11-No­vembre. Un vi­trail pa­trio­tique of­fert par la Rou­ma­nie

Le Télégramme - Guingamp - - Lannion Trégor - Va­lé­rie Le Moigne

Ils sont ve­nus or­ner les églises dans les an­nées 1920. Les vi­traux pa­trio­tiques, une quin­zaine dans le dé­par­te­ment, sont des sou­ve­nirs lais­sés après la Grande Guerre, par des fa­milles ai­sées, à la mé­moire de leurs en­fants dis­pa­rus sur le front. Ce­lui de l’église de Tré­beur­den a une his­toire très sin­gu­lière, en lien avec la Rou­ma­nie et la Bel­gique.

C’est un vi­trail qui de­meure en­core in­ac­ces­sible au grand pu­blic, ca­ché der­rière un pla­card à ba­lais dans l’église de la Sainte -Tri­ni­té de Tré­beur­den. À l’oc­ca­sion de ce 11-No­vembre et du cen­te­naire de la fin de la Grande Guerre, il de­vrait être permis de l’ad­mi­rer au sein de l’édi­fice re­li­gieux. Et de com­prendre pour­quoi un tel vi­trail si­gné du maître ver­rier Al­bert Echi­vard, re­pré­sen­tant res­pec­ti­ve­ment la Reine de Bel­gique et de Rou­ma­nie, et fi­nan­cé par cette der­nière, est ins­tal­lé là.

Le culte des Poi­lus

De ma­nière gé­né­rale, les vi­traux qui datent de cette pé­riode ont pour point com­mun d’être un hom­mage aux fils de fa­milles bour­geoises, morts au com­bat. Her­vé Go­dest, Tré­beur­di­nais et his­to­rien ama­teur, pré­cise que « cer­tains datent de l’Em­pire, mais sont ra­ris­simes et ils n’en existent pas en Côtes-d’Ar­mor ». Les plus nom­breux sont ceux de l’après 14-18, mar­queurs de la grande fau­cheuse. Les vi­traux ve­naient comme les mo­nu­ments aux morts ou les plaques sym­bo­li­ser le culte des Poi­lus dis­pa­rus. C’est en dé­cou­vrant un livre sor­ti il y a une di­zaine d’an­nées, « Vi­traux pa­trio­tiques », si­gné Ga­lesne, père et fils, que le re­trai­té s’est in­té­res­sé de près à l’his­toire du vi­trail de sa com­mune. Et de re­mon­ter le fil pour com­prendre cette double pré­sence royale.

Un trio rou­ma­no-bel­go-tré­gor­rois

Du­rant la Pre­mière Guerre mon­diale, la Rou­ma­nie fait par­tie des Al­liés. C’est ain­si qu’un des fils de la fa­mille royale, en­ga­gé, se re­trouve sur le front belge. Un dé­ta­che­ment rou­main est ve­nu ai­der ses ho­mo­logues belges. « Entre têtes cou­ron­nées, on se sou­tient », ra­conte Her­vé Go­dest. Dans les tran­chées, le sol­dat rou­main se lie d’ami­tié avec son ho­mo­logue belge et tous deux font connais­sance d’un troi­sième jeune homme, ori­gi­naire lui de Tré­beur­den. C’est aus­si du­rant cette pé­riode que de nom­breux sol­dats pé­ris­sent sous l’ef­fet du gaz mou­tarde, qui fait de vé­ri­tables ra­vages dans les rangs mi­li­taires, dont le sol­dat rou­main qui meurt dans la Somme le 24 oc­tobre 1914.

Le grand air tré­beur­di­nais

Pa­ral­lè­le­ment, les hô­tels de Tré­beur­den sont ré­qui­si­tion­nés et trans­for­més en hô­pi­taux pour re­ce­voir les sol­dats ago­ni­sants. Par­mi eux, de nom­breux Rou­mains. « La seule chose que l’on pou­vait leur per­mettre, ce n’était pas de les sau­ver, c’était de leur faire res­pi­rer de l’air pur », ajoute l’his­to­rien lo­cal. En re­mer­cie­ments de cet in­ves­tis­se­ment et en sou­ve­nir de l’ami­tié ro­ma­no-bel­go-tré­gor­roise des trois sol­dats, la fa­mille royale rou­maine a choi­si, dans les an­nées 1920, de fi­nan­cer ce vi­trail à Tré­beur­den. La Guerre froide pas­sant par là et la Rou­ma­nie de­ve­nue com­mu­niste, le vi­trail a été ca­ché pour des rai­sons po­li­tiques, au sein de l’église. Un siècle plus tard, il doit dé­sor­mais re­trou­ver une place au sein des élé­ments pa­tri­mo­niaux de la com­mune et du ter­ri­toire.

▼ Pra­tique

Ce di­manche, hom­mage aux Poi­lus, au Sé­ma­phore, de 15 h 30 à 18 h. Pro­jec­tions d’images, lec­ture de lettres de Poi­lus, de poèmes sur la guerre, pré­sen­ta­tion du vi­trail pa­trio­tique de l’église (mi­ni-confé­rence), mu­sique sa­crée, chan­sons de 14-18, saxo et ex­po­si­tion de des­sins de guerre.

En sou­ve­nir de l’ami­tié ro­ma­no-bel­go­tré­gor­roise de trois sol­dats, la fa­mille royale rou­maine a choi­si, dans les an­nées 1920, de fi­nan­cer ce vi­trail à Tré­beur­den.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.