Voi­tures de col­lec­tion : un mar­ché fou, fou, fou !

La cote des voi­tures de col­lec­tion a pro­gres­sé de 192% en dix ans. Le point sur ce mar­ché où jeunes et moins jeunes se font plai­sir, quel que soit leur bud­get.

Le Revenu - Mensuel Placement - - SOMMAIRE - MYRIAM SI­MON

Qui au­rait pa­rié il y a vingt-cinq ans sur le suc­cès des ventes de voi­tures an­ciennes ? Quelques pas­sion­nés peut-être, guère plus. Pour­tant, en une gé­né­ra­tion, ce sec­teur est de­ve­nu l’un des plus pros­pères du mar­ché de l’art.

Se­lon le rap­port de l’Au­to­mo­tive Da­ta Eva­lua­tion Mar­ket Yield (Ade­my) et Axa Art, la va­leur des voi­tures an­ciennes a aug­men­té de 192% en moyenne de 2006 à 2017, contre 84% pour les va­leurs bour­sières du luxe (S& P Glo­bal Luxu­ry In­dex). Plu­sieurs en­chères mil­lion­naires ont mis en lu­mière l’in­té­rêt pa­tri­mo­nial de ces vé­hi­cules et ont aus­si per­mis d’at­ti­rer un très large pu­blic qui ma­rie plai­sir et pla­ce­ment.

Fer­ra­ri, Bent­ley et Bu­gat­ti au som­met

Après des an­nées où des coups d’ac­cé­lé­ra­teur ont fait craindre une sur­chauffe des prix, la tem­pé­ra­ture est re­des­cen­due en 2017. « Le mar­ché, mon­dia­li­sé de­puis dix ans, se sta­bi­lise, s’as­sai­nit et de­vient plus exi­geant », constate Maxime Le­pis­sier, spé­cia­liste Mo­tor­cars de la maison de ventes Le­clère. C’est grâce à plu­sieurs en­chères re­cords que ce mar­ché est sor­ti de l’ombre et a sé­duit les ache- teurs, qui viennent dé­sor­mais du monde en­tier. En 2016, lors du sa­lon Ré­tro­mo­bile, la maison Art­cu­rial a pul­vé­ri­sé tous les re­cords en ven­dant pour 32 mil­lions d’eu­ros une Fer­ra­ri 335 Sport.

La marque ita­lienne au che­val ca­bré est in­con­tes­ta­ble­ment celle qui en­grange le plus d’en­chères mil­lion­naires de­puis des an­nées dé­jà. Seules les Bent­ley, Bu­gat­ti, Rolls et His­pa­no-Sui­za flirtent ré­gu­liè­re­ment avec des en­chères à six chiffres.

Le prix des voi­tures d’avant 14-18 est stable

Le mar­ché des voi­tures de col­lec­tion compte plu­sieurs fa­milles de vé­hi­cules et d’ama­teurs. Il y a ceux qui traquent les « an­cêtres », les mo­dèles da­tant du tout dé­but du XXe siècle. Des vé­hi­cules si­gnés Clé­ment, Pan­hard, Benz, De Dion-Bou­ton… « La cote des voi­tures qui peuvent cou­rir la cé­lèbre Londres-Brigh­ton [course ou­verte aux mo­dèles d’avant 1905] aug­mente. En re­vanche, la cote des vé­hi­cules construits après 1905 stagne », ex­plique Sté­phane Pa­vot, di­rec­teur du dé­par­te­ment au­to­mo­biles de col­lec­tion de la maison de ventes Ose­nat.

Le prix des « caisses car­rées », voi­tures à ma­ni­velle,

est aus­si stable. En re­vanche, les voi­tures dites « ou­vertes », comme les De­la­haye De­lage ou les Tal­bot, se vendent très bien. Une Ci­troën B2 ou C4, mo­dèle po­pu­laire d’avant­guerre, est es­ti­mée entre 8 000 et 13 000 eu­ros tan­dis qu’une De­lage cote au mi­ni­mum dix fois plus.

« La ma­jo­ri­té des ama­teurs re­cherchent les voi­tures qui les fai­saient rê­ver dans leur en­fance », ex­plique Pierre No­vi­koff, di­rec­teur ad­joint d’Art­cu­rial Mo­tor­cars. Il y a la gé­né­ra­tion de ceux qui craquent pour les jo­lis mo­dèles des an­nées 60-70 et les young­ti­mers, les jeunes ama­teurs de voi­tures des an­nées 80-90, qui rêvent de s’of­frir une sé­rie li­mi­tée de l’époque. Deux fa­milles de col­lec­tion­neurs qui ne dis­posent pas for­cé­ment du même bud­get.

Pour les pre­miers, le choix est très large puisque l’on peut ache­ter une Trac­tion Avant de 1955 qui cote entre 5000 et 7000 eu­ros, tan­dis qu’une jo­lie MG MAG de cette époque est es­ti­mée cinq ou six fois plus, et qu’une DS Ci­troën part au mi­ni­mum à 15000 eu­ros. Dans le même es­prit, les sé­millants cou­pés ca­brio­lets Triumph TR5 ont eux aus­si tou­jours la cote. En quelques an­nées, leur prix est pas­sé de 20000 à 45000 eu­ros, de même pour les Ja­guar Ty­peE, dont la cote est pas­sée de 30 000 à 100 000 eu­ros.

Au som­met du mar­ché, les As­ton Mar­tin, les Fer­ra­ri, les Lam­bor­ghi­ni et les Ma­se­ra­ti de ces an­nées-là de­viennent my­thiques, tant par leur es­thé­tique que par les en­chères à six chiffres qu’elles gé­nèrent. Quant aux Porsche, la flam­bée des prix n’a pas fait long feu. Les mo­dèles ache­tés puis re­ven­dus dans la fou­lée, avec un es­poir de plus-va­lue, sont au point mort.

Op­tez pour un mo­dèle en état de marche

Les young­ti­mers font bou­ger le mar­ché. Au dé­but des an­nées 2000, la cote des pre­miers mo­dèles des Golf GTI, des Peu­geot 205 GTI, des Re­nault Clio Williams a grim­pé de 2000-3000 eu­ros à 10 00015000 eu­ros. À suivre aus­si la pro­gres­sion de la Ci­troën CX. Le mo­dèle clas­sique vaut 10000 à 15000 eu­ros quand la CX Con­corde est es­ti­mée 50000 eu­ros. Dans ces mo­dèles ré­cents, mais dé­jà de col­lec­tion, il faut ci­bler les voi­tures pro­duites en peu d’exem­plaires et les sé­ries li­mi­tées. « Il ne faut pas ache­ter un prix, mais ache­ter une voi­ture dans le meilleur état pos­sible et pou­voir rou­ler avec », conseille Pierre No­vi­koff, di­rec­teur ad­joint d’Art­cu­rial Mo­tor­cars.

Pour un pre­mier achat, adres­sez-vous à des pro­fes­sion­nels et al­lez flâ­ner au sa­lon Ré­tro­mo­bile, qui se tien­dra du 7 au 11 fé­vrier pro­chain à Pa­ris. C’est le ren­dez-vous des col­lec­tion­neurs. Idéal pour dé­cou­vrir des mo­dèles ou­bliés, ren­con­trer des pro­fes­sion­nels et des pas­sion­nés qui vous épau­le­ront dans votre pro­jet d’achat et de res­tau­ra­tion.

S’of­frir une au­to­mo­bile an­cienne ou de lé­gende per­met de conju­guer plai­sir, pres­tige, fis­ca­li­té ac­com­mo­dante et pers­pec­tives de plus-va­lue. À con­di­tion de faire preuve de dis­cer­ne­ment.

2276000€

Bu­gat­ti Tpe 57 Ata­lante dé­cou­vrable de 1935. Ad­ju­gée le 10 fé­vrier 2017 par Art­cu­rial à Pa­ris au sa­lon Ré­tro­mo­bile.

32000000€ Prix re­cord pour une voi­ture de col­lec­tion ven­due aux en­chères. Cette Fer­ra­ri 335 Sport Sca­gliet­ti de 1957 a été ad­ju­gée le 5 fé­vrier 2016 par la maison Art­cu­rial au sa­lon Ré­tro­mo­bile.

1610480€

Cette Tal­bot La­go T 150 C de 1936 a par­ti­ci­pé quatre fois aux 24 Heures du Mans. Ad­ju­gée le 10 fé­vrier 2017 par Art­cu­rial au sa­lon Ré­tro­mo­bile.

1130000€

Mer­cedes Benz 300 SL “Pa­pillon” 1955. Ce mo­dèle a sé­duit Pa­blo Pi­cas­so, Clark Gable, le Shah d’Iran, To­ny Cur­tis… Ad­ju­gée­par Art­cu­rial le 15 oc­tobre 2017 à Pa­ris.

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