Im­pôts

Comment dé­fis­ca­li­ser mal­gré l’an­née blanche La mise en place du pré­lè­ve­ment à la source change la donne en ma­tière de ré­duc­tions d’im­pôt. Les so­lu­tions ef­fi­caces, et celles qu’il faut évi­ter.

Le Revenu - Mensuel Placement - - SOMMAIRE - BAR­BA­RA HUFNAGEL

Comment dé­fis­ca­li­ser en 2018 mal­gré l’an­née blanche

Le pré­lè­ve­ment à la source est re­por­té au 1er jan­vier 2019, mais il

doit ali­men­ter vos ré­flexions pa­tri­mo­niales dès cette

an­née. Pour évi­ter aux contri­buables de sup­por­ter une double charge fis­cale en 2019, à sa­voir le pré­lè­ve­ment à la source sur les re­ve­nus de 2019 en même temps que l’im­pôt sur les re­ve­nus per­çus en 2018, le lé­gis­la­teur a pré­vu d’an­nu­ler l’im­po­si­tion des re­ve­nus 2018 grâce à un cré­dit d’im­pôt ex­cep­tion­nel dit cré­dit d’im­pôt

pour la mo­der­ni­sa­tion du re­cou­vre­ment (CIMR). C’est la fa­meuse « an­née blanche ». Dans ce nou­veau contexte, afin d’évi­ter la perte de vos avan­tages fis­caux, cer­taines dé­penses sont à pri­vi­lé­gier.

Il existe deux ma­nières de ré­duire ses im­pôts : en di­mi­nuant ses re­ve­nus im­po­sables par aug­men­ta­tion des charges dé­duc­tibles ou en op­tant pour des in­ves­tis­se­ments dé­fis­ca­li­sants.

Les ré­duc­tions et les cré­dits d’im­pôt sont sau­ve­gar­dés

Avec la non-im­po­si­tion des re­ve­nus per­çus en 2018, vous vous in­ter­ro­gez pro­ba­ble­ment sur le sort des avan­tages fis­caux dont vous bé­né­fi­ciiez pré­cé­dem­ment. Bonne nou­velle : vos tra­vaux de ré­no­va­tion éner­gé­tique, vos dé­penses en fa­veur d’un sa­la­rié à do­mi­cile, vos in­ves­tis­se­ments dans une PME, et plus gé­né­ra­le­ment tous les in­ves­tis­se­ments per­met­tant de bé­né­fi­cier d’une ré­duc­tion ou d’un cré­dit d’im­pôt conser­ve­ront leurs bien­faits. « Le mé­ca­nisme a été conçu de fa­çon que le bé­né­fice des ré­duc­tions et cré­dits d’im­pôt dus au titre de 2018 soit conser­vé », pré­cise Sté­phane Jac­quin, res­pon­sable de l’in­gé­nie­rie pa­tri­mo­niale de La­zard Frères Ges­tion.

Si vous ne per­ce­vez que des re­ve­nus « cou­rants » en 2018, l’im­po­si­tion se­ra an­nu­lée par le fa­meux CIMR. Le fisc vous res­ti­tue­ra l’avan­tage fis­cal en

sep­tembre 2019 sur la base de la dé­cla­ra­tion des re­ve­nus rem­plie en mai 2019. N’ou­bliez pas que si vous per­ce­vez des re­ve­nus ex­cep­tion­nels ou des re­ve­nus non concer­nés par le pré­lè­ve­ment

à la source (di­vi­dendes, in­té

rêts, plus-va­lues, etc.), ces re­ve­nus ne connaî­tront pas l’an­née

blanche. Ils se­ront dé­cla­rés en mai 2019 et im­po­sés en sep­tembre 2019 (sauf ceux sou­mis au pré­lè­ve­ment for­fai­taire unique im­po­sé dès leur per­cep­tion). Dans ce cas, votre ré­duc­tion ou cré­dit d’im­pôt vien­dra di­mi­nuer l’im­pôt dû.

Cer­tains dis­po­si­tifs sont li­mi­tés dans le temps, il se­rait dom­mage de vous en pri­ver. Il ne se­ra bientôt plus pos­sible de ré­no­ver son lo­ge­ment en pro­fi­tant du cré­dit d’im­pôt pour la tran­si­tion éner­gé­tique (Cite). La loi de fi­nances pour 2018 a pro­ro­gé ce dis­po­si­tif jus­qu’à la fin de l’an­née, mais cer­taines dé­penses ne se­ront plus éli­gibles à comp­ter du 1er juillet

2018. Si vous en­vi­sa­gez de chan­ger vos fe­nêtres ou votre chau­dière, ne per­dez pas de temps. Dans les deux cas, la

ré­duc­tion d’im­pôt est de 15% jus­qu’au 1er juillet, ces équi­pe­ments sor­ti­ront en­suite du dis­po­si­tif. Pour en pro­fi­ter, vous de­vez avoir si­gné le de­vis et ver­sé un pre­mier acompte avant le 1er juillet 2018. Les dé­penses sont re­te­nues dans la li­mite de 8000 eu­ros ou de 16000 eu­ros pour un couple, soit une ré­duc­tion maxi­male de 1200 eu­ros ou de 2400 eu­ros pour un couple en 2018.

Il vous reste jus­qu’à la fin de l’an­née pour en­ga­ger d’autres dé­penses éli­gibles au Cite. Vous pou­vez re­trou­ver la liste des tra­vaux concer­nés ain­si que les co­or­don­nées d’un pro­fes­sion­nel re­con­nu ga­rant de l’en­vi­ron­ne­ment (RGE) sur le site de l’Ademe (Agence de l’en­vi­ron­ne­ment et de la maî­trise de l’éner­gie).

Les contri­buables qui sou­haitent in­ves­tir dans une PME ne se­ront pas pé­na­li­sés. Bien au contraire, le taux de ré­duc­tion d’im­pôt passe à 25% en 2018 (contre 18% en 2017).

Mais, at­ten­tion, la ré­duc­tion d’im­pôt est ré­ser­vée aux nou­veaux ac­tion­naires de la so­cié­té.

I Vi­gi­lance pour l’épargne re­traite et les tra­vaux

Un dis­po­si­tif plus contrai­gnant est mis en place pour les charges dé­duc­tibles de vos re­ve­nus. Les nou­velles sont ef­fec­ti­ve­ment moins bonnes du cô­té de l’épargne re­traite ou pour les tra­vaux ef­fec­tués sur un bien des­ti­né à la lo­ca­tion. Contrai­re­ment aux dé­penses per­met­tant une ré­duc­tion d’im­pôt, les in­ves­tis­se­ments dé­duc­tibles des re­ve­nus comme les ver­se­ments sur un Perp, ou les tra­vaux dé­duc­tibles des re­ve­nus fon­ciers (dé­penses d’en­tre­tien, de ré­pa­ra­tion ou d’amé­lio­ra­tion) su­bi­ront l’an­née blanche. A moins de dis­po­ser de re­ve­nus ex­cep­tion­nels, vous n’au­rez au­cun in­té­rêt à faire des

tra­vaux lo­ca­tifs en 2018. Mais le lé­gis­la­teur a pen­sé à tout. Pour évi­ter que le contri­buable ne re­porte ses in­ves­tis­se­ments en 2019, il met en place un dis­po­si­tif qui li­mite la dé­duc­ti­bi­li­té des tra­vaux réa­li­sés en 2019 à la moyenne des tra­vaux réa­li­sés en 2018 et 2019. Heu­reu­se­ment, les tra­vaux d’ur­gence ne sont pas tou­chés par cette me­sure. La plupart des contri­buables ont tout in­té­rêt à re­por­ter leurs tra­vaux en 2020. Pre­nons l’exemple d’un contri­buable qui dé­clare chaque an­née 30000 eu­ros de re­ve­nus fon­ciers. S’il fait 60 000 eu­ros de tra­vaux en 2018, il peut les dé­duire de ses re­ve­nus fon­ciers, mais les re­ve­nus n’étant pas im­po­sés en 2018, l’opé­ra­tion s’avé­re­ra fis­ca­le­ment in­opé­rante. Certes, il dé­dui­ra en 2019 la moi­tié des tra­vaux réa­li­sés en 2018, soit 30 000 eu ros, mais il n’en reste pas moins que l’autre moi­tié n’au­ra ser­vi qu’à gon­fler un dé­fi­cit re­por­table sur dix ans.

Une me­sure si­mi­laire s’ap­plique à l’épargne re­traite (Perp, Pre­fon, Co­rem, CRH et Pere). Les co­ti­sa­tions ver­sées en 2019 ne se­ront dé­duc­tibles qu’à hau­teur de la moyenne

des ver­se­ments ef­fec­tués en 2018 et 2019, avec une contrainte sup­plé­men­taire : les primes de 2018 de­vront être in­fé­rieures à celles de 2017 et de 2019.

Le pré­lè­ve­ment à la source, mis en place pour sim­pli­fier la vie du contri­buable, est en réa­li­té plus com­plexe qu’il n’y pa­raît.

La ré­forme est per­tur­bante mais peu pé­na­li­sante

Mais l’an­née blanche ne pé­na­lise pas les in­ves­tis­se­ments et les dé­penses ou­vrant droit à des ré­duc­tions ou cré­dits d’im­pôt (So­fi­ca, opé­ra­tions Gi­rar­din, in­ves­tis­se­ment PME, Pi­nel…) : « Il ne s’agit pas d’une ré­forme de fond, seul le mode de col­lecte de l’im­pôt change », sou­ligne Tho­mas Rone, res­pon­sable de l’in­gé­nie­rie pa­tri­mo­niale du ca­bi­net Ex­co-Nexiom. En 2018, vos ré­duc­tions d’im­pôts ne se­ront pas per­dues, mais te­nez compte du pla­fon­ne­ment des niches fis­cales (10000 ou 18000 eu­ros s’il s’agit d’un in­ves­tis­se­ment outre-mer ou So­fi­ca). Faites vos cal­culs avant de vous lan­cer.

À par­tir du 1er juillet pro­chain, cer­taines dé­penses, comme les chan­ge­ments de fe­nêtres, ne se­ront plus éli­gibles au cré­dit d’im­pôt.

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