou ac­tuel­le­ment en si­tua­tion de fra­gi­li­té (Eu­tel­sat, Nexans, Val­lou­rec).

L’État pour­rait conti­nuer de ré­duire la voi­lure dans Sa­fran, pro­fi­tant de l’ex­cellent par­cours du titre. Mais il fau­dra sans doute at­tendre quelques mois pour une nou­velle ces- sion. Ayant dé­jà ven­du 4,5% d’En­gie en 2017, la puis­sance pu­blique se­ra bien­tôt sus­cep­tible de cé­der de nou­veaux titres. Mais en­core faut-il que l’action, qui a per­du 10% de­puis le dé­but de l’an­née, re­monte. Concer­nant Renault, dont 4,7% ont été cé­dés en 2017, un sta­tu quo sur les 15% res­tants dé­te­nus par l’État semble pro­bable à court terme. La prio­ri­té va à la re­fonte de la gou­ver­nance et au ré­équi­li­brage des rap­ports avec Nis­san. Pour Orange, un hy­po­thé­tique désen­ga­ge­ment de l’APE pour­rait dé­cou­ler d’un rap­pro­che­ment de l’opé­ra­teur his­to­rique avec un autre ac­teur des té­lé­coms. Mais il n’est ni ac­quis que la concen­tra­tion du sec­teur abou­tisse ni qu’elle concerne Orange en pre­mier lieu.

Bru­no Le Maire ex­clut d’aban­don­ner ADP à des in­ves­tis­seurs non eu­ro­péens.

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