Man­ger sai­ne­ment, im­pos­sible ?

Le Télégramme - Concarneau - - DÉBATS - Anne Les­sard

Alors que man­ger sai­ne­ment est bon pour la pla­nète, un Fran­çais sur cinq a du mal à y par­ve­nir. Constat as­sez gé­né­ral, même s’il existe des so­lu­tions…

« Le plus dur dans le mois, ce sont les 30 der­niers jours ! » . Yann broie du noir. Ama­ryl­lis un peu moins : « En dé­but de mois, c’est lé­gumes et fruits, à la fin c’est pâtes ! ». Ce dés­équi­libre, beau­coup l’ex­pé­ri­mentent à leurs dé­pens, faute de pou­voir d’achat.

« La vie est trop chère pour les smi­cards ! ». Mor­gane, Jean­nette, Ro­se­lyne par­tagent le constat de Pa­tri­cia : « Quand une per­sonne vit seule et gagne le SMIC, pas pos­sible de man­ger sai­ne­ment ! » . « Étu­diants, pe­tits sa­laires, per­sonnes seules, pa­rents iso­lés, tous concer­nés ! », es­time Ber­nard en ap­pui à Ro­se­lyne qui té­moigne : « Hier au Drive, 170 € et tu n’as pas tout. Après ça, tu fais le plein, 67 €. Et il en faut quatre pour al­ler bos­ser ». « L’in­con­vé­nient de tra­vailler loin », re­grette Oli­vier. « Sauf qu’on n’a pas tou­jours le choix » ré­torque Pa­tri­cia… S’en­suit un long dé­bat sur les aides so­ciales cen­sées mettre du beurre dans les épi­nards. La prime d’ac­ti­vi­té en est et ne fait pas l’una­ni­mi­té, d’un mon­tant ri­di­cule pour cer­tains, sur­éva­luée pour d’autres, illé­gi­time pour une poi­gnée d’in­ter­nautes à qui Ve­ro cherche à clouer le bec par un « Sa­lauds de pauvres » iro­nique. JeanPierre sous­crit et bro­carde Ma­cron : « Il a bais­sé l’im­pôt sur la for­tune, ap­pliO­li­vier, qué la CSG sur les re­traites, dés­in­dexé les pensions de l’in­fla­tion… C’est bien connu, les vieux mangent moins ! ». Mais la so­lu­tion mi­racle qui consis­te­rait à élire un gouvernement adepte de l’État pro­vi­dence et d’aides so­ciales plus sub­stan­tielles ne fait qu’un flop. Les so­lu­tions sont ailleurs pour une grande ma­jo­ri­té d’in­ter­nautes.

Pro­duire sai­ne­ment et cui­si­ner !

Sé­ve­rine est la pre­mière à dé­pla­cer le su­jet sur le ter­rain du « pro­duire mieux », ins­trui­sant à charge contre l’in­dus­trie agroa­li­men­taire : « Man­ger sai­ne­ment, c’est d’abord pro­duire sai­ne­ment ! ». Gwen et Chan­tal abondent : « Man­ger sai­ne­ment, c’est aus­si pro­duire soi-même ». Et donc, pour s’af­fran­chir d’une cul­ture cu­li­naire « ci­ta­dine » - qui consiste à ache­ter - au pro­fit d’une cul­ture plus ru­rale : soi­gner son po­ta­ger et éle­ver des poules ! Pour Mal­lo­rie, ar­ti­san pay­sa­giste ma­man de deux fillettes de 4 à 8 ans, man­ger sai­ne­ment n’est aus­si pos­sible que si l’on cui­sine. Mais c’est rare : « Tra­vail, de­voirs, mé­nage, course, douches… et on mange du ra­pide : piz­za, ham­bur­gers, plat sur­ge­lé… ». Vous avez dit plat sur­ge­lé ? Le mot dé­clenche une nou­velle charge contre la sur­con­som­ma­tion. Fi­na­le­ment, es­timent Claude, Gwen, Va­lé­rie ou Ni­cole, « entre le por­table, l’écran té­lé, la connexion ADSL, des ti­ckets à grat­ter et les ci­ga­rettes, les consom­ma­teurs ex­priment des prio­ri­tés… ». L’ali­men­ta­tion saine n’y fi­gure pas !

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