Em­maüs. « Des pas­seurs d’hu­ma­ni­té »

La com­mu­nau­té d’Em­maüs, à Ré­dé­né, a cé­lé­bré ses 50 ans, ce sa­me­di. Un an­ni­ver­saire au son du ba­gad de LannBi­houé où il a été ques­tion de so­li­da­ri­té, de fra­ter­ni­té. D’hu­ma­ni­té en somme.

Le Télégramme - Concarneau - - QUIMPERLÉ - Sté­phane Gui­hé­neuf

« Cha­peau, c’est du bon tra­vail », lance Las­si­né. Le jeune homme est l’un des com­pa­gnons de la com­mu­nau­té Em­maüs de Ré­dé­né. « Ce­la fait un peu plus d’un an que je suis là. Je suis très bien ici », pré­cise-t-il tout sou­rire. En ce sa­me­di ma­tin d’an­ni­ver­saire - ce­lui des 50 ans de la com­mu­nau­té de Ré­dé­né et alors que le ba­gad de Lann-Bi­houé vient se po­si­tion­ner à proxi­mi­té du grand cha­pi­teau jaune pour son­ner à nou­veau, le com­pa­gnon ne cache ni sa joie, ni son émo­tion. « Les mu­si­ciens, l’ins­tal­la­tion, l’en­vie… ». Tou­ché et re­con­nais­sant. L’his­toire de la com­mu­nau­té est belle. À en faire un livre. « Ce livre, c’est 50 ans de so­li­da­ri­té », sou­ligne Ma­rie-Ma­de­leine Ba­la- nant. Pen­dant treize ans, elle a pré­si­dé aux des­ti­nées de la com­mu­nau­té. « On a re­gar­dé dans le ré­tro­vi­seur, on a ras­sem­blé les traces. Les com­pa­gnons, les res­pon­sables, les bé­né­voles, les sa­la­riés, cha­cun a don­né ce qu’il sa­vait ».

Être source d’ins­pi­ra­tion

Ce livre, c’est une his­toire. « L’ins­tal­la­tion par des iti­né­rants ve­nus de Brest », pré­cise Jean-Jacques Na­don, l’ac­tuel pré­sident. Entre deux dé­am­bu­la­tions du ba­gad, il a dit « les luttes contre toutes les causes de la mi­sère ». Il a mis en avant « l’ac­cueil in­con­di­tion­nel et in­tem­po­rel » d’une com­mu­nau­té « où cha­cun peut re­trou­ver sa di­gni­té à tra­vers des ac­ti­vi­tés », évo­qué « le utopique » de la com­mu­nau­té. « Ré­dé­né doit être source d’ins­pi­ra­tion. Nous sommes des pas­seurs d’hu­ma­ni­té ».

À quelques pas de l’ate­lier mé­taux, Pa­trick Ato­houn, pré­sident d’Em­maüs In­ter­na­tio­nal, a in­vi­té la com­mu­nau­té à pour­suivre ses ef­forts. « Pour un monde plus juste et so­li­daire, gar­dez le cap ». Sous le re­gard at­ten­tif de com­pa­gnons qui ont ex­pli­qué leur quo­ti­dien, ont fait vi­si­ter les ate­liers, Hu­bert Tra­pet, pré­sident d’Em­maüs France, a dres­sé le ter­rible constat de la pau­vre­té. « 50 après la créa­tion de Ré­dé­né, on est tou­jours en France, en train de lut­ter contre la pau­vre­té ». Et sou­hai­té que « tous en­semble, on es­saie de chan­ger le monde ».

Ac­teurs de la vie lo­cale

Des ate­liers aux lieux de vie, cha­cun a pu me­su­rer l’am­pleur du tra­vail, la qua­li­té de l’écoute. « À l’époque, les voi­sins se sont beau­coup in­ter­ro­gés », se sou­vient Jean Lo­me­nech, maire de Ré­dé­né. Il constate que « les com­pa­gnons (ont fait) et font tou­jours par­tie de la vie lo­cale », il se fé­li­cite de « l’im­pli­ca­tion des Ré­de­nois aux cô­tés des com­pa­gnons ». Et l’as­sure : « Ré­dé­né ac­cueille avec beau­coup de bon­heur la com­mu­nau­té. Si Em­maüs est à Ré­dé­né, Ré­dé­né c’est là où est Em­maüs ».

Sé­bas­tien Mios­sec, pré­sident de Quim­par­cours per­lé com­mu­nau­té, a évo­qué les par­te­na­riats, no­tam­ment en ma­tière de tri. Er­wan Ba­la­nant, dé­pu­té de la 8e cir­cons­crip­tion, a dit son émo­tion, évo­quant « les Noël pas­sés à Em­maüs », le billard qu’il a ap­pris à jouer avec les com­pa­gnons. Pas seule­ment. « C’est ici que j’ai ap­pris ce que peut être l’en­ga­ge­ment po­li­tique ». Il a rap­pe­lé l’amen­de­ment Em­maüs. « J’ai la fier­té d’être de ceux qui l’ont fait pas­ser ».

« Le coeur vi­brant de la Ré­pu­blique »

Pour au­tant, « ce 50e an­ni­ver­saire, c’est aus­si une obli­ga­tion de re­gar­der droit dans les yeux cette so­cié­té qui conti­nue à ex­clure notre jeu­nesse, qui ré­pare mal les choses », lance Mi­chaël Quer­nez, vice-pré­sident du Con­seil dé­par­te­men­tal. L’élu se de­mande où se­rait l’Ab­bé Pierre ce 13 oc­tobre. « Il se­rait ici évi­dem­ment mais aus­si avec ceux qui marchent pour le cli­mat ». Il men­tionne l’Aqua­rius et constate : « Nous ne sommes pas au ren­dez-vous de l’his­toire ». Jean-Mi­chel Le Bou­lan­ger, vice-pré­sident de la ré­gion Bre­tagne, convoque Hu­go, Jau­rès, Cle­men­ceau, le con­seil na­tio­nal de la ré­sis­tance, l’Ab­bé Pierre et dé­plore « qu’avoir est plus im­por­tant qu’être ».

Il ap­pelle à un re­tour « aux fon­da­men­taux », sa­lue « les lu­cioles » et constate que la com­mu­nau­té de Ré­dé­né « c’est le coeur vi­brant de la Ré­pu­blique ». Pas­cal Le­large, pré­fet du Fi­nis­tère, note que la ques­tion mi­gra­toire « a bous­cu­lé Em­maüs » comme elle a bous­cu­lé la so­cié­té. « Il faut que l’on se parle. La fra­ter­ni­té, c’est une réa­li­té que nous de­vons in­car­ner ». Une réa­li­té qu’in­carne sans fard de­puis 50 ans la com­mu­nau­té de Ré­dé­né.

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Le ba­gad de Lann-Bi­houé a son­né pour les 50 ans de la com­mu­nau­té Em­maüs.

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