ET SI ON AVAIT RETROUVÉ LA CORDELIÈRE ?

Le Télégramme - Landerneau - Lesneven - - LA UNE - Da­vid Cor­mier

Les re­cherches me­nées, fin juin, entre les anses de Ca­ma­ret et de Ber­theaume pour re­trou­ver les épaves de La Cordelière et du Regent, cou­lés au large de Brest, le 10 août 1512, ont per­mis de réa­li­ser une dé­cou­verte pro­met­teuse. Les scien­ti­fiques sont pru­dents mais pleins d’es­poir.

Une épave a été trou­vée dans la zone où la Cordelière d’Anne de Bre­tagne et le Regent an­glais ont cou­lé, il y a cinq siècles. Elle pour­rait bien être un peu plus an­cienne mais toutes les hy­po­thèses res­tent ou­vertes.

C’est comme si elles vou­laient gar­der ja­lou­se­ment leur se­cret, en­foui dans les brumes de la mé­moire col­lec­tive, les tré­fonds jau­nis d’archives peu pré­cises ou in­ex­plo­rées, et le sable du fond de la rade de Brest. Mais la pe­tite ar­mée de scien­ti­fiques n’en­tend pas se lais­ser dé­mon­ter alors que l’ob­jec­tif semble si proche. Sont-ce bien la Cordelière et le Regent qui gisent, ja­dis pires en­ne­mis, au­jourd’hui presque en­tre­la­cés, à proxi­mi­té du phare du Mi­nou, à une pro­fon­deur res­pec­table ?

Les deux ancres re­pé­rées lors des pre­mières plon­gées, fin juin, proches l’une de l’autre, n’étaient fi­na­le­ment pas les leurs. Mais de­puis, « une épave, si­non deux, ont été dé­cou­vertes qui pour- raient avoir cou­lé si­mul­ta­né­ment au cours du Moyen-Âge ou au tout dé­but du XVIe siècle », in­dique l’équipe alors que s’achève, ven­dre­di (pour cette an­née), la cam­pagne de re­cherches en mer, entre les anses de Ca­ma­ret et de Ber­theaume. Le 10 août 1512, la Cordelière, construite sur ordre d’Anne de Bre­tagne, avait fait bar­rage à la flotte an­glaise, me­née par le Regent, avec le­quel elle avait cou­lé lors d’un com­bat bord à bord, quelque part entre le gou­let de Brest et la pointe Saint-Ma­thieu.

« On ne trouve pas d’ar­tille­rie »

« Il nous manque des élé­ments ma­jeurs nous per­met­tant d’af­fir­mer qu’il s’agit de la Cordelière ou du Regent », ré­sume Ma­rine Sa­da­nia, ar­chéo­logue au Drassm (dé­par­te­ment des re­cherches ar­chéo­lo­giques sub­aqua­tiques et sous-ma­rines, ba­sé à Mar­seille). « On ne trouve pas d’ar­tille­rie. On reste donc pru­dent. Il est fort pos­sible qu’il s’agisse d’une épave un peu plus an­cienne. Ce se­rait tout de même une belle dé­cou­verte parce qu’elles ne se comptent même pas sur les doigts d’une main, dans l’arc At­lan­tique, pour cette pé­riode ».

Les restes de ce ba­teau, pour l’heure in­con­nu, se trouvent dans une zone où de forts cou­rants amènent des sé­di­ments mais ils ne semblent pas for­te­ment en­fouis. Les ca­nons ont pu être dis­per­sés par l’ex­plo­sion mais, même aux alen­tours, il n’y a pas trace de leurs restes de bronze et de fer. Des po­te­ries ont, en re­vanche, été trou­vées et elles se­ront pré­cieuses pour une da­ta­tion plus pré­cise.

Place aux ana­lyses

Les pro­chains mois ver­ront les dif­fé­rents pro­fes­sion­nels (ar­chéo­logues sous-ma­rins, his­to­riens de l’UBS et du GIS d’His­toire ma­ri­time, géo­mor­pho­logues de l’Ifre­mer, ex­perts du Shom, le ser­vice hy­dro­gra­phique et océa­no­gra­phique de la Ma­rine et en­tre­prises de haute tech­no­lo­gie) ana­ly­ser la mon­tagne de don­nées amas­sées ces trois der­nières se­maines : des heures de vi­déos, des chiffres en pa­gaille. Pour mieux dé­ter­mi­ner ce qui a été trou­vé là, en plus d’un cer­tain nombre d’ob­jets des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. « S’il s’agit d’autre chose que de la Cordelière, un nou­veau tra­vail de re­cherche d’archives, se­rait né­ces­saire », pour­suit Ma­rine Sa­da­nia. L’an pro­chain, une nou­velle cam­pagne en mer, riche des en­sei­gne­ments de la pre­mière, est pré­vue. La Cordelière et le Regent peuvent es­pé­rer en­core quelques mois d’in­ti­mi­té.

Sur le­te­le­gramme.fr

Un bor­dé à clin de l'épave trou­vée près du phare du Mi­nou sus­cite la cu­rio­si­té des scien­ti­fiques.Fré­dé­ric Osa­da-Hi­la­rion/DRASSM

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