Ho­mard m’a hué !

Le Télégramme - Auray - - EN DÉBATS - Re­né Pe­rez

Les ho­mards parlent-ils entre eux ? Une ex­pé­rience lan­cée à Brest va nous per­mettre de sa­voir si ces crus­ta­cés, dont la chair a bien meilleure ré­pu­ta­tion que le cer­veau, ont des échanges pous­sés entre eux. Sous pré­texte qu’ils sont peu pour­vus en neu­rones, on leur dé­nie un sem­blant d’in­tel­li­gence. C’est à voir. Car si le constat peut être va­lable pour le ho­mard com­mun, il ne peut en au­cun cas s’ap­pli­quer au ho­mard bre­ton qui, comme toutes les es­pèces d’ori­gine ar­mo­ri­caine, a un ni­veau d’in­tel­li­gence très su­pé­rieur à la moyenne. Avec ses pe­tits neu­rones mus­clés, il est par­fai­te­ment ca­pable de ré­flexion.

Il vous di­ra d’abord qu’il sait d’où il vient. D’une pé­riode fu­neste où il a failli dis­pa­raître to­ta­le­ment des côtes bre­tonnes, chas­sé par la sur­pêche à une époque où on pen­sait que la mer re­ce­lait d’in­épui­sables res­sources. C’est pres­qu’un mi­ra­cu­lé. Et du creux de sa roche, ce mé­di­ta­tif s’in­té­resse tout de même à l’ac­tua­li­té. L’af­faire Col­lomb, il s’en tape le co­quillard. C’est juste l’his­toire d’un vieux crabe qui veut re­tour­ner dans son trou d’eau en éta­lant des hu­meurs de cre­vette rose. C’est de l’écume. En re­vanche, le rap­port du Giec, ça lui parle, à notre ho­mard. Lui qui peut vivre jus­qu’à cin­quante ans est bien pla­cé pour sa­voir à quel point tout s’est dé­té­rio­ré en quelques dé­cen­nies. Et c’est sûr que si on réus­sis­sait à écou­ter la com­plainte des ho­mards, on ne man­que­rait pas de les en­tendre nous huer, voire même nous ago­nir d’in­jures, pour avoir sa­lo­pé la pla­nète plus vite en cin­quante ans qu’en cin­quante siècles.

Mais le ho­mard ne déses­père pas. Il sait que rien n’est to­ta­le­ment ir­ré­ver­sible. Il a ain­si ap­pré­cié le ré­cent rap­port de l’Ifre­mer ré­vé­lant que, grâce à une ges­tion rai­son­née, le stock de co­quilles Saint-Jacques de la baie de Saint-Brieuc a re­trou­vé son ni­veau de 1973, après avoir pour­tant tou­ché le fond. Quand on veut, on peut. Alors com­men­çons par chan­ger nos com­por­te­ments et toutes nos pe­tites ha­bi­tudes qui clochent. Comme ces voi­tures à l’ar­rêt dont le mo­teur conti­nue à tour­ner pen­dant des mi­nutes. Pour ré­pondre à un ap­pel, pour al­ler au ta­bac ou à la bou­lan­ge­rie ou même pour rien. Mais le fin du fin, c’est de s’ar­rê­ter pour ad­mi­rer la mer en lais­sant son mo­teur tour­ner. C’est comme mettre un ho­mard dans une eau bouillante en dé­cré­tant qu’il ne souffre pas, au pré­texte qu’il est ché­tif des neu­rones.

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