Éclai­rer le monde ju­di­ciaire en des­sins

Le Télégramme - Châteaulin - - CHÂTEAULIN - Di­mi­tri L’hours

An­cienne gref­fière, spé­cia­liste de l’his­toire ju­di­ciaire bre­tonne, An­nick Le Dou­get, au­teure de quelques livres re­mar­quables sur le su­jet, se­ra pré­sente au Sa­lon du livre, ce di­manche. Elle y pré­sen­te­ra no­tam­ment un re­mar­quable ou­vrage sur Pierre Ca­vel­lat. Cet an­cien ma­gis­trat châ­teau­li­nois avait l’ha­bi­tude de re­pré­sen­ter les scènes d’au­dience en des­sins ou pein­tures.

Il a lais­sé der­rière lui une oeuvre foi­son­nante, riche de 750 des­sins et d’en­vi­ron 80 pein­tures à l’huile. L’art n’était pour­tant pas son mé­tier. En réa­li­té, Pierre Ca­vel­lat, né en 1901 à Pon­trieux (22), était ma­gis­trat. Sa car­rière, dé­mar­rée en 1929 à Rennes et ache­vée en 1969, l’a me­né à deux re­prises à Châteaulin. Une pre­mière fois à par­tir d’août 1931, en tant que juge de pre­mière ins­tance, avant d’être nom­mé à Quim­per en mars 1932. Une se­conde, en tant que pré­sident du tri­bu­nal de pre­mière ins­tance, à Châteaulin en juin 1936, avant sa mo­bi­li­sa­tion en mai 1940.

« Le monde du pa­lais s’éclaire ici »

C’est jus­te­ment du­rant la pé­riode com­prise entre 1930 et 1940 qu’il a réa­li­sé la plu­part de ses cro­quis d’au­dience. C’est ce qu’in­dique son fils, Jean-Fran­çois Ca­vel­lat, en pré­face de l’ou­vrage « Gens de jus­tice et scènes de pré­toires sous le re­gard d’un ma­gis­trat » ré­di­gé par An­nick Le Dou­get, en 2017, au su­jet du ma­gis­trat dé­cé­dé en 1995. Elle-même an­cienne gref­fière à Quim­per jus­qu’en 2015, An­nick Le Dou­get est l’au­teure de plu­sieurs ou­vrages re­la­tifs à l’his­toire ju­di­ciaire bre­tonne. Dans ce­lui-ci, elle a ras­sem­blé de nom­breux des­sins réa­li­sés par Pierre Ca­vel­lat. « Le monde du pa­lais, sans doute per­çu par ce­lui qui n’en a pas les codes comme une mê­lée in­dif­fé­ren­ciée au ri­tuel étrange et sur­an­né, s’anime et s’éclaire ici sous le crayon ou le pin­ceau de Pierre Ca­vel­lat », sa­lue An­nick Le Dou­get.

« Les avo­cates re­gar­dées en bêtes cu­rieuses »

Au-de­là de la com­pré­hen­sion du monde ju­di­ciaire dans son en­semble, l’oeuvre ain­si ras­sem­blée re­vêt aus­si une di­men­sion his­to­rique. « Nous no­tons la ra­re­té des femmes dans les pré­toires : il est vrai qu’elles sont ex­clues de la for­ma­tion des ju­rys d’as­sises jus­qu’en 1645 et de la ma­gis­tra­ture jus­qu’en 1946 ; et bien qu’ad­mises au bar­reau de­puis 1900, les avo­cates sont nom­breuses, par­fois même re­gar­dées comme bêtes cu­rieuses ».

« Vaut mieux l’étran­gler ! »

L’on s’amuse à voir, dans cer­tains cro­quis, des femmes sur le banc d’un tri­bu­nal, por­tant la coiffe. Au-de­là du ca­rac­tère in­ha­bi­tuel de cette scène pour le lec­teur contem­po­rain, ces cap­tures d’ins­tant par la plume de Pierre Ca­vel­lat per­mettent sur­tout de mieux ap­pré­hen­der les dif­fé­rentes classes so­ciales de l’époque. « Si au­cune d’elles n’a le pri­vi­lège du vice ni de la ver­tu, les riches s’as­soient plus ra­re­ment que les pauvres sur les bancs des ac­cu­sés », constate d’ailleurs An­nick Le Dou­get en ana­ly­sant l’oeuvre de Pierre Ca­vel­lat, avant de re­trans­crire cette scène d’au­dience. « L’on voit en­core un père, dé­pas­sé par sa fille ado­les­cente, être in­ter­pel­lé par le pré­sident : « Vous, le père, vous avez le droit de la cor­ri­ger. - La cor­ri­ger ! Il n’y a pas moyen, vaut mieux l’étran­gler ! ». Une autre époque…

▼ Pra­tique

An­nick Le Dou­get se­ra pré­sente au Sa­lon du livre, ce di­manche, à la bi­blio­thèque mu­ni­ci­pale de Châteaulin, de 10 h à 18 h. « Gens de jus­tice et scènes de pré­toire sous le re­gard d’un ma­gis­trat - Pierre Ca­vel­lat », So­cié­té des amis de Louis Le Guen­nec, 208 pages, 22 €.

(Pho­to d’ar­chives Le Té­lé­gramme)

An­nick Le Dou­get se­ra au Sa­lon du livre.

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