Comptes pro­fes­sion­nels

Frais, cré­dits, placements de tré­so­re­rie, qua­li­té de ser­vice... Le Re­ve­nu a com­pa­ré l’offre de neuf banques pour vous ai­der à choi­sir la meilleure.

Le Revenu - Mensuel Placement - - CONTENTS - ALINE FAUVARQUE

Quelle banque choi­sir ?

P our la pre­mière fois, les pro­fes­sions li­bé­rales, in­dé­pen­dants, com­mer­çants, ar­ti­sans et TPE (moins de dix sa­la­riés) vont re­ce­voir en jan­vier pro­chain un re­le­vé an­nuel de leurs frais de fi­nan­ce­ment, mais, hé­las, ni les ser­vices de la banque au quo­ti­dien ni la mo­né­tique n’y sont in­clus. Vous se­rez donc en­core nom­breux à dé­cou­vrir la mon­tagne de vos frais ban­caires en éta­blis­sant votre bi­lan avec votre ex­pert­comp­table. À moins d’avoir étu­dié les pla­quettes ta­ri­faires et les condi­tions gé­né­rales des offres de fi­nan­ce­ment et sur­veillé de près vos re­le­vés.

Vous êtes 2 mil­lions de com­mer­çants, pro­fes­sions li­bé­rales, ar­ti­sans… à in­té­res­ser les ban­quiers. Tout comme les 1,2 mil­lion de mi­cro-en­tre­pre­neurs, grâce au dou­ble­ment an­non­cé de leur pla­fond d’ac­ti­vi­té. Car de­puis 2015, tout mi­cro-en­tre­pre­neur doit ou­vrir un compte pro­fes­sion­nel, comme les autres in­dé­pen­dants. Les pro­fes­sion­nels rap­portent près de 7 mil­liards d’eu­ros de pro­duit net ban­caire (Ba­ro­mètre de la confiance des TPE en­vers leurs banques de juillet 2017). Et ce chiffre aug­mente en pé­riode d’em­bel­lie éco­no­mique. Sans par­ler du pa­tri­moine des chefs d’en­tre­prise, très convoi­té.

La manne est d’au­tant plus ap­pré­ciable que rares sont ceux qui font jouer la concur­rence entre éta­blis­se­ments. Mais comme les marges sur les in­té­rêts des prêts sont basses, la ten­ta­tion est grande de se rat­tra­per sur les com­mis­sions de toutes sortes.

Prin­cipe de base Tout est payant

Plus de 80% des pro­fes­sion­nels et TPE font confiance à leur banque, près de 80% n’ont qu’un seul cor­res­pon­dant ban­caire et 68% d’entre eux n’ont ja­mais chan­gé de banque prin­ci­pale pro­fes­sion­nelle. À tort. Car tous les ser­vices sont payants et à des ta­rifs très va­riables, af­fi­nés pour la plu­part en fonc­tion du sta­tut, de l’ac­ti­vi­té et du chiffre d’af­faires du client. Ce qui contri­bue à rendre ex­trê­me­ment dif­fi­ciles les com­pa­rai­sons.

Aux frais de te­nue de compte s’ajoutent des com­mis­sions an

nuelles de te­nue de dos­sier (ou com­mis­sion d’ac­tua­li­sa­tion), gé­né­ra­le­ment de 90 eu­ros (de 60 eu­ros pour une en­tre­prise

in­di­vi­duelle au Cré­dit Agri­cole Île-de-France à 180 eu­ros pour une per­sonne mo­rale à la Bred).

Ana­chro­niques, ces fac­tures pour l’ac­cès à son compte par In­ter­net à l’heure où dé­boulent les so­cié­tés de ser­vices fi­nan­ciers (fin­tech) et les banques en ligne sur ce mar­ché de « pros »? Les banques n’ac­cordent la gra­tui­té que pour la consul­ta­tion de comptes. Dès que vous ef­fec­tuez des opé­ra­tions de ges­tion, le ser­vice est payant. Ain­si, l’ac­cès aux ef­fets est fac­tu­ré 9,50 eu­ros par mois au Cré­dit Agri­cole Île-de-France. Ins­tau­rer un vi­re­ment per­ma­nent, même en ligne, est payant. Idem pour les au­to­ri­sa­tions de pré­lè­ve­ment (AVP). Ce­pen­dant, la gra­tui­té se gé­né­ra­lise pour les vi­re­ments ex­ternes oc­ca­sion­nels via In­ter­net (en­core fac­tu­rés 21 cen­times au CIC). La Bred pré­pare une nou­velle ver­sion plus agres­sive de son ser­vice Bred Con­nect...

Com­mer­çants At­ten­tion aux im­payés

Gare aus­si aux com­mis­sions de mou­ve­ments sur vos sor­ties

d’ar­gent. Né­go­ciez-les en prio­ri­té. Cer­tains y échappent, comme les as­so­cia­tions, syn­di­cats et agri­cul­teurs au Cré­dit Agri­cole Île-de-France, les pro­fes­sions li­bé­rales à la Bred ou les SCI fa­mi­liales à La Banque Pos­tale. Au Cré­dit Mu­tuel de Bre­tagne, les agri­cul­teurs sont aus­si lar­ge­ment exo­né­rés.

Vous mul­ti­pliez les en­cais­se­ments ? Cap sur les frais

d’ac­qui­si­tion et de lo­ca­tion de TPE, qui peuvent don­ner lieu à des re­mises dans les ré­seaux ci­blant les com­mer­çants ou les pro­fes­sions de san­té. Et n’ou­bliez pas les frais

pour im­payés de vos clients. Si les chèques re­ve­nus im­payés ne peuvent être fac­tu­rés pour dé­faut de pro­vi­sion, ils le sont pour d’autres mo­tifs (dé­faut de li­bel­lé…), sauf au Cré­dit Mu­tuel de Bre­tagne. Les pré­lè­ve­ments trai­tés en im­payés sont aus­si fac­tu­rés.

Toutes les banques pro­posent des cartes ban­caires stan­dards, Gold Mas­ter­card ou Vi­sa Pre­mier, pas en­core de Pla­ti­num, World Elite ou In­fi­nite.

At­ten­tion aux re­traits. Ef­fec­tués hors zone eu­ro, ils sont sou­vent les­tés d’une com­mis­sion fixe et for­fai­taire (fixe et de 3 eu­ros

au Cré­dit Agri­cole contre un mi­ni­mum de 8,15 eu­ros au CIC). In­té­res­sant pour vos dé­pla­ce­ments, BNP Pa­ri­bas et HSBC vous dis­pensent des frais de re­trait à l’étran­ger dans leurs ré­seaux.

Les ta­rifs et les pres­ta­tions des as­su­rances des moyens de paie­ment sont aus­si très va­ria

bles. La Banque Pos­tale pa­raît chère (62,60 eu­ros par an), mais elle four­nit une pro­tec­tion ju­ri­dique et une ga­ran­tie in­ca­pa­ci­té tem­po­raire de tra­vail du di­ri­geant en sus d’un ser­vice de concier­ge­rie.

For­faits At­ten­tion aux frais non in­clus

Si vous avez consen­ti une ga­ran­tie à votre banque, cel­le­ci vous fac­tu­re­ra une lettre an­nuelle d’in­for­ma­tion des per­sonnes qui se sont por­tées cau­tion, à sa­voir, vous. Cet en­voi est une obli­ga­tion lé­gale. À 50 eu­ros la lettre, né­go­ciez. Sur­tout si vous avez plu­sieurs cau­tions, sur plu­sieurs lignes de cré­dit… Le Cré­dit Mu­tuel de Bre­tagne

les pla­fonne à 90 eu­ros. Et ce n’est qu’un des coûts an­nexes de vos dé­cou­verts et cré­dits. Face à ces dis­pa­ri­tés ta­ri­faires, les for­faits peuvent faire faire des éco­no­mies et ras­su­rer. « Notre pa­ckage Jazz Pro per­met de ré­duire ses frais par deux en moyenne », af­firme la So­cié­té Gé­né­rale. Ces for­mules pro­curent sou­vent des avan­tages ta­ri­faires sur les ser­vices non in­clus, comme les frais de dos­sier des cré­dits. Reste à bien choi­sir ou di­men­sion­ner le for­fait, de plus en plus com­po­sé sur me­sure. Veillez no­tam­ment au pla­fond de com­mis­sions de mou­ve­ments et à la com­mis­sion sur le plus

fort dé­cou­vert. « Nous avons créé un for­fait, Ryth­meo, com­po­sé par l’en­tre­prise et son conseiller en fonc­tion de ses be­soins », in­dique Mi­ckael Le Ne­zet, di­rec­teur du mar­ché des pro­fes­sion­nels aux Banques po­pu­laires.

Le pre­mier ré­flexe du créa­teur d’en­tre­prise est de s’adres­ser à son ban­quier ha­bi­tuel. « C’est im­por­tant de le consul­ter en prio­ri­té, sur­tout si l’on s’en­tend bien avec lui, mais je conseille tou­jours d’en voir un ou deux autres », in­siste Yves Mar­mont, pré­sident de la Fé­dé­ra­tion des Centres de ges­tion agréés. Si vous ache­tez un fonds de com­merce, il se peut que la banque du ven­deur, plus au fait de l’ac­ti­vi­té, soit plus en­cline que la vôtre à vous ac­cor­der un prêt. Té­moi­gnage de Max Peu­vrier, ex­pert-comp­table, qui a de­puis dé­ve­lop­pé un ca­bi­net de plus de 40 per­sonnes: « Ma banque m’avait dit qu’elle me sui­vrait, mais elle ne l’a pas fait. C’est celle du ven­deur des murs qui m’a prê­té l’ar­gent. De­puis, j’ai réa­li­sé tous mes pro­jets im­mo­bi­liers avec elle et lui ai confié une part de mes flux. »

Né­go­cier Deux banques plu­tôt qu’une

Mettre en concur­rence vos four­nis­seurs ban­caires ne vous em­pê­che­ra pas de né­go­cier frais et cré­dits, au contraire. Il est bon qu’ils sachent que vous pour­riez cou­per le cir­cuit ou ré­duire les flux. L’ar­ri­vée en force de La Banque Pos­tale et des nou­velles banques en ligne ou mo­bile sur le cré­neau des pros peut jouer en votre fa­veur. « Nous cher­chons à ga­gner la clien­tèle pro­fes­sion­nelle dont nous gé­rons dé­jà le pa­tri­moine pri­vé », confirme Ch­ris­tophe Ca­cheux, res­pon­sable du mar­ché des pro­fes­sion­nels à La Banque Pos­tale.

Qua­si­ment tous les frais se né­go­cient, concèdent les ban­quiers, prêts à jouer le jeu moyen­nant une part de vos flux ou de

votre épargne per­son­nelle. Du don­nant- don­nant, ré­sume Jean-Phi­lippe Le­clère, di­rec­teur mar­ke­ting, mar­ché des pro­fes­sion­nels à la Bred, qui mul­ti­plie les gestes, à l’égard des pro­fes­sions li­bé­rales no­tam­ment. « Di­ver­si­fier ses re­la­tions est une pré­cau­tion in­dis­pen­sable », ré­pète à ses clients Pas­cal Fer­ron, pré­sident du ca­bi­net de conseil aux en­tre­prises Fi­me­cor Ba­ker Tilly.

« De même qu’elle met en concur­rence ses four­nis­seurs, une en­tre­prise doit étu­dier l’op­por­tu­ni­té d’une di­ver­si­fi­ca­tion de ses par­te­naires ban­caires », mar­tèle Fa­brice Pe­sin, mé­dia­teur na­tio­nal du cré­dit, qui a vu trop de pro­blèmes

Quand un pro­fes­sion­nel nous confie une part im­por­tante de son ac­ti­vi­té, nous sommes évi­dem­ment plus ou­verts aux né­go­cia­tions sur les frais et sur les taux.” Jean-Phi­lippe Le­clère, di­rec­teur mar­ke­ting, mar­ché des pro­fes­sion­nels, Bred.

naître de dif­fi­cul­tés re­la­tion­nelles, et en­cou­rage les banques à sol­li­ci­ter des en­tre­tiens de cour­toi­sie an­nuels. Florent La­mou­reux, res­pon­sable du mar­ché des pro­fes­sion­nels aux Caisses d’Épargne, ne dit pas autre chose: « L’idéal est de voir le client une fois par an en agence pour un bi­lan et d’al­ler le ren­con­trer chez lui, car c’est sur son lieu de tra­vail que nous iden­ti­fions le mieux ses be­soins. »

« Nous ta­blons sur la proxi­mi­té et la trans­pa­rence avec nos clients en nous en­ga­geant à ré­pondre très vite à leurs de­mandes. La vi­tesse d’exé­cu­tion va de­ve­nir un des nerfs de la guerre », ajoute Em­ma­nuel Eon, res­pon­sable des pro­fes­sion­nels au Cré­dit Mu­tuel de Bre­tagne. À vous de jouer.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.