Ges­tion pri­vée

Ré­vi­sion des ta­rifs en vue

Le Revenu - Mensuel Placement - - SOMMAIRE - ALINE FAUVARQUE

Vous avez confié la ges­tion de votre por­te­feuille bour­sier à une banque ou à une so­cié­té de ges­tion in­dé­pen­dante? Alors votre conseiller vous a sans doute pro­po­sé un en­tre­tien pour re­mettre à plat votre pro­fil d’in­ves­tis­seur, vos connais­sances et ré­vi­ser ses ho­no­raires. Ou il ne sau­rait tar­der à le faire car, avec l’en

trée en vi­gueur de MIF 2, la deuxième mou­ture de la di­rec­tive eu­ro­péenne sur les mar­chés d’ins­tru­ments fi­nan­ciers (MIF), votre conseiller doit vous in­for­mer de l’in­té­gra­li­té des frais fac­tu­rés avant et après les opé­ra­tions et jus­ti­fier que le man­dat ou ses conseils sont conformes à vos ob­jec­tifs, votre aver­sion pour le risque et à vos connais­sances. Au pas­sage, il ten­te­ra sans doute de vous faire ac­cep­ter une hausse de son for­fait pour com­pen­ser la dis­pa­ri­tion des ré­tro­ces­sions qu’il per­ce­vait des gé­rants d’or­ga­nismes de pla­ce­ment col­lec­tif (OPC). Car, jus­qu’au 3 jan­vier 2018, les ges­tion­naires de vos por­te­feuilles bour­siers tou­chaient des deux cô­tés. À vous, ils fac­tu­raient des frais de man­dat, de tran­sac­tion et de garde. Aux OPC, ils pré­le­vaient des ré­tro­com­mis­sions sur les frais de ges­tion des fonds. Or ces ré­mu­né­ra­tions, oc­cultes pour le grand pu­blic, sont in­ter­dites ou mises sur la table par MIF 2 dans les trois cas de fi­gure sui­vants.

• Votre man­dat de ges­tion donne carte blanche au ges­tion

naire (on parle aus­si de ges­tion dé­lé­guée), le conseiller, quel qu’il soit, ne peut plus conser­ver de ré­tro­ces­sion de la part des OPC au­près des­quels il a sous­crit pour votre compte ni nul autre avan­tage sub­stan­tiel. S’il en re­çoit, il doit vous les re­ver­ser « in­té­gra­le­ment et aus­si ra­pi­de­ment que pos­sible », sti­pule la di­rec­tive. • Vous avez si­gné une conven

tion de ges­tion conseillée (vous dé­ci­dez des opé­ra­tions). Tout dé­pend du sta­tut de votre in­ter­mé­diaire. S’il re­ven­dique un conseil in­dé­pen­dant (ty­pi­que­ment, c’est un ges­tion­naire de grande for­tune), il ne peut per­ce­voir de ré­tri­bu­tion des OPC, comme pour un man­dat. • Votre in­ter­mé­diaire se dé­clare “non in­dé­pen­dant” dans ses conseils ; c’est le cas des fi­liales de groupes ban­caires. Il a le choix de conser­ver les ré­tro­ces­sions qu’il re­çoit, de vous les res­ti­tuer ou de ne pas en re­ce­voir. « Dans le conseil non in­dé­pen­dant, il peut y avoir des ré­tro­ces­sions, mais le client en est in­for­mé (pour­cen­tages et va­leur en eu­ros). Et le conseiller doit apporter un sup­plé­ment de va­leur ajou­tée, no­tam­ment un sui­vi du conseil dans le temps », sou­ligne Xa­vier Pa­rain, se­cré­taire gé­né­ral ad­joint de l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers (AMF).

Jus­qu’à 3% de frais de ges­tion par an

« C’est vrai, l’ad­di­tion des frais a sur­pris des clients », avouent de nom­breux ban-

quiers. En moyenne 1,5 à 3% de vos en­cours d’OPC par an. Ne cher­chez plus pour­quoi votre por­te­feuille ne rap­porte pas au­tant que le CAC 40. Nou­veau­té donc, vos conseillers doivent dé­tailler les frais des fonds et ré­vé­ler ce qu’ils touchent en “marge ar­rière”: 0,10

à 1% des en­cours, se­lon leur ca­té­go­rie. Car les pro­fes­sion­nels de « l’ar­chi­tec­ture ou­verte » (qui pro­posent des fonds d’autres so­cié­tés de ges­tion) n’agissent pas au­tre­ment qu’un hy­per­mar­ché. Ils font payer la mise en place dans les por­te­feuilles en ponc­tion­nant jus­qu’aux deux tiers des frais de ges­tion des OPC. Plus c’est ris­qué ou com­plexe (ac­tions ou fonds à for­mule), plus ils se font payer. D’où des frais cou­rants sou­vent su­pé­rieurs à la moyenne (lire l’en­ca­dré page pré­cé­dente) sur les fonds qui sont des­ti­nés aux par­ti­cu­liers. Ce qui af­fecte votre gain fi­nal et met la pres­sion sur les gé­rants des OPC pour ac­croître leurs per­for­mances, une

source de conflits d’in­té­rêts que MIF2 en­tend ban­nir.

De plus, ces ré­mu­né­ra­tions peu trans­pa­rentes n’em­pêchent pas des frais de ges­tion sous man­dat pro­por­tion­nels au risque des actifs. Ils sont dé­gres­sifs en fonc­tion des sommes al­louées, de 0,60 à 2% gé­né­ra­le­ment. Le man­dat Ven­dôme Pri­vi­lège PEA flexible qui gère les man­dats OPC des clients du Cré­dit Agri­cole fac­ture 1,60% TTC de frais de ges­tion an­nuels (il y a 20% de TVA sur les frais de man­dat). Les frais de la ges­tion conseillée sont sou­vent un peu moins éle­vés. En­fin, ces ho­no­raires sont agré­men­tés de

droits de garde et de frais de tran­sac­tion, dont cer­tains jusque-là oc­cultes sont aus­si dé­ter­rés, tels les com­mis­sions de mou­ve­ment ou les frais de re­cherche, qui doivent dé­sor­mais être fac­tu­rés à part.

Un re­le­vé an­nuel de frais sur votre épargne

Sur les man­dats, dé­sor­mais pri­vés de ré­tro­ces­sions, les ban­quiers es­saient d’ob­te­nir des hausses de ta­rifs. Sauf s’ils l’avaient dé­jà fait par an­ti­ci

pa­tion. À vous de né­go­cier : ten­tez de ne pas dé­pas­ser 1,5% de frais sur votre man­dat.

At­ten­tion, comme il n’y a pas de ré­tro­com­mis­sions sur

les fonds mai­son, ceux-ci sont pro­mus à la place des fonds d’autres fa­bri­cants. C’est par ce biais que les gé­rants pri­vés vont ten­ter de se rat­tra­per. Veillez à ce que ces fonds soient aus­si bien gé­rés et pas plus char­gés en frais qu’un fonds ex­terne dont on vous at- tri­bue les ré­tro­ces­sions. « Nous al­lons pro­po­ser plus de titres vifs et de tra­ckers et des parts al­lé­gées en frais des fonds, voire très al­lé­gées pour nos fonds HSBC, an­nonce JeanMi­chel Starck, di­rec­teur de l’offre de la banque pri­vée de HSBC. Ces parts [ici dé­si­gnées par la lettre Z] ne sup­por­te­ront que les frais ad­mi­nis­tra­tifs, soit ceux des dé­po­si­taires et des va­lo­ri­sa­teurs ex­ternes. Ce­la ré­dui­ra très for­te­ment le poids des coûts in­di­rects sur la per­for­mance des man­dats pour nos clients. »

Dans la ges­tion conseillée, peu de banques, telle HSBC, ou de so­cié­tés de ges­tion, comme Athy­mis, ont choi­si de se pri­ver de ré­tro­ces­sions. Ce qui en dit long sur la ca­pa­ci­té des gé­rants pri­vés à récupérer ce qu’ils pour­raient y perdre. Si les ré­tro­ces­sions dis­pa­rais­saient to­ta­le­ment, le prix des conven­tions de ges­tion conseillée de­vrait aug­men­ter for­te­ment pour cou­vrir les charges ad­mi

nis­tra­tives in­duites par MIF 2. À l’ave­nir, la re­cherche pour­rait ain­si être fac­tu­rée, alors qu’elle ne l’est pas dans les man­dats, puis­qu’elle fait par­tie du tra­vail du gé­rant.

«Tout le monde étu­die quels sont les frais ac­cep­tables par les clients », concède Na­tha­lie Mour­lon, di­rec­trice gé­né­rale ad­jointe au Cré­dit Agri­cole

d'Île-de-France. La vé­ri­té des prix écla­te­ra en jan­vier 2019, lorsque les éta­blis­se­ments vous en­ver­ront leur pre­mier ré­ca­pi­tu­la­tif an­nuel de frais sur vos ins­tru­ments fi­nan­ciers.

« Les com­pa­ra­teurs vont s’em­pa­rer du su­jet » af­firme Da­niel Roy, pré­sident du di­rec­toire de La Banque Pos­tale AM, qui prévoit « une baisse des marges si­gni­fi­ca­tive, avec une pres­sion ren­for­cée par l’ar­ri­vée de nou­veaux ac­teurs du di­gi­tal à moindre coût ». En at­ten­dant, soyez clair sur vos ob­jec­tifs pour re­ce­voir de bons conseils.

Bonne nou­velle pour les épar­gnants, la di­rec­tive eu­ro­péenne MIF 2 ren­force la trans­pa­rence sur les frais fac­tu­rés par les in­ter­mé­diaires.

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