Au bon­heur des livres

Le Télégramme - Guingamp - - Débats - Vu par Her­vé Ha­mon

Je vais me per­mettre de vous don­ner un con­seil de ren­trée. Lec­teurs et sur­tout lec­trices (car les ama­teurs de ro­mans sont à 80 % des ama­trices), ne cou­rez pas ache­ter le Gon­court, le Re­nau­dot, le Fe­mi­na, le Mé­di­cis, bref les grands prix dont les grands édi­teurs s’ap­prêtent à faire leur grande affaire. Non que ces ou­vrages soient mau­vais, mais ils ne sont pas meilleurs que les re­to­qués. Et, ces titres-là, vous les trou­ve­rez ai­sé­ment en juillet, tan­dis que les autres, ceux qui ont per­du la course, au­ront été re­ti­rés des de­van­tures si­non ex­pé­diés au pi­lon. C’est eux qu’il convient d’ac­qué­rir ur­gem­ment. Le sys­tème très fran­çais des prix ( je parle des grosses ma­chines, pas des prix d’hon­neur) est d’une hy­po­cri­sie re­dou­table. Sous cou­vert de pas­sion pour la lit­té­ra­ture, les in­tel­lo­crates liés aux mai­sons les plus puis­santes sé­lec­tionnent une di­zaines de livres. Et pour quoi faire ? Pour concen­trer le mar­ché sur ces pro­duits, ce qui fa­ci­lite énor­mé­ment la vie des li­braires et des dis­tri­bu­teurs. Mais c’est une ma­chine à tuer, à tuer les cen­taines d’autres qui ont fait ta­pis­se­rie. Ce­la par­ti­cipe de la « best­sel­la­ri­sa­tion » en cours : quelques au­teurs, pas for­cé­ment les meilleurs et pas for­cé­ment les pires, ra­massent la ca­gnotte tan­dis que la vente moyenne du reste des livres a chu­té de 30 %. Telle est la réa­li­té. Si vous ai­mez la lit­té­ra­ture, la di­ver­si­té, la cu­rio­si­té, la ten­ta­tive, foui­nez, ne vous lais­sez pas en­fer­mer dans ce piège gros­sier qui ca­moufle l’im­pi­toyable règne des pro­fits et des sta­tis­tiques. Ne sont connus, tra­duits, ex­por­tés, que les quelques ou­vrages qui ont ra­mas­sé gros. Ce­la s’ap­pelle ni­ve­ler la lit­té­ra­ture par le bas en fei­gnant de pro­mou­voir les meilleurs.

On me dit qu’il y a « trop de livres ». Non, il n’y a ja­mais trop de livres. Mais 50 % des tables des li­braires sont oc­cu­pées par des faux livres, ro­mans ré­crits dans l’ombre, confes­sions de people, ser­mons sur la mon­tagne dont « l’au­teur » n’est pas le vé­ri­table au­teur. Si le tru­che­ment est franc, dé­cla­ré, tout va bien. Mais l’es­sen­tiel de cette pro­duc­tion bi­don est clan­des­tin. Les édi­teurs, con­si­dé­rant que toute no­to­rié­té est un ca­pi­tal, sont prêts à fi­nan­cer - et cher n’im­porte qui pour ré­di­ger à la place de n’im­porte qui. Ne vous lais­sez pas abu­ser.

Res­tez libres, si vous ai­mez la beau­té, les idées. Votre place n’est pas au royaume des mou­tons.

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